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CONGÉ DE LA DEMOISELLE SALLE

17 décembre 1739

L'an mil sept cent trente-neuf, le dix-sept décembre, environ l'heure de midy, à la requeste de damoiselle Marie Salle, demeurant à Paris, place du Palais-Royal, où elle fait eslection de domicilie, j'ay, Louis Gauvain, huissier à cheval au Chastelet de Paris, y demeurant, rue Gallande, paroisse Saint-Séverin, soubsigné, signiffyé et déclaré au sieur de Thuret, directeur de l'Académie royalle de musique, en ses domicilie et hôtel de l'Académie royalle de musique, rue Saint-Nicaise, en parlant à sa personne

Que ladite damoiselle Salle, en réitérant le congé de retraitte qu'elle luy a donné verballement le dimanche quatorze juin dernier, il y a six mois accomplis, elle réitère d'habondant, et en tant que besoing est ou seroit, sadite retraitte et congé de l'Académie où elle a toujours dansé jusqu'au dimanche le six du présent mois de décembre; à laquelle, après ce temps, elle n'entend plus danser à l'avenir que pour satisfaire aux

feuille de papier, sur laquelle est écrite, de la main de Ch. Nuitter, l'indication suivante :

Salle (congé de la Bile). — 17 décembre 1739.

Dix. Cotte L XXI III. — Réitère congé verbal du dimanche 17 juin dernier.

Pièce soustraite. — Actuellement : Collection de M. Sapin. — Septembre 1876.

La collection Léon Sapin passa en vente le 10 mars 1878, et le congé de Mlle Salle figure au n° 133 du catalogue en même temps qu'un fac-similé de la signature de la danseuse (n° 145 des catalogues de ventes publiés par la maison Gharavay aîné. Voir Y Amateur d'autographes, 35° année, n08 3-15, mars 1902, p. 54).

La pièce, écrite sur papier timbré à dix deniers, fut adjugée vingt-six francs. J'en dois l'aimable communication à M. Martial Teneo, dont on connaît les nombreuses publications sur l'histoire du théâtre et de la musique.

ordres de Sa Majesté, auquel elle se fera toujours honneur d'estre soumise jusqu'à ce qui luy plaise de vouloir luy permettre de se retirer; se réservant ladite damoiselle Salle toutes respectueuses remontrances au sujet du congé par elle cy-devant déclaré, d'autant qu'elle ne propoze de danser à ladite Académie que par son profond respect pour les ordres de Sa Majesté à elle notiffiez verballement par le sieur Du Val, comandant du guet; et à ce que le dit sieur de Thuret n'en ignore, je luy ay laissé la présente coppye, parlant corne dessus, et ay laissé cincq s. au suisse pour son droit; et a ladite damoiselle Salle signé.

Salle. G au vain.

Coppye.

[En marge ;] Dix. Cotte LXXIIII.

La danseuse n'était sans doute pas trop bien en cour, car la dispense qu'elle avait sollicitée ne lui fut point accordée; aussi, le 30 décembre, parlant de la belle chambrée qu'il y avait la veille aux Talens, un nouvelliste observe que « Mlle Salle a reparue avec toutes ses grâces », et que Mlles Mariette et Barbarina, par émulation, y ont fort attiré les applaudissements du public (1). Quoique son nouveau congé ne dût prendre date qu'à partir du 17 juin, les livrets montrent que, si elle fit de temps à autre acte de présence pendant les premiers mois de 1740, elle cessa bientôt de figurer dans la distribution des nouvelles pièces.

En janvier, Dardanus et les Talens sont remplacés le 26, par Pirame et Thisbé, où elle danse au second

(1) Bibliothèque historique de la ville de Paris, ras, 26700.

acte avec Dumoulin; le 6 mars, on la trouve à la cour; le 21, elle prête son concours à la représentation annuelle au bénéfice des acteurs de l'Opéra et danse dans les Plaisirs champêtres de Rebel le père. Par contre, le 17 mars, elle ne fait pas partie de la distribution de Jephté; c'est Mlle Dallemand qui hérite de son ancienne entrée au IVe acte. On la voit à la cour le 23 mars, mais elle ne figure ni sur le livret du Ballet des sens repris le 17 mai ni à plus forte raison sur celui des Fêtes vénitiennes, reprises le 19 juillet.

C'est après avoir parlé de cette pièce, c'est-àdire aux dernières pages de leur histoire manuscrite de l'Académie royale de musique, que les frères Parfait écrivent : « Nous sommes bien fâchez d'être obligez, en finissant cette histoire, d'annoncer la retraite d'une personne qui a fait, pendant plusieurs années, l'ornement des ballets. On reconnaît aisément que nous voulons parler de Mlle Marie Salle. Cette parfaite danseuse, à qui on ne peut reprocher qu'un peu d'inconstance pour le théâtre, après avoir paru à diverses fois sur celuy de l'Opéra, l'a enfin abandonné pour toujours. Tout le public conviendra avec nous de son mérite et de la vérité des éloges qu'on luy a donnés... » (1).

(1) Bibl. nat., ms. nouv. acq. fr. 6532, t. II, p. 98. — Suivent des notes sur le portrait de Mlle Salle et sur celui de Mlle Gamargo, par Lancret, et divers madrigaux qu'on a eu l'occasion de citer précédemment.

D'après les règlements de 1713-1714, il fallait, pour être pensionnaire de l'Académie royale de musique, avoir appartenu pendant quinze ans au personnel du chant ou de la danse. Mlle Salle était loin de compte : depuis ses débuts en septembre 1727, jusqu'à sa retraite en juin 1740, c'est bien juste si l'on pouvait lui trouver neuf années de présence à l'Opéra!

On tourna la difficulté en faisant porter sa pension — soit tout d'abord six cents livres — aux comptes des Menus Plaisirs : elle reçut, dit le duc Luynes, « une pension du roi que l'on appelle pension baladine », et garda désormais jusqu'à sa mort le titre de « pensionnaire du roi pour ses ballets » (1).

Aussi bien, les circonstances avaient voulu qu'elle parût plusieurs fois à la cour, cette même année 1740, et dans les rôles qui étaient le plus

(1) C'est ce titre qu'emploient Desforges-Maillard, Titon du Tillet (Parnasse françois) et l'inventaire après décès de la danseuse. — La citation du duc de Luynes se trouve dans ses Mémoires, t. XV, p. 171.

capables de la faire regretter. On l'avait applaudie, le 6 mars, dans le divertissement de Bazile et Quitterie; le 23 mars, elle avait mimé le délicieux ballet des Fleurs des Indes galantes, — cet air de la Rose violentée par l'impérieux Borée et ranimée par le Zéphyre caressant, qu'elle avait dansé avec tant de charme, cinq ans plus tôt, à son retour de Londres; enfin, le 22 juin, elle avait paru dans l'Oracle et dans le premier divertissement de l'entrée de la Vue du Ballet des sens (1).

L'Oracle était une comédie en un acte de Sainte-Foy, représentée à la Comédie-Française le 22 mars précédent, avec le concours de la petite Lolotte Cammasse, qui était revenue danser sur la scène de la maison de Molière. Au lever du rideau, le théâtre représentait le jardin de la fée Souveraine, orné de trois statues de marbre sur leurs piédestaux; animées par la fée, les deux statues des côtés, qui figuraient des génies de la musique, se mettaient à jouer l'une du violon et l'autre de la flûte allemande, tandis que la statue du milieu — « la Dlle Cammasse, en Terpsichore » — voyait son piédestal s'abaisser jusqu'au niveau de la scène, commençait son entrée par des mouvements de surprise et d'admiration, formait ensuite des pas d'abord lents et mesurés, puis de plus en plus vifs, pour terminer sur un tambourin qu'elle enlevait avec un brio endiablé (2).

(1) Mercure, mars, p. 569 et 570; juillet, p. 4630.

(2) Mercure, avril, p. 767.

Cette statue qui s'anime par degrés, Mlle Salle la connaissait bien : n'était-ce pas celle de Pygmalion, qu'elle « avait osé », pour employer les termes mêmes du Mercure, montrer naguère aux spectateurs de Covent-Garden et qui devait être si longtemps le thème favori de toutes les danseuses mimes (1)? La petite Cammasse, encore qu'elle fût plutôt une réduction de la Camargo qu'une imitatrice de la Salle, avait néanmoins donné beaucoup de charme à ce divertissement de l'Oracle; toutefois, il fut certainement mieux interprété encore, quand Laval eut à le mettre en scène sur le théâtre de la cour, puisque les deux statues que l'on voyait au lever du rideau étaient représentées par Mlle Salle et son fidèle partenaire David Dumoulin : ils dansèrent leur pantomime sur deux musettes de la Terpsichore de Rebel le père et sur deux tambou rins du morceau symphonique des Élémens du même auteur (2). La pièce se terminait par un divertissement de jardiniers et jardinières, chanté

(1) Par exemple, Riccoboni et Mlle Roland, aux Italiens en 4735 (voir plus haut, p. 158);— Mlle Barbarina, à Berlin (témoin les peintures d'Antoine Pesne, dans la salle de concert de Sans- Souci) ; — Mlle Puvignée dans Pygmalion, cinquième entrée du ballet du Triomphe des arts, retouchée par Ballot de Sovot et remise en musique par Rameau, 27 août 1748 (Parfait, Dictionnaire des théâtres, t. IV, p. 278).

(2) Les Élémens, simphonie nouvelle, par M. Rebel le père (Paris, Fauteur, s. d., in-fol.) : voir sur ce curieux ouvrage : les Caractères de la danse, par Pierre Aubry et Emile Dacier, op. cit.% p. 9. — Dans la liste des œuvres de J.-F. Rebel publiée dans ce travail, on ne trouve rien qui corresponde au titre de la Terpsicore mentionnée ici.

par Jélyote et Mlle Romainville, et dansé par tous les premiers sujets du corps de ballet : Mlle Mariette seule, Mlles Mimy Dallemand, Frémicourt, Saint-Germain, Courcelle, Le Duc, Le Breton, et MM. Malter l'Anglais, F. Dumoulin, P. Dumoulin, Dangeville, Malter le cadet, Malter Faîne et Hamoche.

« Les danses, dit un nouvelliste, avaient été composées par Laval et ont beaucoup réussi. La Barbariny y a dansé (1), les Mariettes et la Salle, à qui on a donné la pension qu'elle demandait. On espère qu'elle rentrera à l'Opéra, ainsy que Chassé qui a chanté dans ce ballet (2). »

Cette gazette manuscrite est du 23 juin; le brevet des gentilshommes de la chambre, retenant la danseuse comme pensionnaire du roi pour ses ballets, est du 1S juin (3) : le nouvelliste n'était pas trop mal renseigné. Quant au Mercure, il n'a soufflé mot ni de la retraite de la danseuse, ni de son brevet de pension, ni à plus forte raison de l'espoir qu'on a de la voir revenir à l'Opéra; mais, encore une fois, ce n'est pas dans le Mercure qu'il faut aller chercher les échos des coulisses et l'opinion du public.

Pour l'instant, le public reste sceptique sur ce nouveau départ d'une danseuse qu'il a déjà vue

(1) La Barbarina dansait dans le divertissement d'une autre pièce en un acte, jouée par la Comédie-Française, le Magnifique; et à la fin du spectacle, dans une pantomime avec Riccoboni.

(2) Nouvelles à la main, Bibl. nat., ms. fr. 4088, fol. 40.

(3) Analyse des contrats de rente et brevets de la danseuse, à la fin de son inventaire après décès. Voir plus loin, ch. xi.

quitter l'Opéra par deux fois et y faire par deux fois une rentrée éclatante; il a l'impression d'un nouveau caprice, qui ne durera pas plus longtemps que ceux de Mlle Pélissier ou de Mlle Lemaure, et il espère que Mlle Salle ne tardera pas à reparaître sur une scène où les étoiles de la danse ne sont pas, dans le moment, de toute première grandeur. En effet, moins de deux mois après la retraite officielle de Mlle Salle, le 1er août 1740, la Barbarina est partie pour l'Angleterre, laissant les Mariette briller au premier rang et se partager les entrées avec Mlles Le Duc et Saint-Germain (1). Mlle Camargo, que l'on dit qui s'ennuie à Berny, « dans ses fers », ne rentre toujours point (2); et l'année finit sans apporter aucun changement à la situation.

Les premiers mois de 1741 ne sont pas sans donner quelques soucis à Thuret. On se plaint de Mlle Pélissier que l'on voudrait bien voir se retirer, car elle est aux trois quarts aphone; mais on la supporte, en attendant le bon vouloir de Mlle Lemaure, encore une fois partie et qui ne rentrera que le 28 février. En mars, on apprend que le prince de

(1) La Barbarina danse chez le prince de Galles le 1er août; on la dit « nouvellement arrivée de Paris avec M. Rich ». Voir H. Saxe Wyndham, Annals of Covent-Garden Théâtre, op. cit., t. Ier, p. 75. — L'année suivante, elle retourne en France. —En juillet 1742, on la trouve à Dublin. Voir Fitzgerald-Molloy, The Romance of the Irish stage, op. cit., t. Ier, p. 135. — Après quoi elle s'en va danser, pendant sept ans, à Berlin, à la cour du roi de Prusse.

(2) Bibliothèque historique de la ville de Paris, Nouvelles à la main des premiers mois de 1741, ms. 26700.

Carignan est gravement malade, et Mlle Mariette, « trop attristée, » disent les nouvellistes, refuse de danser, ce qui fait qu'on ne peut exécuter le pas de six de Proserpine (1).

L'ancien inspecteur général meurt le 9 avril. Il n'a pas une bonne presse et les gazettes s'accordent à reconnaître que le public ne le regrettera point : ses dettes qu'on évalue à six millions, sa mauvaise foi, l'influence néfaste qu'il a eue sur la situation de l'Académie royale de musique, ses débauches enfin qui ont été la fable de Paris, l'ont rendu passablement impopulaire; et la seule personne qui puisse déplorer sa disparition est Mlle Mariette, dont il a eu deux fils et une fille (2).

