FAN GUETTE
J'en suis sûre ! (EUe cherche h se reprendre, à raisonner, passe sa main sur ses i/eux.J Ne riez pas,
Gosse ! je viens davoircomine une... une révélation. Dej)uis six mois, nous jouons avec les allumettes... Rien que ce petit nom que je vous donne a Gosse »... je ne devrais pas vous appeler ainsi... Ne m'arrêtez pas, je commence seulement à comprendre.
LE GOSSE, agacé.
Mais comprendre quoi?
FANXHETTE.
Tout! J'en ai chaud... Mon mari... lui aussi... Et vous, et moi...
LE GOSSE
Fanchette, vous parlez comme une somnambule !
FANCHETTE, sans l'écouter.
On ne se rend pas compte, n'est-ce pas, mais tout est mal, on vit là dedans ! « Il ne
fantrion prenrlre nu sérionx » tne dit Max... Et j(^ lui rôponds : « Nous sommes lihri'S, s'pas, on se dit tout!...» Quel mensonge, Gosse! Je me rappelle bien tout, allez!
LE GOSSE
Mais tout quoi ? Vous me déconcertez, Fanchette, je vous assure..,
Oui, pourquoi est-ce que je riais toujours plus haiit avec vous qu'avec les autres? Pourquoi est-ce qu'une l'ois... tenez, sur le divan du luuioir, vous rcgaidiez mes chevilles, j'ai rougi tout d'un coup, et puis j'ai eu honte d'avoir rougi et pour montrer que je ne pensais à rien de vilain, j'ai relevé ma jupe un peu plus haut.
LE GOSSE, rêveur.
Oui... je me souviens...
FANCHETTE
Une autre fois, j'arrangeais votre cravate
et Max est entré, j'ai sonli une petite gône entre les épaules... alors, pour ôlre sûre que rien de mal nélait enlre nous, devant Max, je vous ai caresbé la joue, comme ça...
(Elle esquisse le geste, sans toucher la joue du Gosse. J
LE GOSSE, de même.
Oui... mais ce n'est pas une raison pour...
FANXHETTE, interronipAnt, avec chaleur.
Croyez-moi, croyez-moi, il y a eu dès les premiers jours, entre nous, quelque chose de vilain-, de délendu, que nous ne voulions voir ni l'un ni Taulre. parce que, n'est-ce pas, nous ne sommes pas des sainls, mais nous ne sommes pas non plus de sales animaux... Alors, nous avons jelé là-dessus le manteau rassurant de la camaraderie, de la bonne et franche amitié. C'est dégoûtant, Gosse I
LE GOSSE, vexé.
Oh! dégoûtant!...
FANCHETTE
Oui ! Je ne m'appartiens pas, voyons !
LE GOSSE, ironique.
Epargnez-moi le couplet du devoir, Fanchette î
FANCHETTE, changeant de ton et frappant du pied.
Dieu, que vous êtes agaçant ! Vous dites que vous m'aimez et vous ne me comprenez même pas ! Nous n'avons pas le droit, entendez-vous, d'être ici, seuls ! fPetu silence.)
LE GOSSE, haussant les épaules.
Avouez que c'est un peu curieux de vous entendre parler « Devoir », « Morale », avec des majuscules partout ! Vous, l'enfant de la nature, la petite épouse libre, à qui on s'est gardé de désigner le Bien et le Mal, toujours avec des majuscules ! La plus belle moitié de ce ménage si parisien ne seraitelle au fond qu'une petite bourgeoise? (Rancunier.) Je regreite d'être seul à goûter cette... révélation comme vous dites.