‹ Mlle de Lespinasse et la Marquise du DeffandChapitre 1 sur 54 · RUE DE GRENELLE-SAINT-GERMAIN · texte numérisé non relu

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Le dix-huitième siècle fut par excellence le siècle des salons; le dix-septième avait eu les ruelles, mais aussi les Précieuses; le suivant seul connut, inventa le salon, cette réunion exquise d’esprit et de savoir-vivre, où la liberté n’empièle jamais sur les convenances, où l’on rivalise ici d’élégance et de grâce, là de saillies et de verve, mais où l’on ne dépasse jamais la mesure ; car c’est dans la mesure que consiste surtout le salon du dix-huitième siècle. Nombreux furent les salons de cette époque; mais, parmi eux, nuis ne furent plus célèbres que ceux do la marquise du Doffandetde mademoiselle de Lespinasse. C’est de ces deux femmes que nous voudrions parler aujourd’hui, dans l’espérance de mieux faire connaître l’origine de l’une, et de mieux déterminer les rapports qui s’établirententre elles pendanteette période de dix années — 1754 à 1764, — où réunies par des circonstances singulières, et même romanesques pour la seconde, elles enchantèrent véritablement leurs contemporains. La jeunesse de mademoiselle de Lespinasse, sa réunion à madame du Deffand, puis sa rupture avec elle, tel est le sujet de cette étude.

I. Celle Élude, qui complète notre Notice sur mademoiselle de Lespinasse, a paru pour la première fois dans la Bevue de France des 30 juin et 31 juillet 1 876. Voir notre édition des Lettres de mademoiselle de Lespinasse, Paris, charpentier, 1 876, p. XIII, note 1.

IiIADEMOISELLE DE LESPINASSE

Julie-Joanne-Éléonorc de Lespinasse naquit le 9 novembre 1732 Enfant naturelle, elle n’ent pas de famille, et tout ce que l’on sut d’abord sur sa naissance se borna à des coajectures. Lesd/e/«of?vs de Bachaumont, à l’occasion de sa mort, s’expriment ainsi : « Le domaine a mis le scellé chez elle, ce qui confirme la bâtardise^. »

Deux témoignages plus importants, parce qu’ils sont plus circonstanciés et qu’ils émanent de personnes admises dans la familiarité de mademoiselle de Lespinasse, sont ceux de La Harpe et de Grimm. Voici ce que dit La Harpe :

« Quoique sa naissance fût le fruit d’une infidélité conjugale, mademoiselle de Lespinasse était cependant légitimée par les lois, qui donnent au père tous les enfants nés depuis le mariage; mais sa mère n’ayant pas dissimulé sa faiblesse, le mari, homme de condition, eut assez de crédit pour faire enlever cet enfant qu’il ne voulait pas reconnaître. Elle fut élevée dans un couvent de province, où l’on assurait sa subsistance sans que l’on sût ce qu’elle était. Objet de la jalousie d’un frère et d’une sœur qui craignaient qu’elle ne fût appelée au partage des biens, si elle réclamait les lois, elle vivait dans des alarmes continuelles. Sa mère les redoublait encore, en lui recommandant les plus ' grandes précautions contre tous ceux qui la viendraient voir au couvent, de ne prendre aucune nourriture que celle de la maison, de ne recevoir ni bonbons, ni bouquets, de ne sortir sous aucun prétexte. Sa mère laissa en mourant une somme d’argent pour elle, qui lui fut remise à condition qu’elle ne réclamerait pas les droits de sa naissance. Elle était venue quelque temps auparavant à Paris, appelée par

f. Voir cet acte de baptême p. 88.

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