Peu de jours après, M. de Maurepas ayant nommé, pour succéder à Carignan, un certain M. de Bombarde, qui aura, dit-on, l'inspection sans se mêler de l'administration ni du détail, les commentaires vont leur train sur les projets du nouveau venu. Le 16 avril, « on dit que Chassé rentrera à l'Opéra au premier opéra de M. de Lully et qu'il a déjà soupe avec Mlle Lemaure deux fois depuis la mort du prince de Carignan; on assure aussi que Mlles Salle et Barbarine y rentrent, après que Mlle Mariette aura demandé son congé; et même que Mlle Camargo a la même démangeaison,

(!) Bibliothèque historique de la ville de Paris, ms. 26700.

(2) Voir les Nouvelles à la main d'avril, appréciations des gazetiers, épitaphes facétieuses, etc. (Bibl, hist. de la ville.de Paris, ms. 26700),

qu'elle effectuera dès que M. le O de Clermont aura pris une nouvelle maîtresse, dont ils sont convenus mutuellement, et ils ne vivent ensemble à présent que par habitude et de bonne amitié, comme d'anciens amis » (1).

Les réformes qu'on attendait de M. de Bombarde sont bientôt connues du public. Il a fait engager deux nouvelles artistes qui toutes les deux viennent de Lyon. C'est d'abord Mlle Tulou, qui entre au commencement de mai pour remplacer Mlle Pélissier, définitivement mise à la retraite ; et, quelques jours plus tard, c'est Mlle Marianne Cochois, la propre cousine germaine de Mlle Salle, que Dupré prend en amitié et dont il promet de faire avant six mois la meilleure et la plus gracieuse danseuse qui ait jamais paru à l'Opéra (2).

Pendant ce temps, Servandoni a été dépêché à Londres, afin de négocier avec la Barbarina les conditions de sa rentrée. Elle reparaît en effet, le 13 juin, dans l'Empire de ï Amour ;, et, le 4 juillet, dans les Fêtes grecques et romaines; mais Mlle Cochois, qui a repris dans ce ballet le rôle de Terpsichore, autrefois créé avec tant d'éclat par Mlle Prévost, rivalise avec l'Italienne : on écrit qu' « elle

(i).Bibl. Mst. de la ville de Paris, ms. 26700.

(2) Nouvelles à la main des 2 et 4 mai (Bibl. hist. de la ville de Paris, ms. 26700). — Mlle Cochois la mère était la sœur de Francisque Moylin; elle avait eu un fils, qui fut comédien, et deux filles, Babet et Marianne; l'aînée, comédienne, et la cadette, danseuse. — Voir plus haut, p. 2, et plus loin, chap. xi, les oppositions après le décès de Mlle Salle.

éclipse toutes les Mariette et réunit à elle seule les deux talens de la Salle et de la Camargo » (1).

Aussi bien, celle-ci n'allait pas tarder à rentrer en possession de son rôle : on sait que, depuis longtemps déjà, elle a le plus vif désir de revenir à l'Opéra et qu'elle n'attend plus pour le faire que d'avoir officiellement rompu avec le comte de Clermont. En décembre, la remplaçante est trouvée : c'est une autre danseuse, Mlle Leduc la cadette. Chassé-croisé sans façon : Mlle Leduc quitte, pour le comte de Clermont, le président Bernard de Rieux qui prend la Camargo ; et le 28 décembre, après être restée plus de six ans sans danser en public, l'étoile, toujours acclamée, reparaît dans son entrée favorite des Fêtes grecques et romaines (2). Elle ne quittera l'Opéra qu'en 1751, à une époque où les vieux habitués seuls auront encore souvenance des rivalités d'antan et où le nom même de Mlle Salle ne dira déjà plus rien aux nouvelles générations de spectateurs.

Désormais, en effet, la vie publique de Mlle Salle est terminée; et, comme elle s'est toujours efforcée de ne point attirer l'attention sur sa vie privée, même pendant sa carrière d'artiste, il arrive nécessairement qu'on la perde de vue et qu'on l'oublie. Pourtant, quoiqu'elle ne figure pas une seule fois sur les programmes des fêtes de la cour de 1742

(1) Nouvelles à la main, 27 mai (Bibl. hist. de la ville de Paris, ms. 26700).

(2) Mercure, décembre, p. 2707.

à 1745, on a pu réunir pour cette période quelques renseignements qui l'intéressent : deux portraits et une lettre autographe.

Le premier de ces portraits, dont on ne possède plus aujourd'hui qu'une assez bonne gravure par Petit, est l'œuvre de Fenouil, un peintre mal connu, qui fut agréé de F Académie en 1740, mais ne devint jamais académicien par la suite. La gravure de Petit n'est pas datée; le Mercure de janvier 1740 l'annonce en ces termes : « Marie Salle, la Terpsichore de France, célèbre danseuse de l'Académie royale de musique. Portrait à demi-corps, co'éffée en cheveux, tenant une colombe. La ressemblance de la personne et son caractère sont fort bien exprimés par le burin de M. Petit, d'après le pinceau de M. Fenouil. Cette estampe se vend rue Saint- Jacques, près les Mathurins, chés Petit. On lit ces vers au bas :

Les Sentimens avec les Grâces Animent son talent vainqueur.

Les Jeux voltigent sur ses traces, L'Amour est dans ses yeux, la Vertu dans son cœur (1). »

Ce quatrain est l'œuvre de Desforges-Maillard, le même poète qu'on a vu célébrer en 1737 la Généalogie mythologique de Mlle Salle. Le 29 juin 1740, écrivant du Croisic à l'abbé Philippe de Prétot, le fondateur des Amusemens du cœur et de l'esprit, Desforges-Maillard lui demandait : « M. Titon vous

(1) Mercure, janvier 1740, p. 112.

a-t-il fait voir mes vers latins en l'honneur de Mlle Salle? » Et il ajoutait un peu plus loin : « Je vous envoyé de l'autre part une pièce à la très chère et charmante Mlle Salle pour en faire usage dans votre recueil, comme aussi d'une épigramme latine que je mets dans l'enveloppe pour ne point augmenter le port de cette lettre » (1). Or, cette pièce, elle existe avec sa date, qui est la même que celle de la lettre, dans le volume des Amusemens de 1740 (2); quant aux vers latins envoyés par Desforges-Maillard à son ami Titon du Tillet, ils furent publiés dans le volume suivant du même recueil, accompagnés d'un quatrain en vers français et intitulés : « Vers de M. Des Forges-Maillard, gravés au bas du portrait de Mlle Salle » (3). En réalité, les quatre vers français figurent seuls au bas de l'estampe de Petit; ce sont ceux que l'on vient de citer.

Quelques années plus tard, dans son Voyage de Paris en Bretagne,, Desforges-Maillard reviendra sur ce portrait et sur les vers qui le commentent : « Vous n'avez pas oublié, écrira-t-il au marquis de Robien, président du Parlement de Bretagne, vous n'avez pas oublié que je vous ai donné l'estampe

(1) Œuvres nouvelles de Des forges-Maillard, publiées par A. de La Borderie et R. Kerviler (1882-1888, 2 vol. in-8°, t. II, p. 104 et 106).

(2) La Vertu victorieuse de la Volupté. A Mlle Salle. Daté : « Au Croisic, ce 29 juin 1740. » Dans les Amusemens du cœur et de l'esprit, t. VII (1740), p. 257.

(3) Les Amusemens, etc., t. IX (1741), p. 328.

de Mlle Salé, cette actrice de l'Opéra en tous points si merveilleuse en son genre. Vous y aurez lu sans doute les vers que j'ai faits pour cette singulière vestale, qui, malgré le souffle séducteur des plus hupés coquets de Paris, ne laissa jamais éteindre le feu sacré. Mais je ne vous ai pas conté peut-être que notre très cher M. Titon du Tillet, ayant envoyé mes vers à Bruxelles au célèbre [J.-B.] Rousseau, qui voulut bien les trouver à son goût, il mit dans sa réponse à sa lettre : « En voici pourtant « que j'ai ajoutés dans mon cœur :

« Ses talens, ses traits vainqueurs

« Que nul défaut ne profane,

« Tous les jours font dans les cœurs

« Naître toutes les ardeurs

« Que son exemple condamne » .

Ces vers étaient doublement flatteurs pour Mlle Salé, par le nom du poète qui consacrait à la postérité la mémoire de sa vestalité miraculeuse, et par le tribut de tendres sentimens que rendait à ses grâces un homme à l'âge d'environ soixante-douze ans » (1).

Par cette lettre et par les citations de Desforges- Maillard précédemment rapportées, on voit quel intérêt Titon du Tillet portait à cette estampe : c'est à lui que le poète soumet les vers qui doivent

(1) Voyage de Paris en Bretagne, daté du 15 février 1745. Voir les Œuvres de Desforges-Maillard (éd. de 1759), t. Ier, p. 413. — J.-B. Rousseau, né à Paris en 1670, mourut à Bruxelles le 17 mars 1741.

la commenter, c'est lui qui en adresse une épreuve au vieux J.-B. Rousseau; et, si Ton veut bien tenir compte que la danseuse entretenait avec Fauteur du Parnasse françois des relations d'amitié dont il nous est resté un témoignage (1), si l'on remarque en outre que l'estampe d'après Fenouil est due au même artiste qui grava le portrait de Titon par Largillière, on ne sera pas loin de conclure que ce portrait de Mlle Salle, ou tout au moins la gravure d'après ce portrait, fut exécuté à la demande de Titon du Tillet lui-même.

La danseuse, vue de face, à mi-corps, porte un corsage largement ouvert sur la poitrine et tient une colombe dans le repli d'un manteau qui lui tombe des épaules; son visage agréablement irrégulier, avec de doux yeux qu'embellit le pur dessin des sourcils, un nez un peu long et fort, une bouche aux lèvres minces que plisse un demisourire et des cheveux dont les boucles retombent sur l'épaule droite, son visage n'est point sans expression, et, faute d'un document supérieur, on pourrait tirer quelques indications précises de cette physionomie tendre et spirituelle.

Dans son premier état, annoncé au Mercure de janvier 1740, cette gravure de Petit portait le nom de la danseuse : Mlle Mrie Salle, la Terpsicore Françoise, et les quatre vers de Desforges-Maillard. En juillet 1742, le même Petit annonçait la mise

(1) Voir ci-après, dans ce même chapitre, une lettre de Mlle Salle à Titon du Tillet.

en vente de quatre estampes caractérisant les principales heures du jour : le Matin était figuré par une dame à sa toilette; le Midy, par une dame réglant sa montre sur un cadran solaire; r Après- Dîner, par une dame à la promenade ; et le Soir, par une dame allant au bal. Les deux premières et la quatrième de ces planches avaient été gravées d'après François Boucher, dans l'œuvre duquel on les retrouve au Cabinet des estampes; et la troisième, dit le Mercure, était « le portrait de Mlle Salle, célèbre par ses talens pour la danse », gravé d'après Fenouil et accompagné d'une nouvelle pièce de vers, cette fois tout à fait inepte, de Desforges-Maillard :

A l'abri du soleil et des traits de l'Amour,

Cloris sçait s'amuser de ces oiseaux fidèles.

Mille autres joueront mieux, pendant l'ardeur du jour,

Avec des moineaux francs qu'avec des tourterelles (4).

Le sens du quatrain, la dimension des planches et le dessin de leur encadrement prouvent que l'on s'était borné à changer la « lettre » du Portrait de Mlle Salle, pour en faire un Après-Dîner dont il n'a pas été possible de retrouver une épreuve.

D'un tout autre intérêt que la peinture de Fenouil aujourd'hui perdue, d'un tout autre intérêt même que la peinture de Lancret de 1 732, momentanément introuvable, est un troisième portrait de Mlle Salle, celui-ci bel et bien parvenu jusqu'à nous dans sa fraîcheur première, en dépit de la fragilité du pas-

(1) Mercure, juillet 1742, p. 1613.

tel : c'est le portrait de la danseuse par La Tour, exposé au Salon du Louvre, en septembre 1741, et dont le Mercure donne cette description :

« 3. Portrait de Mlle Salle, célèbre danseuse de l'Académie royale de musique, de 24 pouces de large sur 30 de haut, assise dans un fauteuil couvert de damas vert, les bras à côté l'un de l'autre et les mains avancées vers les coudes, sans gands, ce qui a beaucoup contribué à faire remarquer sensiblement au public éclairé la différence de cette carnation délicate d'avec celle des hommes. Elle est dans l'attitude la plus simple et la plus décente, en habits d'étofe couleur de rose et le tout dans la plus sublime simplicité et la plus grande vérité (1). » Quelques détails complémentaires ne seront pas superflus. La danseuse, assise dans un des fauteuils à la reine recouverts de damas bleu — et non vert — qUi composaient l'ameublement de son salon, est vue jusqu'aux genoux, la tête de face et le corps de trois-quarts. Ses deux bras sont croisés l'un sur l'autre, les mains invisibles, les poignets émergeant à peine des manches de mousseline brodée; on aperçoit au poignet droit un bracelet de ruban noir, portant un médaillon cerclé d'or, miniature ou camée rougeâtre sur fond bleu. Elle est vêtue d'un saut de lit de satin rose, à garniture de mousseline blanche, ouvert sur la poitrine et laissant entrevoir le haut d'un corselet bleu. Sur

(1) Mercure, octobre, p. 2292.

la chevelure poudrée, est posé un petit bonnet plat de dentelles blanches, dont les brides retombantes sont retenues sous le menton par un nœud de rubans roses. Mlle Salle avait alors trente-cinq ans, et son visage frais et plein n'accuse pas davantage : les larges yeux d'un admirable dessin, le regard humide et profond, le nez un peu lourd que fait tout de suite oublier une des bouches les plus spirituellement souriantes, — d'un sourire à la fois malicieux et tendre, — que La Tour ait jamais caressées de son crayon, le contraste entre les joues rosées et les cheveux blancs de poudre, entre la simplicité familière de l'arrangement et l'exquise recherche de la couleur, — tout concourt à faire de ce portrait de danseuse quelque chose de rare et de singulier. Derrière le fauteuil, à gauche du spectateur, on devine les rayons d'une bibliothèque, — de cette bibliothèque où, comme on le verra, les Œuvres complètes de Bourdaloue avoisi naient le Traité de la danse de Cahusac.

