LE CHAT MUER
C'est une satire toute vibrante d'humour dans laquelle Hoffmann fait allusion à sa 'propre vie, ainsi qu'à l'état social de V Allemagne, en mettant à -profit son expérience de la justice criminelle.
(Fragment)
Discours funèbre prononcé sur la tombe du trop tôt disparu chat Muzius, étudiant en philosophie et en histoire, par son fidèle ami et frère le chat Hiuzmann, étudiant en poésie et en éloquence.
Chesrs frères de douleur ! Braves et vaillants camarades !
Qu'est-ce que le chat ? une chose fragile et périssable comme tout ce qui est né sur la terre ! S'il est vrai, comme l'affirment les médecins et les physiologistes les plus célèbres, que la mort à laquelle tous les êtres sont soumis, consiste principalement dans l'arrêt complet de la respiration, ainsi notre brave ami, notre vaillant frère, ce fidèle et courageux compagnon dans la joie et dans la douleur, ainsi notre brave Muzius est certainement mort. Voyez, il git,
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le noble cœur, sur l'humide paille et les quatre ïambes étendues. Le plus léger souffle ne sort de ses lèvres fermées pour toujours. Clos sont ses yeux qui d'un or aux reflets verdàtres brillaient jadis, tantôt du doux feu de l'amour, tantôt d'une colère terrible. La pâleur de la mort couvre son visage, flasques sont ses oreilles, pendante est sa queue. 0 frère Muzius, où sont aujourd'hui tes sauts joyeux, où est ta vivacité, ta bonne humeur, ton clair et joyeux miaou ! qui faisait les cœurs joyeux, tes passions, ta fermeté de caractère, ta sagesse, tes espiègleries ? Tout cela la mort te l'a ravi et tu ne sais peut-être même plus au juste si tu as été en vie? Et cependant tu étais la santé, la force elle-même, armé contre toutes les souffrances corporelles, comme si tu devais vivre toujours.
Aucune roue du mécanisme qui anime ton être interne n'était même atteinte et Fange de la mort n'avait pas agité son épée au-dessus de ta tête, parce que les rouages ne pouvaient plus aller et être remontés. — Non, un principe ennemi s'empara par force de ton organisme et détruisit par violence ce qui aurait pu encore durer longtemps. Oui, certes ! Souvent encore ces yeux eussent rayonné doucement, souvent encore de gaies boutades, de joyeux chants fussent tombés de ces lèvres, fussent sortis de cette poitrine glacée, souvent encore cette queue, annonciatrice de la force interne d'une âme gaie, se fût enroulée en lignes sinueuses, souvent encore ces pattes eussent fait preuve de force et d'habileté dans les sauts les plus hardis et les plus osés... et maintenant... 0 comment la nature permet-elle que ce qu'elle a construit à la longue avec tant de peine soit détruit avant le temps, ou bien y a-t-il vraiment un sombre esprit, appelé le sort, qui dans sa volonté violente et despotique vient mettre la main sur les vibrations qui paraissent conditionner l'être suivant les lois de l'éternelle nature. O toi, cher mort, que ne peux-tu le dire ici à cette assemblée affligée et cependant vivante ! Chers assistants, braves frères, ne nous appesantissons pas sur de telles considérations profondes mais tournons nos regrets à 1 ami Muzius disparu beaucoup trop tôt. 0 Muzius ! regarde ! vois les larmes que nous versons pour toi ; entends les plaintes désolées que nous élevons pour toi, chat immortel !
Très chers frères, j'espérais m'élever encore à de hautes pensées et terminer brillamment ce discours, mais elles ne me sont pas venues à l'esprit. Je crois que la grande douleur que je m'efforce de ressentir m'a rendu stupide. Laissons là mon discours que vous ne pouvez manquer d'applauair, tenez-le pour terminé et maintenant entonnons l'habituel De ou Ex profundis.