Les Goncourt ont remarqué que cet admirable pastel, décrit avec tant de détails par le Mercure comme exposé au Salon de 1741, ne figure pas au livret cette année-là. Par contre, le livret du Salon suivant, reproduit dans le Mercure de septembre 1742, mentionne au nombre des portraits envoyés par La Tour, « celuy de Mlle Salé, habillée comme elle est chés elle » (1). Cette désignation est trop

(1) Mercure, septembre, p. 2060.

précise pour ne pas s'appliquer au portrait de la danseuse décrit Tannée précédente : mais alors quel était le pastel exposé en 1742? Une réplique? Ce qu'on sait de La Tour ne permet pas de le supposer. Il est beaucoup plus plausible d'admettre que l'artiste, dont on connaît la façon de vivre hâtive et désordonnée, aura envoyé deux fois le même portrait au Salon, en 1741 et en 1742. Et voici qui tendrait à le prouver.

Le Cabinet des estampes possède une série de livrets des Salons du dix-huitième siècle, provenant de la collection Deloynes et dont plusieurs portent des indications manuscrites de Mariette. Or, sur le livret de 1741, au-dessous du portrait du président de Rieux et du buste de nègre envoyés par La Tour et figurant aux n08 1 18 et 1 19 du livret, Mariette a ajouté : « 119*. Autre tableau en pastel représent4 Madelle Salle, actrice de l'Opéra, en demie fîg. » (1). C'est donc que le pastel fut réellement exposé cette année-là.

L'année suivante, La Tour a cinq envois : le portrait de Mlle Salle « habillée comme elle est chés elle » porte le n° 128, et le n° 129 est le « portrait de l'abbé H*** [Hubert] assis sur le bras d'un

(1) Explication des peintures, sculptures, etc. (Paris, J. Collombat, 1741, in-12, p. 72). — Source indiquée par M. Maurice Tourneux. — Le portrait de Mlle Salle n'est mentionné, en 1741, ni dans la Lettre à M. de Poiresson-Chamarande, etc., au sujet des tableaux exposés au Louvre, ni dans le compte rendu du Salon publié par l'abbé Desfont aines dans ses Observations sur les écrits modernes.

fauteuil, lisant à la clarté de deux bougies dans un in-folio » (1). Or, Mariette a pris soin d'inscrire au livret le nom de l'abbé Hébert (sic, pour Hubert), et il n'a rien noté de particulier touchant le portrait de la danseuse : preuve qu'il a vu les envois de La Tour et que le portrait de Mlle Salle figurait aussi à ce Salon (2).

Au moment de sa mort, le 27 juillet 1756, Mlle Salle possédait, dans son salon, un portrait d'elle-même « en pastel, sous glace », qui était vraisemblablement le pastel de La Tour. Après cette date, on reste près d'un siècle avant de le voir reparaître : le 4 mai 1846, il passe à la vente Saint où il est adjugé 600 francs (3); on le retrouve, le 17 mars 1858, à la vente Véron : il atteint cette fois 1,550 francs (4); le 13 janvier 1869, à la vente Delphine Marquet (5), et le 7 avril 1893, à la vente de

(1) Aujourd'hui au musée de Saint-Quentin.

(2) Page 28 du livret. — L'abbé Desfontaines, cette année 1742, ne détaille pas les pastels de La Tour, mais il vante « les cinq morceaux » envoyés par le pastelliste; or, il y a bien au livret cinq pastels, y compris le portrait de Mlle Salle.

(3) N° 33 du catalogue : « Portrait, grand comme nature, de Mlle Salé, danseuse de l'Opéra. Elle est en déshabillé de ville, assise et vue jusqu'aux genoux. Ce portrait, rendu avec la plus

| exacte vérité, peut sans contredit être regardé comme un des

Iplus beaux du maître ». — L'enchère de 600 francs est indiquée

par les Goncourt, VArt du XVIIIe siècle (éd. Quantin), t. Ier, p. 284.

(4) N° 76 du catalogue : « Antoine de La Tour (sic). Portrait de Mlle Salle. H. 78, L. 62 ». — Le prix est donné par la Revue universelle des arts, t. VII, p. 94. — Renseignement fourni par M. Maurice Tourneux.

(5) Annoncée dans la Chronique des arts du 10 janvier 1869. Pas de liste de prix. — Renseignement fourni par M. Maurice Tourneux,

Mme Denain, de la Comédie-Française, où il atteint 185000 francs (1); il est présentement l'une des perles de la galerie de M. le baron Vitta, à Paris (2). Dans le temps qu'il appartenait à Mme Denain, il figura à l'exposition des portraits nationaux organisée au Trocadéro, lors de l'Exposition universelle de 1878 (3), et Paul Mantz, qui le remarqua, en a très finement analysé le caractère et commenté l'esprit : « Mlle Salle n'était pas jolie, écritil; elle était charmante. Un teint un peu jaune, un nez taillé par le caprice, des yeux spirituels et un air de bonté qui a quelque chose de doucement maternel. Ce portrait, admirablement dessiné, a les saveurs intimes d'un parfum pénétrant. Il dit sur le dix-huitième siècle des choses que l'on ne veut pas savoir. On croit volontiers à un monde romanesque, olympien, un peu poseur. Pour la vie des gens de cour, la supposition n'est pas inexacte; mais,

(1) N° 36 du catalogue ; il est décrit soigneusement, mais daté de 1745. L'enchère est fournie par le Journal des arts. — La collection de Mme Denain était formée en partie de la collection Henri Didier achetée en bloc en juin 1868; toutefois le portrait de Mlle Salle ne figure pas au catalogue de la vente Didier.

(2) Il a passé directement de la collection Denain dans celle de M. le baron Vitta.

(3) Notice historique et analytique des peintures, etc., exposés dans les galeries des portraits nationaux, etc., par Henry Jouin (1879, in-8°), n° 717, p. 152. — 11 y avait aussi à cette exposition, sous le n° 718, un portrait de la Gamargo, par La Tour, préparation au pastel appartenant à M. Alfred Saucède; une autre préparation de ce portrait est au musée de Saint-Quentin. La Tour a également portraituré, parmi les célébrités de l'Opéra, la chanteuse Mlle Fel, qui fut sa maîtresse, et Mlle Puvignée, la danseuse, qui succéda à Mlle Salle comme pensionnaire du roi. Ces deux pastels sont au musée de Saint-Quentin.

chez les bourgeois et chez les artistes, l'existence avait des heures de silence et de recueillement, et l'on trouvait des tendresses discrètes même chez les danseuses » (1).

Et Paul Mantz, — qui se rappelait sans doute ce mot de La Tour sur ses modèles : « Ils croient que je ne saisis que leurs visages, mais je descends au fond d'eux-mêmes et je les remporte tout entiers », — ne pensait pas si bien dire. Il ignorait que la danseuse elle-même s'était chargée de confirmer ses impressions en écrivant, dans le temps que son portrait figurait au Salon, une lettre qui nous est parvenue, une lettre familière et d'un abandon charmant, où l'on perçoit, sous le ton enjoué de la causerie, un esprit très fin, très ouvert sur toutes choses, tour à tour tendre et malicieux, — comme son sourire, — et tout à fait dépourvu de pédanterie. En vérité, cette lettre, en ses six pages d'une orthographe singulièrement personnelle, en dit plus long sur un caractère que tout un dossier d'actes officiels, et, dans les deux volumes de documents publiés par Campardon sur V Académie royale de musique et de danse au dix-septième et au dix-huitième siècle, il n'est pas une pièce qui puisse offrir, avec autant d'imprévu dans la forme, autant de jolies révélations dans le fond.

Cette lettre de Mlle Salle est adressée, le 24 octobre 1742, à Evrard Titon du Tillet. On

(1) Les Portraits historiques au Trocadéro (1878), dans la Gazette des beaux-arts, 2e période, t. XVIII, p. 878.

sait que cet ancien commissaire des guerres, auteur du Parnasse françois, était un mécène et un collectionneur qui se plaisait à réunir en son hôtel de la rue de Montreuil, puis de la rue de la Cerisaie, une petite cour d'artistes et d' écrivains (1). Largillière comptait parmi les familiers de la maison, où se trouvait une de ses peintures les plus connues, le portrait de Mlle Duclos, de la Comédie- Française, dans Ariane ;il peignit, d'ailleurs, le portrait de Titon lui-même (1737), et celui d'un autre ami du mécène, le poète Desforges-Maillard (2). Ce Bas-Breton, qui s'était fait connaître par des poésies légères adressées au Mercure sous le pseudonyme de Mlle de Malcrais de la Vigne, — une des supercheries littéraires les mieux réussies que l'on connaisse, — fut l'hôte de Titon du Tillet pendant ses deux premiers séjours à Paris (1733-1735 et 1737-1738), et c'est sans doute chez l'auteur du

(1) Il était né en 1677 et mourut en 1762. — Le Parnasse françois exécuté en bronze est aujourd'hui exposé dans le vestibule de la galerie Mazarine, à la Bibliothèque nationale. Titon du Tillet l'avait commenté dans un livre publié à Paris, chez J.-B. Goignardfils, en 1732, in-folio.

(2) On connaît deux exemplaires du portrait de Mlle Duclos : l'un à Chantilly, — c'est celui de Titon du Tillet, — l'autre à la Comédie-Française; il a été gravé par Desplaces. — L'original du portrait de Titon du Tillet, qui fut gravé par Petit en 1737, appartient à M. Le Provost de Launay, sénateur des Côtes-du- Nord. — Celui de Desforges-Maillard, dont une copie est conservée dans la famille du poète, a été gravé par Desrochers, puis par Tangé, en 1756, pour l'édition des Œuvres complètes de Desforges-Maillard de 4759; il est reproduit en tête des Œuvres nouvelles de Desforges-Maillard, publiées par A. de la Borderie et R. Kerviler (1882-1888, 2 vol. in-8°).

Parnasse françois qu'il rencontra Mlle Salle, dont il parle avec enthousiasme dans ses lettres et à qui, on Ta vu, il dédia plusieurs pièces de vers (1). Comme la danseuse était absente de Paris en 1734-1735, ce fut sans doute en 1737 ou 1738 que Desforges-Maillard la rencontra, ce qui laisserait à supposer qu'elle fréquentait chez Titon du Tillet dès avant d'avoir pris sa retraite.

Un détail encore prouve qu'elle était bien connue de Titon : il existe une édition du Parnasse françois dont le titre porte la date de 1732, mais qui a reçu des additions jusqu'en 1743 et qui contient notamment une partie nouvelle, consacrée aux « acteurs et actrices célèbres de la Comédie et de l'Opéra que la mort a enlevés ou qui ont quitté le théâtre [jusqu'à cette même annnée 1743] ». C'est dans ce supplément qu'on peut lire, à propos des danseuses Guyot, Salle et Camargo : « Ces trois demoiselles vivent encore : Mlle Guyot s'est retirée dans un couvent en 1725; pour les deux autres, qui sont encore dans le bel âge, Mlle Salle s'est retirée de l'Opéra en 1741, étant pensionnaire du roi pour ses ballets, et Mlle Camargo brille encore sur le théâtre » (2).

C'est à peu près au moment où ce supplément était en cours d'impression que fut écrite la lettre

(1) Voir plus haut, p. 193 et 229.

(2) Un exemplaire du Parnasse françois figurait d'ailleurs mrmi les livres que possédait la danseuse au moment de sa nort. Voir l'inventaire publié ci-après.

qu'on va lire. La danseuse venait de faire un séjour au château du Plessis- Chaînant, près de Senlis, chez Jean- Baptiste -Maximilien Titon, seigneur de la Neuville, conseiller en la Grand' Chambre du Parlement de Paris et neveu de Titon du Tillet; et, rentrée à Paris, elle écrivit à ce dernier pour lui conter les menus incidents de son voyage. Le tour à la fois respectueux et familier qu'elle emploie, en parlant des divers membres de la famille Titon et des hôtes du seigneur du Plessis -Chaînant, achève de prouver qu elle comptait, elle aussi, parmi les amis de la maison; et ce n'est pas le trait le moins piquant de cette lettre que de nous montrer, au milieu du dix-huitième siècle, une ancienne danseuse de l'Opéra en villégiature dans la famille d'un conseiller au Parlement.

Avant de publier ce précieux document, aujourd'hui conservé au musée Dobrée, à Nantes (n° 992 du catalogue), il faut encore donner quelques détails sur ses particularités matérielles et sa

date.

C'est une lettre autographe de quatre pages recto et verso; un cinquième feuillet porte au verso l'adresse et le cachet ovale, en cire rouge, intact, représentant un double entrelacs des initiales M et S, surmonté d'une couronne de roses. Elle est écrite sur un papier vergé petit in-4°, très simple et sans filigrane; l'écriture régulière et appliquée dénote une main peu habituée à manier la plume ; quant à l'orthographe, elle est on ne peut plus indépendante.

Le catalogue des autographes du musée Dobrée donne à cette lettre la date du 24 octobre 1772; ce qui est de toutes façons impossible, puisque Mlle Salle mourut en 1756 et Titon du Tillet en 1762. Une lecture attentive de la date permet de rectifier Terreur du catalogue, et Ton verra plus loin que le contexte même fournit un argument en faveur de cette rectification, d'après laquelle la pièce doit être datée de 1742.

Monsieur,

^ Mon voiage a étois des plus heureux, et comment n'aurois-t-il pas étois, étant dans une bonne chaise qui appartien à Mme Titon? Les perssonnes à qui elle permet de lui faire sa cour ne peuvent qu'être heureux, et les vœux sincère que vous avez fait, aussi bien que l'aimable compagnie, pour mon voiage, ne pouvois qu'être exaucé. Nous avons eu deux grosse averce que M. Le Roux (1) a essuiez courageussment sans s'en plaindre : vous voiez par là, Monsieur, que la valeur n'attand pas le nombres des années. Il m'a fait la galantrie de me donner à dîner à Louvre (2) et n'a jamais voulu que j'en paye la motié : il c'est mis d'un furieux colère contre moi à la seule proposition que je lui en ai faittes. Comme j'étois seule tête à tête avec lui et qu'il m'a paru fort dangeureux, j'apprenhendez qu'il ne lui pris envie de me battre, je cru qu'il étois de la prudence de ne le pas obstinez.

Notre dinié étois composé d'une bonne soupe au

(1) Il a été impossible d'identifier les familiers du château de Chaînant dont il est question dans cette lettre.

(2) Louvres (Seine-et-Oise), arrondissement de Pontoise, canton de Luzarches.

choux qui ne sentez que l'eau, est d'une morceaux de bœuf seque est coriace, d'un bon poulet gras dont les os percé la peau, plus dur que du parchemin, et trois chétifes pignons. Je n'ai mangé de tout cela que les deux pattes, que j'ai fait griller au feu. Ce repas si manifique m'effraia si fort que je lui dit humblement et tramblotant si il voulois bien me permettre, pour m'acquiter envers lui, de payer le désert, ce qu'il eu la bonté de m'accorder . Aghate couru vite nous en cherchez et nous apporta trais (sic) groses mauvais pesches qu'elle paya trois sols; voilà la seule dépence excesive que j'ai fait dans mon voiage. Nous vîmes paser, de la fenêtre de l'hôtelerie, les princes d'Eu et d'Ombre et le due (sic) de Chartes à qui nous fîmes un grand révérance (1), et je croie, sijene me trompe, qu'il nous prie pour des comédiens de campagne : Aghate, à qui j'avois mis mon mantelet, resamble à Mlle de

Lestoille (2).

Nous restâme deux heures à Louvre ; il fut emploie à parler des bontés de Mme Titon et de ses grâces personnelles, et nous convieme que personne ne savois

(1) Louis-Charles de Bourbon, comte d'Eu, et Louis-Auguste de Bourbon, prince de Dombes, étaient les fils de Louis-Auguste de Bourbon, duc du Maine, fils légitimé de Louis XIV et de Mme de Montespan. - Louis-Philippe d'Orléans, duc de Chartres (1725-1785). — On lit, dans le Journal de Barbier (t. III, p 390), en octobre 1742 : « On parle du siège de Maubeuge ou d'attaquer Dunkerque pour détruire les fortifications qu'on y a faites, et l'on croit que de tout cela il n'y aura rien, par bonnes raisons. La première, que nous sommes le 15 octobre, et que, dans peu, à cause des pluies, il n'est pas possible d'entamer la campagne en Flandres; la seconde, que M. le duc de Chartres part pour la Flandre, avec M. le comte de Clermont, le prince de Dombes, le comte d'Eu et le comte de Penthièvre. On conjecture de là qu'il n'y aura rien. On n'hasarderait pas une tête aussi chère que celle de M. le duc de Chartres... » — Ceci suffirait a dater la lettre de Mlle Salle.

(2) Personnage du Roman comique.

obliger si parfaitemen qu'elle, comme les façons prévenantes et engajantes de l'aimable Mme Dufeyi. Ses réflections nous donna [à] l'un et à l'autre de l'émulations, moi à tâcher par mon respect à conserver l'estimes de ses deux dames; M. Le Roux, par ses soins et son attachement, à les méritez.

Pendant cette conversation, Aghate, qui étois à mé côtés, proche le feu, assisent à terre sur son derière corne un singe, et Moustapha sur ses genoux, dormez et pensez tombez tous deux si je ne les avez empêché. M. Le Roux étois si enthousiasmez du plaisir de parler de Mme Titon, et surtout d'être seule avec moi, qu'il ne prenez pas garde à ses deux pauvre bestes qui se serés grillez tout en vie sans moi.

Nous arrivâmes à Paris à cinq heure, où je trouvez ché moi mon aimable amie (4), entouré de mes doulereux martirs qui formé sa cour, le ténébreux don Chevereau, M. Champdeveau, que j'ai surnommé le loup gris sans oreilles, et l'ennuieux Theriot (2). Mon amie et ses mesieurs me receu avec un grand joye; il n'en fut pas de même de M. Le Roux : ils lui firent grisse mine, ce qu'il le déconcerta si fort qu'il ne savois quelle contenance tenir. Je m'approchât de lui et le rasuré, se qu'il lui feus d'un grand secours et lui fit plaisir. Sa docilité me faite croire qu'avec le temps j'an ferez quelque choses de passable, quoique l'on m'a assuré qu'il soit libertin : il faudra qu'il devient saint pour faire société avec moi.

A propo de saint, mon petit-fils Valgiber rachèvet-il saint Nicola; surtout qu'il n'oublie pas de reformé

(1) Sans doute Rébecca Wick, Anglaise d'origine, naturalisée Française en 1750, qui habitait avec Mlle Salle et que celle-ci institua sa légataire universelle par le testament qu'on lira plus loin. Ce testament, en date du 26 janvier 1751, dit que Rébecca Wick habitait depuis plusieurs années avec Mlle Salle.

(2) C'est Nicolas-Claude Thieriot.

le roche que j'ai trouvé trop brun; il s'est mocqué de moi quant je lui en ai parlé, parce que je ne me suis pas servi des termes pompeux de Far de la penture. Qu'il s'en mocque tant qu'il voudra; je suis sûr que ma critique est juste. Si j'étois bien méchante, j'ai de quoi me vanger de ses méchantez plaisenteries à l'occasion d'un certain lettre qu'il a étourdiment laisser tomber chés moi; mais chut, j'ai promis le secret : je me contente d'avoir en mon pouvoir des verge pour le châtiez quant il m'étourdira de son jolie petit caquet.

Je me flatte que M. Dufeyi regrete la petite faisseuse de thé.

Je me souvient encor avec plaisir de la manière, en partant, que j'ai embrassé M. Titon le fils (1), prenant avec mes doigts de curdants ses deux gros joues rebondissant que j'ai baisé en godinettes (2) devant sa tendre mère, qui n'en a pas assurément étois fâché.

M. Decongne m'a fait l'honneur de me venir voir; il sortois de rendre vissite à madame Bleau; je craint que l'oncle n'enlève la conqueste de son neveu, que je croie trop sage pour la lui disputez; s'il m'en croie, il la lui laisserez; comme petit maman, c'est un conseil que je sui en droit de lui donné.

Adieu, Monsieur. Si je ne me souvenez qu'à la campagne les récits les plus insipedez font quelquefois plaisir, ces ce qui fait que je risques tout naïvement le récite de mes grande avantures. Je vous prie mes respect à Mme Titon et Dufeyi. J'ai envoie souvant chés

(1) Jean-Baptiste-Maximilien-Pierre Titon, fils du neveu de Titon du Tillet, le conseiller J.-B.-M. Titon, propriétaire du Pies sis-Charmant, où Mlle Salle venait de séjourner.

(2) Godinette, d'après Littré, « ancien mot qui signifiait gri~ sette et qui s'était conservé jusque dans le dix-septième siècle en cette locution, tombée elle-même en désuétude : baiser en godinette, baiser d'une manière tendre, amoureuse ».

M. le conseiller (1), que Ton assure en parfaites santé, n'osant pas aller moi-même, par la sote timidité que vous me connoissez, mais je suis trop vielle pour m'en corigé, aussi bien que du tendre attachement avec laquel j'ai l'honneur d'être,

Mosieur,

Votre très humble et obéisante, servante,

Salle.

Recevez, je vous prie, les compliments de mon amie. Elle ose offrir ses respects à médame Titon et Dufeyi, assure M. Valgiber de sa protection et amitié.

Ce 27 octobre 1742.

Salle.

Au verso du cinquième folio, on lit :

A Monsieur

Monsieur Titon Du Littet(s/c), chés Mr.

Titon le conseiller, au château de Plessi, proche Senlis (2).

Senlis.

Les deux années qui suivent n'apportent point de changements que Ton sache dans l'existence de

(1) Ce conseiller est l'autre neveu de Titon du Tillet, Daniel- Jacques Titon, conseiller du roi en ses conseils, second fils de Jean-Jacques Titon.

(2) Le Plessis-Chamant, château, commune de Luzarches (Seine-et-Oise), appartient aujourd'hui à Mme la baronne de Forest.

la danseuse. Les termes dans lesquels est écrite sa lettre à Titon du Tillet montrent assez qu'elle avait su se créer des sympathies dans un autre monde que celui de l'Opéra, et l'on sait d'autre part, par l'abbé Trublet, que l'exemple de la famille Titon n'était pas un fait isolé. L'ami de Fontenelle, après avoir parlé, comme il était naturel, de la sagesse de Mlle Salle, « aussi connue et, pour ainsi dire, aussi célèbre que son talent », ajoute que « plusieurs dames, aussi respectables par leur vertu que par leur naissance », l'honoraient de leurs bontés; et il cite, entre autres, la marquise du Tort ou du Torp, sœur du comte de Nocey et fille du comte de Fontenay, l'ancien sousgouverneur du duc de Chartres, devenu plus tard le Régent (1).

Sortie du théâtre, il est à présumer que la danseuse continua de cultiver ses relations anciennes, tout au moins pendant les premières années de sa retraite. Peut-être la cour de beaux esprits, dont les gazetiers disaient qu'elle faisait les délices, abandonna-t-elle l'artiste retirée du monde pour aller porter ses madrigaux à des étoiles nouvellement découvertes; en tout cas, la lettre à Titon montre que Thieriot n'avait pas renoncé à son rôle d'ennuyeux cavalier servant, et il y a tout lieu de

(1) Mémoires pour servir à l'histoire de M, de Fontenelle... (1759, in-12, p. 180). — Marie-Claude de Nocey, fille de Claude de Nocey, comte de Fontenay (1634-1714), avait épousé André Desson, seigneur du Torp; elle mourut en 1742.

croire que le correspondant de Voltaire n'était pas le seul des anciens adorateurs de jadis à venir s'asseoir de temps en temps dans le salon bleu de la demoiselle.

Celle-ci avait pris trop à cœur sa vie d'artiste pour se désintéresser brusquement de la scène. A vrai dire, son ancien théâtre ne lui fournit guère alors que du déjà vu : depuis Dardanus, Rameau n'a plus reparu à l'Opéra; en attendant la querelle des bouffons, le répertoire et le public sont au calme plat; la troupe aussi, du reste, où les vieilles gloires continuent de s'évertuer, sans même que le Mercure prenne la peine de mentionner leurs noms dans ses comptes rendus de plus en plus succincts. C'est encore dans les théâtres à côté que Mlle Salle trouve le meilleur de ce qui se dépense de talent sur les planches : aux Italiens, elle a vu débuter une nouvelle danseuse, la belle Mlle Campioni, une réplique de la Barbarina, et, comme telle, très favorablement accueillie; puis, en 1744, la charmante Coraline, une des filles de l'arlequin Carlo Veronese (Pantalon), comédienne et danseuse accomplie; quant à TOpéra-Comique, d'où elle-même était sortie, il venait de faire trois charmantes recrues, — Mlle Lany, Mlle Puvignée et Noverre, — qui devaient bientôt passer à l'Académie royale de musique, y rajeunir le corps de ballet et y renouveler la danse (1).

(1) Louise-Madeleine Lany, sœur du danseur de ce nom, née vers 1733, passa de l'Opéra-Comique à l'Opéra la môme année

On a déjà parlé de Mlle Puvignée, à propos de Castor et Pollux; on a montré comment elle avait repris, dans une entrée de cet opéra remis à la scène en 1754, le rôle d'Hébé, tenu par Mlle Salle lors de la première mise (1737), et comment le caractère pantomime de ce divertissement permettait de croire que la nouvelle étoile avait reçu les conseils, sinon les leçons, de sa devancière. Mlle Puvignée la mère, qui faisait partie des chœurs dansants de l'Opéra, était bien placée pour se connaître en la matière, et, si elle voulut jamais donner à sa fille l'occasion de se perfectionner auprès d'une artiste célèbre, ce ne fut certes pas à la Camargo qu elle s'adressa, étant brouillée avec celle-ci qu'elle avait menacée, certain soir, dans les coulisses, de quelques coups de pied dans le ventre (1).

On ne sait pas avec plus de précision si No verre

(1743), et se retira vers 1767. Voir sur cette danseuse et son frère, un article de M. Teneo, dans le Mercure musical d'avril 1907. — Mlle Puvignée débuta toute jeune à Lyon et passa ensuite à l'Opéra-Comique ; elle avait huit ans quand elle y parut pour la première fois en 1743; en 1746, elle entrait à l'Opéra, où sa mère faisait partie des chœurs dansants. Elle fut, avec Mlle Lany et Mlle Vestris, l'étoile du théâtre des Petits-Appartements. — Noverre, né en 1727, débuta à l'Opéra-Gomique en 1743, fit représenter les Fêtes chinoises sur ce théâtre en juillet 1754, et partit ensuite pour l'étranger; engagé à Stuttgard et à Vienne, il fut en cette ville le maître à danser de l'archiduchesse Marie- Antoinette. Celle-ci, devenue reine de France, le fit nommer, en 1776, maître des ballets de l'Académie royale de musique. Il se retira en 1781 et mourut en 1810.

(1) Journal de Feydeau de Marville, publié par P. d'Estrée (Paris, 1897, p. 42).

fut réellement l'élève .de Mlle Salle; mais c'est certainement celui de tous les contemporains de la danseuse qui, l'ayant connue peu de temps après sa retraite, a laissé d'elle le portrait écrit le plus complet qui nous soit parvenu; et, après ce qu'on a dit de la danse théâtrale au dix-huitième siècle, Q est superflu de rappeler que Noverre fut, sinon 'élève, tout au moins l'héritier direct de Mlle Salle; qu'il s'inspira de ses idées sur la composition et 'exécution des ballets, et qu'il parvint à les réaliser sur la scène de l'Opéra comme sa devancière l'avait jamais eu la liberté de le faire.

Né en 1727, Noverre dansait à l' Opéra-Comique lès 1743; nul ne pouvait donc être en meilleure iituation d'apprécier à leur valeur les étoiles de la lanse qui s'étaient partagé les « entrées seules » )endant le second quart du dix-huitième siècle, et le voir, avec des yeux de débutant déjà en posession d'une réputation naissante, presque toute a vieille génération des Dupré, des Dumoulin, des lalter, et aussi Mlle Camargo, à défaut de Mlle Préost morte en 1741, et enfin Mlle Salle,— tous ces rtistes dont il devait plus tard analyser le talent une façon si pénétrante (1).

« La demoiselle Salle, écrira-t-il, danseuse remlie de grâces et d'expression, faisait les délices du

(1) Voir ses Lettres sur les arts imitateurs en général et sur la mse en particulier (Paris, 1807, 2 vol. in-18). — Ce qui suit it tiré du chapitre Sur les sujets de la danse en 1740, t. II,

public. Je ne puis vous fixer Tannée de son début, ni celle de sa retraite. Elle ne paraissait plus à l'Opéra en 1745, époque où je commençai à fréquenter ce spectacle; mais je la vis souvent chez elle. Quoiqu'elle eût quitté le théâtre, elle s'exerçait tous les jours. Je fus enchanté de sa danse. Elle ne possédait ni le brillant, ni les difficultés qui régnent dans celle de nos jours ; mais elle remplaçait ce clinquant par des grâces simples et touchantes; exempte d'afféterie, sa physionomie était noble, expressive et spirituelle. Sa danse voluptueuse était écrite avec autant de finesse que de légèreté; ce n'était point par bons et par gambades qu'elle allait au cœur.

« Il est à présumer que cette aimable danseuse ne resta pas longtemps à l'Opéra et que les deux voyages qu'elle fit à Londres assurèrent sa fortune. La sensation qu'elle y fit fut telle que le jour marqué pour son « bénéfice »le fut encore par la générosité de la nation. On se battait pour entrer au théâtre, et l'enthousiasme qu'avaient fait naître les talens de cette sublime danseuse ne put mieux se manifester que par les bourses remplies de guinées qu'on lui jeta sur le théâtre de toutes les parties de la salle. Indépendamment de l'or que renfermaien ces bourses, elle y trouva une foule de billets dé banque. Garrick m'a assuré que cette représentation avait valu à Mlle Salle plus de deux cent milh francs. Les Anglais, généreux d'ailleurs, ne le son pas tant aujourd'hui qu'ils l'étaient jadis. Ilfaut con venir aussi d'une vérité, c'est que les grands talen

dans cet art étaient aussi rares qu'ils sont communs de nos jours. »

Les quelques historiens du théâtre qui ont consacré à Mlle Salle une notice biographique un peu détaillée ont tous répété, sur la foi d'on ne sait quel témoignage, que la danseuse était partie pour l'Angleterre, après avoir donné son congé à l'Opéra, en 1741; il se peut qu'elle ait quitté Paris à diverses reprises, mais on ne trouve aucune mention de ses absences dans les gazettes et les mémoires du temps, et il semble, d'après le passage de Noverre qu'on vient de rapporter, que la pensionnaire du roi pour ses ballets continua de résider à Paris, tout au moins de 1742 à 1746.

« Quoiqu'elle eût quitté le théâtre, elle s'exerçait tous les jours », dit Noverre, qui déclare l'avoir vue souvent chez elle vers 1745; et, en effet, la danseuse n'était pas dispensée de tout service : c'est d'ailleurs à cet entraînement quotidien qu'elle dut de pouvoir reparaître par intermittence sur la scène jusqu'aux toutes dernières années de sa vie, c'est-à-dire jusqu'aux approches de la cinquantaine.

On ne la voit point à la cour de 1742 à 1744 : ce sont d'ordinaire les Comédiens-Français et les Italiens qui sont mis à contribution pour les spectacles de Versailles et de Fontainebleau, avec quelques intermèdes chorégraphiques exécutés par les dernières « révélations » des théâtres à côté ou

par des artistes de passage : Mlle Lolotte Cammasse, maintenant première danseuse du roi de Pologne, en mars 1743 et en mars 1744; Noverre, Mlle Lany et Mlle Puvignée, de l' Opéra-Comique, en octobre 1743, c'est-à-dire peu de temps après leurs débuts à la Foire; le jeune Laval et la petite Puvignée encore, en février 1744. Par contre, il n'est pas question, dans le Mercure, de divertissements dansés par le corps de ballet de l'Opéra, sauf le 26 février 1744 où Ton parle du concours prêté « par les meilleurs sujets de l'Académie royale de musique », sans d'ailleurs citer un seul nom.

Il n'en est pas de même l'année suivante, lors des fêtes données, à la fin de février et pendant le mois de mars, pour le mariage du Dauphin Louis et de l'infante d'Espagne, Marie-Thérèse-Antoinette. Le 23 et le 27 février, sur le théâtre que le roi avait fait construire dans le grand manège du château de Versailles, on représenta le ballet de la Princesse de Navarre, une pièce de circonstance, dont le livret était de Voltaire et la musique de Rameau; le 26 février, les Éléments; le 3 mars, Thésée; le 10, Zaïde, reine de Grenade; le 17, Mérope, suivi d'un divertissement nouveau, Zélindor, roi des Silphes, poème de Montcrif, musique de Rebel et Francœur, redonné le 24, avec les Précieuses ridicules; enfin, le 31, Platée, un nouvel opéra de Rameau sur des paroles d'Autreau et Le Valois d'Orville.

« Pour pouvoir dire que j'avais vu une partie de ces choses, écrit le duc de Croy dans son journal, j'allai masqué aux bals des Appartements à Ver sailles, et à celui de la Ville; et assurément cela était digne de la curiosité ; et, pour en avoir une idée, j'allai aussi, pendant le carême, à un des ballets qui continuèrent. J'entendis encore Mlle Lemaure, voix unique, qui avait quitté l'Opéra depuis quelques mois, et j'y revis les fameuses danseuses de Camargo, Salle qui avait quitté, et Jélyote, Chassé, etc. (1). » L'impression produite sur l'esprit du jeune duc fut assez durable pour que, vingtcinq ans plus tard, assistant au mariage d'un autre Dauphin, le futur Louis XVI, il n'ait pas retrouvé l'équivalent des artistes de 1745 : « Pour la danse, observera-t-il, hors une Mlle Heinel, le reste n'égalait pas Mlle Salle. Mlle Guimard, qui était dans ce genre-là, ne me parut pas avoir d'aussi bon bras (2). Et en hommes, on était loin de Blondi et de Dupré » (3). Le duc de Croy oubliait d'ajouter qu'il avait vingt-sept ans en 1745 et cinquante-deux en

(1) Journal inédit du duc de Croy, publié par le vicomte de Grouchy et Paul Gottin (Paris, 1906-1907, 4 vol. in-8°, t. IT, p. 53).

(2) Cf., dans le Chansonnier de Maurepas (Bibl. nat., ms. fr. 12633, t. XVIII, p. 155), une chanson sur Mlle Salle, sur l'air : « De l'amour, tout subit les lois », du Ballet des Sens :

... Tes bras, aimables séducteurs, Charment, touchent les spectateurs; Tes voluptueux mouvemens, Bien ménagés, sont des sentimens...

(3) Journal inédit, etc., op. cit., t. II, p. 401.

1770 : en pareille matière, le point de vue a pourtant son importance et ne laisse pas d'influer sur les comparaisons.

La Princesse de Navarre fut représentée pour la première fois le 23 février, c'est-à-dire le soir même du mariage du Dauphin, et donnée une seconde fois le 27. Sur l'histoire de la pièce et le détail de la collaboration de Rameau et de Voltaire, on ne peut que renvoyer au commentaire si complet dont M. Ch. Malherbe a fait précéder sa réédition de cette comédie-ballet (1); et quant à l'exécution, il suffira de rappeler qu'on s'était efforcé de réunir les talents des artistes les plus distingués de la Comédie - Française et de l'Opéra; que Mlles Clairon, Dangeville et Gaussin s'y rencontraient avec Mlles Fel, Camargo et|Sallé, Grandval avec Jélyote, et Poisson avec Chassé. Au surplus, l'admirable gravure que Cochin nous a laissée de la salle de spectacle, au soir de la première, achèvera de donner une idée de la magnificence de cette représentation.

Mlle Salle y paraissait deux fois : dans le divertissement du second acte, elle dansait seule trois petites entrées, coupées par des pas de deux exécutés l'un par Laval le fils et Mlle Puvignée, l'autre par D. Dumoulin et Mlle Camargo; à la fin du 3e acte, dans le décor du Temple de l'Amour et au milieu des quatre quadrilles que Cochin a représentés sur

(1) Œuvres complètes de J.-Ph. Rameau, édition Durand, t. XI.

son estampe, elle dansait un pas de deux avec D. Dumoulin, sur un air de musette.

Le 17 mars, on la retrouve dans la distribution de Zélindor, roi des Silphes, un petit ballet en un acte, de Rebel et Francœur, sur un poème de Montcrif ; elle paraît dans le premier divertissement des Nymphes, où elle a son entrée seule. Le roi est si satisfait de cette représentation qu'il fait rejouer la pièce huit jours plus tard, sur le même théâtre de la Grande-Écurie (1).

Enfin, le 31 mars, les fêtes se terminent sur la représentation de Platée, une œuvre inédite de Rameau. Depuis Dardanus (1739), Rameau, sans doute brouillé avec les directeurs de l'Académie royale de musique, n'avait fait jouer aucune pièce nouvelle; pourtant, il ne cessait pas de produire, et, si deux des quatre opéras ou ballets qu'il donna en 1745 — la Princesse de Navarre et le Temple de la Gloire — sont des compositions de circonstance, pour célébrer, l'une le mariage du dauphin, et l'autre la victoire de Fontenoy, les deux autres, par contre, — Platée et les Fêtes de Polymnie, — avaient été écrits à une époque antérieure.

Platée n'eut qu'un médiocre succès. Deux lignes d'éphéméride dans le Mercure mentionnent seules l'unique représentation de ce « ballet-bouffon », repris à l'Opéra quatre ans plus tard, et il faut se reporter au livret pour en connaître la distribution :

(1) Mercure de mars, p. 178.

Mlle Salle y dansait un pas de deux avec D. Dumoulin dans le divertissement du troisième acte.

La pensionnaire du roi pour ses ballets n'avait pas à se plaindre de cette série de fêtes : chaque petite répétition lui avait été comptée, comme aux acteurs, chanteurs et symphonistes, 5 livres; chaque répétition générale à Paris, 10; et chaque répétition générale à Versailles, 15; elle reçut en outre 265 livres de feux et cachets, et 600 de gratifications (1).

Sur ces entrefaites, paraît un recueil de poésies, intitulé les Talent du théâtre célébrés par les Muses, ou Éloges et portraits en vers des acteurs, actrices, danseurs et danseuses qui brillent aujourd'hui à Paris (2) : tous les auteurs de madrigaux, de Voltaire à Gentil- Bernard et de Desforges-Maillard à Boissy, ont été mis à contribution, et, à lire certaines piécettes, modestement signées de son initiale, on peut croire que Thieriot ne fut pas étranger à la publication de ce trésor poétique. On y trouve, sur Mlle Salle, une partie des vers qu'on a eu l'occasion de citer au cours de cette étude, et d'autres encore qui ne méritent point d'être reproduits ; plusieurs pièces sont d'ailleurs inexactement transcrites, certaines; même tronquées et transformées à l'insu des auteurs. C'est ainsi qu'une épître à Mlle Camargo,

M) Ch Malherbe, Commentaire historique. Voir Œuvres complètes de Rameau, op. cit., t. XI, p. xuii et xlv. (2) Paris, Mesnier, 1745, in-8».

« au sujet d'une pièce comique où l'on avait prétendu critiquer ses talens », n'est qu'un morceau défiguré d'une épître à la Barbarina, publiée in extenso dans le Mercure de mai 1745 avec une protestation de l'auteur (1). Cette poésie n'a aucun intérêt par elle-même : on y tresse des couronnes à la danseuse, non sans rendre justice à ses émules, sur lesquelles on a jugé bon de donner en note quelques détails. Ainsi, quand l'auteur écrit à la Barbarina :

Ne crois pas qu'en chantant ta gloire, De Prévôt j'aille injustement Insulter l'illustre mémoire, Et dénigrer sans jugement Salle, de qui la renommée Nous apprend qu'Albion charmée Pense de même qu'à Paris... (2),

il note que Mlle Prévost fut une « excellente danseuse », que les grâces de Mlle Salle « ont été fort applaudies tant à Londres qu'à Paris » et qu'Albion désigne l'Angleterre! De même pour Mlle Gamargo, « danseuse célèbre par sa légèreté et la finesse de ses pas » ; pour Mlle Cochois, « cousine de Mlle Salle, actuellement en Prusse » (3);

(1) Mercure, mai, p. 57 et suiv.

(2) Dans les Talens du théâtre, op. cit., le passage est ainsi transformé :

... Et chicanner sans jugement Salle, de qui la renommée Nous apprend qu'Albion charmée Prise, comme nous, l'agrément.

(3) Marianne Cochois était partie en 1742 avec sa mère, sa sœur Babet et son frère, pour danser à la cour du roi de

pour Mlle Puvignée , « qui n'a pas encore dix ans et dont le talent et les grâces supérieures ont enchanté la ville de Lyon dès son premier lustre », le poète se montre exactement documenté; mais, quand il parle du prologue des Fêtes grecques et romaines et du célèbre rôle de Terpsichore, naguère encore tenu par Mlle Barbarina, il remarque avec moins d'à propos que « ce morceau de danse pittoresque, imaginé par l'auteur des paroles du ballet, a toujours été bien exécuté, la première fois par Mlle Prévôt, ensuite par Mlles Salle, Camargo et Cauchois ». Mlle Salle, en effet, ne dansa jamais ce rôle de Terpsichore, que l'auteur des Réflexions sur les ballets citera dans le Mercure comme un des bons exemples de danse expressive et caractérisée (1); du moins, serait-il plus exact de dire qu'elle ne le dansa jamais en France, car on a déjà fait remarquer les analogies qui existent entre le prologue du ballet de Colin de Blamont et celui du Pastor fido de Hœndel, précisément connu sous le titre de Terpsichore, et créé à Londres, par Mlle Salle, en 1734.

Cependant, l'année 1745 se terminait en apo-

Prusse, bientôt suivie par la Barbarina. - Voir J.-J. Olivier, les Comédiens français dans les cours d'Allemagne au dix-huitieme siècle, 2" série, p. 34 et suiv.

(I) Ces Réflexions - où l'on trouve comme 1 essence du futur

Traité de la danse de Cahusac, - avaient commencé à paraître

-dans le Mercure de janvier 1745, p. 161. L'analyse du prologue

des Fêtes grecques se trouve dans le Jf«rc«r« de février 1746,

théose sur la victoire de Fontenoy : le 27 novembre, le roi revenait de Choisy à Versailles pour assister à la représentation d'une « fête » donnée en l'honneur des vainqueurs sur le théâtre de la Grande-Écurie. Dans la distribution de ce ballet de circonstance, le Temple de la Gloire, qui réunissait pour la seconde fois les noms de Voltaire et de Rameau, Mlle Salle avait eu son traditionnel pas de deux, avec D. Dumoulin, au second acte, et son entrée seule, au cinquième, à la tête d'un des quadrilles de « Romains et Romaines de différents états ». Elle dansa ensuite un des « Songes agréables » de Jupiter vainqueur des Titans, le 11 décembre. Enfin, elle parut encore, le 22 du même mois, dans les Fêtes de Ramire, données avec Zélindor, roi des Silphes. C'était la troisième fois de l'année, et d'ailleurs la dernière de leur vie, que Voltaire et Rameau voyaient leurs noms réunis sur le programme; aussi bien, ce ballet des Fêtes de Ramire n'est-il qu'une réduction de la Princesse de Navarre, réduction faite avec la collaboration de Jean-Jacques Rousseau.

Parmi les documents d'archives intéressant ce spectacle, figure un curieux règlement signé du duc de Richelieu, en date du 28 novembre 1745, énumérant les diverses fournitures faites aux acteurs et aux actrices du chant et de la danse, pour les ballets et opéras représentés à la cour pendant cette fin d'année. On y voit que Mlle Salle recevait, comme danseuse, une paire de gants et

une paire de bas de soie blanche à la bourgogne par représentation; des bas de couleur dans les cas nécessaires; une paire de souliers, des manches de cour et autres ajustements, qui devaient servir, comme les bas de couleur, pendant toute la série des représentations; enfin, chaque soir de spectacle, une bougie blanche, deux jaunes — « des cinq à la livre » — et deux flambeaux jaunes pour le retour de son carrosse à Paris (1). Elle n'avait d'ailleurs qu'une entrée seule au troisième divertissement du nouveau spectacle, et ne paraissait plus dans Zèlindor, où elle était remplacée, dans le premier divertissement, par Mlle Le Breton.

Les premiers mois de 1746 n'offrent rien de particulièrement digne de remarque : en février, les Comédiens-Français et les Italiens, qui font alternativement les frais des spectacles de la cour, cèdent pour une fois la place à leurs camarades de l'Opéra, qui jouent Armide; mais^ pas plus pour les uns que pour les autres, le Mercure ne donne autre chose que des éphémérides : aucun nom d'artiste n'y est cité.

Le 3 mars, grande attraction : l'Opéra et la Comédie -Française s'unissent, tant comme au-

(1) Publié par M. Ch. Malherbe, — qui a démêlé l'histoire des Fêtes de Ramire et en a retrouvé la partition — dans les Œuvres complètes de J.-Ph. Rameau, op. cit., t. XI, p. lviii, d'après les comptes de la Maison du roi, Archives nationales, O1 3252.

teurs que comme interprètes, pour représenter sur le théâtre de la Grande-Écurie une comédie-ballet en trois actes, dont les paroles sont de La Noue, de la Comédie-Française, et la musique de Jélyote, de FOpéra. Le Mercure consent à y prêter attention et à se montrer un peu moins avare de renseignements sur le livret et sur les divertissements, notamment sur celui du second acte où Laval, maître des ballets de la cour, a, dit-on, déployé dans un pas de cinq tous les agréments de la danse : ce pas de cinq est exécuté par D. Dumoulin représentant F Amour; Mlle Salle, Flore; Malter III, Zéphire; Pitrot, un Faune; et Mlle Lyonnois, une Dryade. Au troisième acte, on admire les grâces nobles de Dupré, et, parmi la troupe des « bergers héroïques et pâtres », on est charmé de retrouver Mlle Salle, Mlle Camargo et les habiles danseurs et danseuses qui ont orné les premiers intermèdes (1). Assez favorablement accueillie, la comédie-ballet de La Noue et Jélyote fut donnée une seconde fois, le 10 mars.

Huit jours plus tard, elle était remplacée par la seconde nouveauté de la saison, un ballet héroïque de Roy, musique de Rebel et Francœur, analysé au Mercure et intitulé la Félicité (2). Mlle Salle y paraissait deux fois : en bergère, avec D. Dumoulin, dans la première entrée, et seule, parmi les « nymphes compagnes d'Hébé », dans la

(1) Mercure, mars, p. 458 et suiv.

(2) Ibid., avril, p. 156.

troisième. Le 22 mars, le spectacle est assuré par la Comédie-Française, avec le concours de Mlle Lolotte Cammasse, qui fait sa fugue annuelle à Paris. Enfin, le 24, on donne une seconde représentation de la Félicité, pour la clôture des fêtes de la cour, avant Pâques.

Rien à mentionner pendant le second semestre de 1746, où Ton n'exécute à la cour que des opéras et des ballets « concertés », et où Ton ne trouve pas trace d'autres représentations que celles de la Comédie-Italienne.

En 1 747, àl'occasion des fêtes données à Versailles en février et mars, Mlle Salle figure plusieurs fois au programme : d'abord, le 13 février, dans le ballet de l'Année galante, de Roy et Mion, donné une seconde fois le 22 du même mois; le 1er et le 8 mars, dans le prologue nouvellement ajouté à Persée par Le Clerc de La Bruère et Bury; enfin, le 15 mars, dans les Fêtes de l'Hymen et de l'Amour, de Cahusac et Rameau.

Le futur auteur de la Danse ancienne et moderne, qui avait fait ses débuts de librettiste deux ans plus tôt avec les Fêtes de Polymnie du même Rameau, ne manqua pas de mettre en pratique les théories qu'il devait formuler plus tard sur la danse d'action, liée à l'intrigue générale de la pièce. Aussi chacune des trois entrées, comme aussi le prologue, de son nouveau ballet héroïque, compte-t-elle au moins un divertissement « figuré », dont l'argument est

exposé au livret. Il faut reconnaître, d'ailleurs, qu'il ne s'était pas donné grand'peine, ou plutôt que ses efforts en vue de briser le vieux moule des ballets n'avaient eu qu'un médiocre résultat : la troisième entrée, en particulier, qui est celle où dansait Mlle Salle, avec ses Égyptiens et Égyptiennes venant disputer le prix du chant et de la danse, n'offrait pas au musicien, ni au spectateur, un thème bien original. Le Mercure chicana quelque peu Cahusac sur son livret; ce qui n'empêcha pas le ballet d'avoir du succès, d'être joué à l'Opéra dès l'année suivante et fréquemment repris par la suite.

On a dit que la première représentation des Fêtes de Polymnie avait eu lieu à Versailles, le 15 mars 1747. Le lendemain 16, un brevet des premiers gentilshommes de la chambre doublait les appointements annuels de Mlle Salle, en les portant à 1,200 livres (1).

Et, comme si elle n'avait attendu que cette augmentation pour disparaître, elle resta ensuite plus de cinq ans sans revenir à la scène.

(1) Le brevet est analysé à la fin de l'inventaire après décès. Voir plus loin, chap. xi.

De 1747 à 1750, éclipse totale de la danseuse.

Fut-elle absente de Paris? Dut-elle s'abstenir de paraître sur le théâtre pour raison de santé? C'est ce qu'il n'a pas été possible de découvrir.

Toujours est-il que lorsqu'on la retrouve, le 26 janvier 1751, c'est en l'étude de son notaire, où elle s'est rendue pour dicter son testament dans les termes qui suivent :

Fut présente demoiselle Marie Salle, fille majeure, usante de ses droits, demeurante à Paris, rue Saint- Honoré, paroisse Saint-Roch, saine de corps et d'esprit, mémoire et entendement, ainsi qu'il est apparu aux notaires à Paris soussignés, s'étant transportée exprès en l'étude de Doyen, l'un d'eux, laquelle a fait, dicté et nommé auxdits notaires le testament qui suit.

Recommande son âme à Dieu, veut estre inhumée avec la plus grande simplicité, se reposant à cet égard, ainsi que des prières convenables» aumônes et récompenses des domestiques, sur demoiselle Rébecca Wick, aussi fille majeure, Angloise de nation, naturalisée Françoise par lettres de novembre mil sept cent cinquante, registrées en la Chambre des comptes de Paris le quatre décembre, insinuées à Paris le dix et régis-

trées le dix-neuf en la Chambre du domaine et le trésor du Palais, à Paris; laquelle demoiselle Rébecca Wick demeure avec la demoiselle testatrice depuis plusieurs années; fait en outre et institue sa le'gataire universelle ladite demoiselle Wick en tous et chacuns les biens que la demoiselle testatrice laissera au jour de son décès, et finalement la nomme exécutrice du présent testament et des codiciles qu'elle pourra faire par la suite se désaisissant en ses mains suivant la coutume; * désire que son corps mort soit gardé deux fois vingtquatre heures avant d'être inhumé et que Ton lui donne plusieurs coups de rasoir sous la plante des pieds; révoque tout testament antérieur* (1).

Ce fut ainsy fait, dicté et nommé par ladite demoiselle testatrice auxdits notaires soussignés et relu par l'un desdits notaires, l'autre présent, à ladite demoiselle qui a dit l'avoir bien entendu et y persévérer.

A Paris, en ladite étude du dit Me Doyen, notaire, l'an mil sept cent cinquante-un, le vingt-six janvier, à dix heures et demie du matin. Et a ladite demoiselle signé avec lesdits notaires.

Marie Salle.

Therresse. Doyen.

La personnalité de la légataire universelle est restée, jusqu'à présent du moins, à peu près insaisissable. Le testament de Mlle Salle indique en propres termes que Rébecca Wick habitait avec elle depuis plusieurs années, — et ceci permet de

(1) La partie comprise entre * est ajoutée en marge.

(2) L'insinuation du testament dans les registres du Châtelet m'a été communiquée par M. L. Lazard, archiviste aux Archives de la Seine. — Le testament a été retrouvé dans les minutes de l'étude Doyen, grâce à l'obligeance de Me Nottin, successeur.

croire que « l'aimable amie » qui attendait la danseuse chez elle, en octobre 1742, à son retour du château du Plessis-Chamant, n'était autre que l'Anglaise.

Il est à remarquer, en outre, que l'acte de naturalisation de celle-ci et les formalités de son enregistrement et de son insinuation sont datés de novembre et décembre 1750, c'est-à-dire que cette naturalisation n'a été demandée par Mlle Wick qu'en vue d'être déclarée apte à tester et à recevoir une succession. Au surplus, l'acte le dit en propres termes : «... Notre bien amée Rébecca Wick, fille majeure, faisant profession de la religion catholique, apostolique et romaine, nous a fait représenter qu'elle est née en la ville de Londres de Philippe Wick et de Rébecca Hindi, ses père et mère; qu'ayant été conduite en France, elle est entrée à l'âge de seize ans dans la communauté des Nouvelles Catholiques de notre ville de Paris (1), où elle a resté plus de douze années, et n'a rien négligé pour profiter des instructions et des bons exemples qui lui ont été donnés; qu'ayant formé le dessein de finir ses jours en notre royaume, elle désirerait se mettre en état

(1) Communauté fondée en 1634 par J.-F. de Gondi, le P. Hyacinthe, franciscain, la sœur Garnier et Mlle Gaspi, « pour instruire les personnes du sexe qui seraient engagées dans l'idolâtrie, le judaïsme ou l'hérésie ». Cette maison, qui s'était établie en 1672, rue Sainte-Anne, après avoir changé plusieurs fois de résidence, n'avait été autorisée que sous la condition expresse de rester toujours dans l'état séculier (Voir Jaillot, Recherches critiques, etc., sur la ville de Paris, 6° quartier : Montmartre, 1772, in-8°).

de participer aux avantages et privilèges dont jouissent nos sujets et regnicoles » (1).

A ces quelques renseignements biographiques, il faut ajouter ceux que fournit le testament de Rébecca Wick elle-même, dicté par elle chez le même notaire et le même jour que celui de Mlle Salle, et dont voici la partie principale. La testatrice s'étant transportée en l'étude de Me Doyen, le 26 janvier 1751, pour faire son testament « dans la vue de la mort... après avoir recommandé son âme à Dieu et avoir remercié la divine Providence du bonheur qu'elle a eu de recevoir en cette ville de Paris les instructions les plus pures sur le dogme et la morale de l'Église catholique, apostolique et romaine, dans le sein de laquelle elle espère finir ses jours, a dit que, par raport au peu de biens temporels qui lui sont départis, elle institue lad. Dlle Marie Salle sa légataire universelle, comme une légère marque de reconnaissance de ce qu'elle en a reçu, la fait en outre son exécutrice testamentaire, etc. » Suivent, ajoutées en marge, les mêmes prescriptions que celles faites par Mlle Salle, dans la crainte d'être enterrée vivante (2).

Là se bornent les renseignements qu'il a été permis de recueillir sur la légataire universelle de Mlle Salle. Force est bien de convenir qu'ils ne

(1) Archives nationales, P. 2594, fol. 99 v°.

(2) Ce testament fut rédigé après celui de Mlle Salle ; ce dernier est daté de dix heures et demie du matin, et celui de Mlle Wick, de onze .heures *et demie. — Minutes Doyen, M6 Nottin, successeur.

font que piquer la curiosité sans la satisfaire et qu'ils ne disent rien de ce qu'on souhaiterait le plus de connaître : à savoir de quelle façon et à quelle date les deux amies s'étaient rencontrées. Les termes qu'emploie Mlle Salle pour parler de son « aimable amie » dans sa lettre et dans son testament, et le fait qu'elle deshérite à son profit ses oncles et sa tante, sembleraient prouver que Rébecca Wick n'était pas une simple demoiselle de compagnie; d'autre part, le testament de cette dernière exprime clairement qu'elle considérait Mlle Salle comme sa bienfaitrice. Il y a encore bien des points obscurs dans cette histoire.

De même qu'on a constaté, sans pouvoir l'expliquer, la brusque disparition de la danseuse après le 15 mars 1747, de même on ne connaît point les raisons qui motivèrent son retour à la scène, après cinq ans d'absence, à la fin d'octobre 1752 : aussi bien, n'y en eut-il peut-être pas d'autre que le bon vouloir de Sa Majesté.

Les comptes des Menus-Plaisirs, très détaillés pour ce « voyage de Fontainebleau » de 1752, permettent de suivre de près la pensionnaire du roi pour ses ballets pendant les seize jours de son déplacement, et fournissent quelques renseignements assez piquants sur sa façon de vivre (1).

La danseuse arriva à Fontainebleau le 24 oc-

(1) Archives nationales, Maison du ro'u Ol 2992.

tobre. La veille, Lévesque, contrôleur des Menus, avait loué pour elle, chez un certain Laffilé, deux chambres e'i un cabinet, à raison de 100 livres. Quelques meubles supplémentaires furent apportés par un tapissier de la ville, du nom de Séguin, — entre autres « un lit à tombeau, garny de sa housse, lit de plume et matelats, couverture et travercin », loué 10 livres y compris le transport. En outre, le sieur Laffilé fournit à Mlle Salle, pendant son séjour, une corde et demie de « brigoult », — bois à brûler composé de pieds de bouleau et de branches de vieux chêne, — un demicent de fagots, 10 livres de chandelles et 3 livres d'huile à brûler pour la nuit; au total, 35 livres et 14 sols de dépenses, qui lui furent remboursés la veille du départ de sa locataire.

Du 24 octobre au 8 novembre, les repas furent servis à la danseuse par le sieur Gogois, hôtelier à Fontainebleau, qui traitait également Mlle Fel et les Vestris. Le montant des « cartes » pour ces trente et un repas — trente-deux en y comprenant les provisions emportées par Mlle Salle, le jour de son départ, dans sa cantine de voyage — s'éleva à la somme de 184 livres 6 sols. A l'appui de son mémoire, l'hôtelier Gogois présenta les menus détaillés de sa pensionnaire, documents culinaires qui ont leur intérêt et qui méritent de trouver place parmi les pièces justificatives de cette monographie; les voici donc, légèrement abrégés, en ce qu'on s'est borné à donner la liste des mets et le

coût de chaque repas, sauf pour quelques-uns où il a paru curieux de publier F « addition » in extenso.

Ainsi, le soir de son arrivée à Fontainebleau, Mlle Salle soupe copieusement, si Ton en juge par le menu suivant : « Vin, 2 1. ; pain, 8 s. ; moviettes au gratain, 1 1. 10 s.; un gros poules gras fin, 2 1. 15; ommellette, 12 s.; salade, 15 s.; gellé de pomme, un post, 1 1. 5; deux sorte de fromaje, 10 s. » — Total : 9 1. 15.

La demoiselle atteindra rarement ce chiffre de dépense, et Ton devra remarquer la frugalité de ses menus et la bizarrerie de leur composition, plus souvent que leur raffinement et leur abondance. Ce régime très particulier, où la viande n'entre que pour une faible part et où Ton ne trouve que quelques légumes et peu variés, témoigne par contre, chez la danseuse, d'un goût immodéré pour toutes les sortes de poissons : on en rencontre quelquefois jusqu'à quatre espèces différentes à un seul repas t Si Gogois eût été Vatel, il aurait tremblé chaque jour que la marée ne fût en retard; qu'on en juge :

Dîner du 25 octobre : pain, potage, « un chapon gros selle », compotes, dessert : 6 1. 10. — Souper : côtelettes, poisson : 5 1. 4.

Dîner du 26 : pain, potage, « fricasé de deux poules garnis » : 3 1. 10. — Souper : vin, pain, épinards au jus : 2 livres.

Dîner du 27 : vin, pain, potage, poisson, poulet à la tartare et remoulade5 écrevisses, compotes,

dessert : 10 1. 4. — Souper : vin, pain, trois merlans, « trois cariés », épinards au gras : 1 1 5.

Dîner du 28 : vin, pain, deux potages gras et maigre, poulet gras : 5 1. 13. — Souper : « Vin, pain, grose perche à la S'. Menous, letes de carpes frites, arricos ver auxrous, artichaux frits, brochet au bleu, deux arrangt frais » : 7 1. 7 s.

Le 29, au dîner : un potage et un bouillon seulement; au souper : vin, pain, poitrine de veau et salade : en tout, 7 1. 5.

^ Dîner du 30 : vin, pain, potage et bouilli, poulet rôti gras, compotes, poire, raisin, fromage et noix; au total, y compris le potage au riz qui forme à lui seul le souper : 7 1. 18. *

Dîner du 31 : « Vin, 1 1. ; pain, 8 s. ; deux potage, 1 1. 5; saing sols, 6 1. 15; un cariés, 15 s.; écrevise, 2 1.»; total : 11 1. 13. — Souper : vin, pain, un hareng frais, œufs à l'oseille : 4 1. 13.

Dîner du l" novembre : pain, 4 sols; un potage et un chapon, 4 livres; compotes, 1 1. 10 : 5 1. 14. — Souper : vin, pain, côtelettes : 2 1. 6.

Dîner du 2 novembre : vin, pain, potage et bouilli, côtelettes : 3 1. 14. — Souper : vin, pain, caneton aux navets, œufs frais en chemise, dessert, poire, raisin et fromage : 8 1. 9.

Dîner du 3 : a Pain, potage, arricos ver, carpe lette frites, huitres » : 3 1. 13. — Souper : vin, pain, œufs frais au jus, hareng frais : 2 1. 19.

Dîner du 4 : vin, pain, deux potages, carpe farcie et rôtie, morue, épinards au gras, compotes : 8 1. 8.

— Souper : vin, pain, merlans, « perche an carpe »,

fricassée de tanche : 5 1. 4.

Dîner du 5 : vin, pain, deux potages et bouilli,

compotes : 4 1. 14. — Souper : vin, pain,« fricasé de

poules garnis de ris de veau et fois gras », tanches

frites, dessert : 6 1. 14.

Dîner du 6 : vin, pain, potage et bouilli, poulet

en entrée : 4 1. 9. — Souper : vin,pain, caisse de foie

gras, épinards au gras, beignets, compotes : 61. 4. Dîner du 7 : pain, potage au riz, potage aux croûtes et bouilli : 2 1. 4. — Souper : vin, pain, côtelettes de mouton, une caisse de foie gras, œufs brouillés au jus, salade, compote de pommes, dessert : 6 1. 15.

Dîner du 8 : « Vin, 1 1. ; pain, 8 s. ; potage, 12 s.; « costelette de vaux an papiliotte, 8 s. ; bécasse an salmy, 3 1. 10; écrevisse an ragous, 1 1. 15 » : 71. 13. — Souper : vin, pain, côtelettes de mouton, omelette, « crème bruslée », « compote grillée », fromage de Brie : 7 1. 1

Enfin, le 9 novembre, Mlle Salle commande « pour sa quantine » : « un poulet gras dans un pain, 2 1. ; une campine dans un pain, 3 1. ; un pain, 4 s. ; du fromage de Grierre, 12 s. ; du fromage de Rocfort, 12 s. ; vin, 11.». — Total : 7 1. 8.

Pendant son séjour à Fontainebleau, — c'est-àdire du 24 octobre au 8 novembre, — Mlle Salle ne parut que trois fois sur le théâtre : le 28 octobre, dans le Sicilien; le 4 novembre, dans l'Inconnu

(2e représentation), et le 7 novembre dans Tyrcis et Doristée. L'état de ce qui était payé aux artistes pour leurs chaussures, gants et coiffures, à raison de 30 livres par représentation pour les actrices et de 24 pour les acteurs, lui alloue en conséquence une somme de 90 livres, plus 80 livres « pour son remboursement de deux paniers » et 126 livres « pour manchettes, bouquets, nœuds d'épaule, colier, coeffures et louage de Mamans ».

L'état des sommes payées aux tailleurs, brodeuses, couturières et tapissiers lui porte remboursement de 196 livres « pour dépenses par elle faites », sans plus de détail. Elle figure au mémoire des ajustements fournis pour les habits de théâtre comme ayant reçu trois aunes et demie de blonde à 2 livres l'aune et une demi-aune de gaze blanche brodée à 3 1. 5 s. l'aune. Le costumier Renaudin lui fait une jupe de fleurs, estimée 3 livres, pour la seconde de l'Inconnu. Le perruquier des Menus-Plaisirs lui fournit, à raison de 9 livres, dixhuit grandes boucles de cheveux, soit six pour chacune des soirées où elle danse; mais elle fait venir deux fois de Paris, pour la friser et l'accommoder, sa coiffeuse Mme Dezy, qui reste à Fontainebleau neuf jours, à raison de 10 livres par jour. Il n'est pas jusqu'aux bougies pour éclairer sa loge et aux flambeaux pour son retour chez elle qui ne soient détaillés dans les comptes; ainsi le 7 novembre, elle reçoit deux bougies blanches, une bougie jaune et deux flambeaux.

Enfin, elle est portée sur la liste des gratifications accordées aux artistes à la fin du voyage pour une somme de 600 livres, non comprises 170 autres livres « pour nourritures et indemnités » figurant sur un compte spécial.

Quant au succès qu'elle obtint, les avis sont partagés. Le duc de Luynes cite la danseuse sans commentaires, tandis que Dufort de Cheverny, au contraire, avoue qu'elle a déçu les spectateurs : « Le voyage de Fontainebleau fut plus brillant que jamais, écrit-il. Les artistes de tous les genres se surpassèrent: on voulut rappeler jusqu'à des talents surannés. Mlle Lemaure vint y chanter; Mlle Salé vint y danser. On retrouva la danse majestueuse de Dupré, mais il y manquait la force; elle avait l'air d'un château-branlant, et fit plus de peine que de plaisir dans deux entrées qui ne durèrent que cinq minutes » (1).

Le rédacteur du Mercure est plus bienveillant et insiste sur ce fait qu'il s'agit bien ici d'une « rentrée » de la danseuse. Ainsi, parlant du Sicilien, donné le 28 octobre avec des divertissements « Dans le second, dit-il, la Dlle Salle dansa une muzette et des passe-pieds; on vit avec autant de plaisir que d'étonnement que le temps qu'elle avai

(l) Mémoires, t. I", p. 144. Voir aussi Mémoires du duc d Luynes, 4 novembre 1752, t. XII, p. 180 : «On doit représente pour la seconde fois l'Inconnu. Dupré et Mlle Salle doivent : danser » — Barbier, dans son Journal, parle dans les même termes de la brillante série de fêtes qui marquèrent cett année-là, le séjour de la cour à Fontainebleau (t. V, p. Mb).

été sans paraître n'avait rien diminué de ses grâces ni de sa légèreté ». Le 7 novembre, à propos de Tyrcis et Doristée, il dit encore : « La DUe Salle y dansa supérieurement » (1). C'est là sans doute de l'eau bénite de cour : déjà les critiques savaient accorder leurs éloges de commande, en souvenir des temps où elles avaient été jeunes et belles, aux actrices qui ne l'étaient plus.

Encore une fois, on trouve le nom de Mlle Salle, à la date du 23 octobre 1753, dans le recueil des spectacles donnés à Fontainebleau, pendant le séjour de Leurs Majestés; elle figure en vedette dans la distribution du prologue de Phaéton (2); mais il n'est pas certain qu'elle ait tenu son rôle : le Mercure ne cite pas son nom parmi les artistes ayant pris part aux fêtes et les comptes des Menus ne la mentionnent pas davantage.

Peut-être souffrait-elle déjà de la maladie de « langueur » qui devait l'emporter, après six mois de souffrances, le 27 juillet 1756.

« Mlle Salé est morte, écrit le duc de Luynes le lendemain. On sait combien elle s'était acquis de réputation par les grâces et la légèreté de sa danse; elle avait une pension du roi que l'on appelle pension baladine. Elle passait pour avoir été toujours fort sage, ce qui est singulier dans sa profession,

(1) Mercure, décembre, p. 180 et 181.

(2) Spectacles donnés à Fontainebleau, pendant le séjour de Leurs Majestés, en Vannée 1753, p. 9.

quoi qu'elle ne fût point jolie. Le roi a donné cette pension à Mlle Pluvinet [Puvignée], à la charge d'une pension de 600 livres pour Mlle Lagny [Lany]. On prétend qu'on avait offert en Angleterre jusqu'à 100,000 livres à Mlle Salé sans que sa vertu ait succombé (1). »

C'est, avec un extrait de son acte de décès, la seule mention que l'on connaisse de la mort de Mlle Salle; aucun autre mémorialiste, aucune gazette, aucun almanach n'y a fait allusion. Quelques-unes des lettres de Thieriot à Voltaire, qui ont échappé à la destruction, sont précisément datées de juillet-août 1756 : on n'y trouve pas la moindre allusion à la mort de la danseuse; le correspondant parisien du roi de Prusse a pris de l'âge, c'est maintenant un homme « arrivé », qui ne s'intéresse qu'aux nouvelles littéraires et non plus aux demoiselles de l'Opéra (2).

Pour le grand public, et même pour le monde du théâtre, cette disparition passa tout à fait inaperçue; il est probable que l'on croyait la danseuse morte depuis bien longtemps. Le duc de Luynes fut donc le seul à lui accorder un souvenir : originale jusqu'au bout, elle n'eut qu'une oraison funèbre et faite par un homme de cour.

Mais quelques documents sont heureusement restés qui permettent de pénétrer dans l'intimité

(1) Mémoires, t. XV, p. 171.

(2) Ces lettres de Thieriot sont conservées à la Bibliothèque nationale, ms. fr. 12902 (collection Cayrol).

de cette singulière artiste et de reconstituer le décor familier dans lequel elle passa les dernières années de sa vie : c'est, d'une part, le procès-verbal d'apposition des scellés qui donne une description succincte de son appartement, et que complète, de l'autre, l'inventaire après décès des meubles et objets composant sa succession (1).

Depuis plusieurs années, Mlle Salle avait quitté l'appartement de la place du Palais-Royal, qu'elle occupait encore en 1739 (2), pour venir s'installer rue Saint-Honoré, en face de l'hôtel de Noailles, — c'est-à-dire au n° 320 ou 324 de la rue actuelle, — dans une maison appartenant à M. de Boulogne, intendant des finances, et dont le rez-de-chaussée était loué à un sieur Denis de la Noue, marchand de vin, à l'enseigne de la Croix-de-Lorraine. Elle occupait, avec son amie Rébecca Wick et sa servante Marie-Elisabeth Hymerk, un appartement situé au premier étage au-dessus de l'entresol, et deux pièces au troisième servant, l'une de gardemeuble et l'autre de chambre de domestique.

C'est sans doute là qu'elle habitait en janvier 1751, quand elle fit son testament. Le sieur Denis de La Noue étant devenu principal locataire de l'immeuble, elle passa un bail avec lui, le 3 août 1751,

(J) Le procès-verbal de scellés est aux Archives nationales sous la cote Y. 15632; l'inventaire, dans l'étude Nottin.

(2) Voir le contrat de rente Robineau (1738) et le congé de retraite de Mlle Salle (1739).

pour ce même appartement, moyennant un loyer annuel de 650 livres.

L'appartement comprenait : un passage servant d'antichambre, une chambre à coucher donnant sur la cour par trois fenêtres, une pièce obscure servant de garde-robe, un petit cabinet éclairé par une fenêtre sur la rue Saint-Honoré, une grande « salle de compagnie » ou salon, avec deux fenêtres sur la rue, une petite salle à manger et une cuisine ayant vue sur la rue. Toutes ces pièces, sauf la cuisine et la garde-robe, étaient tendues de toile à fleurs bleues, et certaines décorées, par surcroît, d'une boiserie que la locataire avait fait poser à ses frais, au début de juillet 1754.

L'ameublement, sans être riche, dénote une certaine recherche et du goût : la chambre à coucher, avec ses deux lits à piliers et leurs garnitures de damas jonquille, sa commode en palissandre, sa duchesse de bois doré; le salon, avec ses chaises et ses fauteuils à la reine, couverts les unes de moire jaune et les autres de moire bleue, ses tables à écrire, sa console de marbre et de bois doré, sa pendule de marqueterie, tout cela et les nombreuses glaces qui décoraient chaque pièce, les menus bibelots épars sur les meubles, — bronzes, porcelaines de Saxe et de Chine, — la collection d'estampes encadrées et de portraits de famille, parmi lesquels le pastel de La Tour, accrochés aux murs, tout cela forme un intérieur d'artiste aux goûts modestes, voire un peu bourgeois; on dirait

une élégance passée, et comme les restes d'une ancienne splendeur.

La lingerie semble avoir été plus abondante que luxueuse : le nombre des objets « vieux et raccommodés » qui figurent à l'inventaire, est caractéristique; il pourrait bien signifier autre chose que de la simplicité. La garde-robe, assez fournie, témoigne, comme aussi l'ameublement qui est tout entier bleu et jaune, d'un goût prononcé de la danseuse pour le jaune et ses variantes : on y trouve le serin, le souci, le feu, le paille, le jonquille, toute la gamme en un mot.

Enfin, il n'est pas jusqu'au garde-meuble où l'on ne rencontre quelques indications à glaner dans le pêle-mêle des objets disparates qu'on y a entassés : tel accessoire inattendu, comme cette « selle à usage de femme, couverte en cuir », permet d'imaginer la danseuse en amazone ; des métiers à broder, une « cabane à oiseau », un panier à chien — le Moustapha de la lettre à Titon du Tillet, sans doute — évoquent les distractions de la demoiselle « comme elle était chez elle » ; ailleurs, les malles couvertes de cuir et le Dictionnaire royal anglois et françois rappellent les voyages à Londres...

Très peu d'argenterie, très peu de bijoux, moins encore de deniers comptants.

La vaisselle plate est évaluée à 15 marcs, une once et 4 gros (733 livres, 17 sols, 14 deniers); la vaisselle montée, à 7 m., 6 g. (337 1., 10 s., 5 d.); et, si l'on veut faire une comparaison intéressante, il

suffit de rapprocher de ces chiffres ceux que fournissent les scellés apposés à la mort de Mlle Camargo, le 28 avril 1770 : vaisselle plate, 199 marcs, 6 onces, 7 gros; vaisselle montée, 77 m., 5 onces; vaisselle d'Allemagne, 1 m., 7 onces (1).

Les bijoux de la Camargo ne sont pas décrits au procès-verbal des scellés; mais, par ce qu'on sait de ceux de Mlle Salle, il n'est pas téméraire de supposer qu'une comparaison, si on la pouvait faire sur ce chapitre, ne serait pas à l'avantage de cette dernière. Une boîte d'or carrée, deux bracelets de grenat dont l'un orné d'une miniature cerclée d'or, une paire de boucles d'oreilles en brillants, une bague à double entourage en brillants, une autre bague de deux cœurs surmontés d'une couronne en brillants, et c'est tout : soit 3,668 livres au total, les boucles d'oreilles figurant à elles seules dans cette somme pour 2,200 livres. Il faut encore ajouter une montre à répétition à cadran d'émail, aiguilles d'or et boîtier d'or ciselé en coquille; une chaîne en alliage courant, « pincebecq » ou « similord », un cachet à monture d'or au chiffre de la danseuse, une breloque d'or en forme de cassolette et une miniature cerclée d'or, qui sont estimés, avec la montre, en tout 400 livres. Et c'est ici le lieu de rappeler que, lors du voyage à Fontainebleau de 1752, Mlle Salle s'était fait rembourser une somme avancée par elle « pour louage de diamans ».

(1) Archives nationales, Scellés, Y. 12459.

Pour les deniers comptants, on ne trouve que 250 livres, auxquelles il faut ajouter, il est vrai, les sommes dépensées par Rébecca Wick depuis le jour du décès, et qu'on peut évaluer à 3,000 livres environ; alors que les scellés de la Camargo relèvent la présence de 145 louis de 48 livres, 386 louis de 24 et 9 écus de 6, soit un total de 16,278 livres.

Dans la cave de Mlle Salle, disent les scellés, il ne s'est trouvé rien d'autre que quelques bouteilles de vin; dans celle de la Camargo, on détaille un tas de 240 carafons de vin de Bourgogne, un autre de 140 carafons de pareil vin, un autre encore de 104 carafons aussi de Bourgogne, un tas de 50 carafons de gros verre remplis de vins d'Espagne, et 22 autres carafons remplis de différents vins blancs.

Ces rapprochements devraient suffire à détruire cette légende, établie on ne sait sur quels documents, et d'après laquelle la Camargo serait morte dans la misère. C'est précisément tout le contraire qui est vrai : son honorable vieillesse, dit Grimm, se soutenait des fruits des travaux de sa jeunesse (1), et, retirée dans la maison qu'elle occupait rue Saint-Honoré, au coin de la rue Saint- Florentin, au milieu de ses perroquets, de ses serins, de ses pigeons et de ses chiens, elle termina paisiblement sa vie dans une aisance fort enviable (2).

(1) Correspondance littéraire, etc., de Grimm, Diderot, etc édition Tourneux, t. IX, p. 18.

(2) Archives nationales, loc. cit. Dans une chambre du pavil-

Mlle Prévost elle-même, qui était morte le 13 septembre 1741, dans sa maison de la rue Cassette, sans avoir connu un luxe comparable à celui de la Camargo, ne s'en était pas moins fait une retraite pleine d'agrément. Sa bourse et sa cave étaient assez bien fournies; et si elle pouvait décorer son jardin des caisses d'orangers que lui confiaient les Carmes, ses voisins, elle ne manquait pas, en revanche, de leur prêter des tentures de damas « pour orner le Saint-Sacrement pendant l'octave de la Feste-Dieu et le jeudy saint » (1). En réalité, des trois étoiles de la danse, de la maîtresse et des deux élèves, c'est certainement Mlle Salle qui paraît avoir eu la retraite la moins confortable. On sait d'ailleurs, par quelques papiers de grand intérêt analysés à la fin de l'inventaire après décès, ce qui constituait au juste ses revenus, et le compte en peut être vite fait.

Il y avait en premier lieu sa pension, fixée à 600 livres en 1740, et qui avait été doublée le 16 mars 1747. A ces 1,200 livres venaient s'ajouter : d'abord, une somme de 800 livres de rentes viagères, constituées à la danseuse en 1731, par le maréchal de Noailles, moyennant un capital de 8,000 livres; ensuite, une autre somme de 1,000 livres de rentes viagères, faites par Claudeion qu'elle occupait, on trouve deux niches à chien, six cages de fil de fer dans chacune desquelles un perroquet de différentes couleurs, deux cages et une volière à serins; dans un grenier, quatorze paires de pigeons.

(1) Archives nationales, Scellés, Y. 13228.

Louis Robineau, notaire au Châtelet, auquel Mlle Salle avait apporté, en 1738, 12,500 livres pour l'aider à payer son étude; soit, au total, 3,000 livres de rentes et de pensions. Il y faut ajouter les gratifications, feux et cachets reçus de temps à autre à l'occasion des fêtes à la cour : ainsi aux fêtes données en 1745, en l'honneur du mariage du Dauphin, ses feux et gratifications réunis atteignent 865 livres, et au voyage de Fontainebleau de 1752, elle touche 600 livres de gratifications. Évidemment, c'était loin, très loin d'approcher de la fortune dont disposa sans doute la Camargo sur la fin de sa vie (1). Mais on sait qu'entre les deux ballerines, il n'y avait pas beaucoup de traits communs, ni dans la façon de vivre, ni dans la manière de danser; et, somme toute, cette médiocrité à peine dorée est bien en harmonie avec le caractère d'une danseuse dont La Tour, à défaut de Chardin, avait pris soin de révéler l'idéal, en la portraiturant tout heureuse de se recueillir dans l'atmosphère aimée de son « chez soi » .

C'est dans ce décor qu'elle vécut ses dernières années. De ses fenêtres, elle pouvait voir le carrosse du maréchal-duc, dont elle touchait régulièrement la pension, sortir de l'hôtel de Noailles par la grande porte décorée de deux colonnes ioniques

(1) Exceptionnellement, sa pension avait été fixée à 1,500 livres; et sans doute n'était-ce là qu'une faible partie 4e ses revenus,

qui se trouvait en face de sa propre demeure; et c'est là qu'elle mourut, le 21 juillet 1756, sur les neuf heures du matin.

Depuis six mois que la « maladie de langueur » dont elle souffrait s'était aggravée, elle avait reçu les soins assidus du sieur Marlot, son chirurgien, et il est à croire que le curé de Saint-Germain-l'Auxerrois, l'abbé Rausnay, ne fut pas sans la visiter : Rébecca Wick déclare, à la fin de l'inventaire, lui avoir remis un billet de cinq cents livres qui lui étaient dues, et ceci est mentionné en dehors des « frais funéraires ». On observera, à ce propos, que Mlle Salle appartenait à la paroisse Saint-Roch, et que Saint-Germain-l'Auxerrois était son ancienne paroisse, du temps qu'elle habitait place du Palais- Royal; sans doute le curé Rausnay était-il resté en relations avec la danseuse et son amie, lorsqu'elles étaient allées habiter sur la paroisse voisine.

On sait fort peu de choses sur l'enterrement : le Nécrologe des hommes célèbres eût-il été fondé qu'il n'aurait sans doute pas pris la peine de nous renseigner sur les obsèques de Mlle Salle comme il le fît en 1770 sur celles de la Camargo, et, à défaut de Grimm, personne n'a pris soin de nous dire si l'église Saint-Roch fut tendue de blanc pour cellelà, comme elle devait l'être pour celle-ci. Suivant les recommandations expressément formulées au testament, la cérémonie ne put avoir lieu que « deux fois vingt-quatre heures » après le décès,

soit le 29 juillet. C'est ce qu'indique l'extrait des registres de Saint-Roch,, qui donne en même temps l'âge de la défunte et les noms des témoins ayant signé l'acte de décès :

Extrait des registres de la paroisse Saint-Roch, à Paris.

« L'an mil sept cent cinquante six, le vingt-neuf juillet, a été inhumé en cette église le corps de Marie Salle, fille, décédée avant-hier en cette paroisse, rue Saint- Honoré, âgée de quarante-neuf ans environ. Présents : François Moylin, bourgeois de Paris, oncle de la deffunte, demeurant susdites rue et paroisse, et Denis de La Noue, marchand de vin, demeurant mêmes rue et paroisse, qui ont signé à la minutte ».

Collationné à l'original par moy prêtre soussigné, dépositaire desdits registres, ce 22 novembre 1757.

Lourdes (1).

Cependant, dès le 26 juillet au matin, le commissaire du Châtelet François-Jean Sirebeau était requis d'apposer les scellés; ce qu'il fit aussitôt en présence de la demoiselle Rébecca Wick, exécutrice testamentaire et légataire universelle; de Marie-Elisabeth Hymerk, domestique de la défunte, et de Geneviève-Elisabeth Moreau, veuve Regnault, sa garde-malade (2).

(1) Pièce fournie en 1757 par Mlle Wick, légataire universelle de Mlle Salle, pour avoir paiement des arrérages dus sur la pension de la danseuse (Archives nationales, O1 2999). — Document signalé par M. G. Gapon.

(2) Il n'a pas semblé utile de donner in extenso le procès-verbal de l'apposition des scellés ; on s'est borné, en publiant l'in-

Le 30 juillet, le testament est visé au greffe des insinuations du Châtelet. Le 31 juillet, une première opposition est faite à ce testament : elle émane du « sieur François Moylin, bourgeois de Paris, y demeurant, vis-à-vis le Grand Conseil, chez le sieur Davau, marchand bijoutier » (1); lequel n'est autre que l'ancien arlequin Francisque, oncle de Mlle Salle (2). Le 7 août, seconde opposition de Jacques Liège, apothicaire du roi, demeurant rue Saint- Honoré, qui réclame le payement de sommes à lui dues par la succession pour médicaments fournis à la défunte pendant sa dernière maladie.

Le 6 août, Rébecca Wick requiert du lieutenant civil et obtient de faire procéder à la levée des scellés. Le 7, le procureur au Châtelet Mallet requiert de Sirebeau, au nom de la demoiselle Wick, et obtient de faire assigner les opposants à comparoir le H à la levée des scellés et inventaire. L'ordonnance est octroyée le 9, et le même jour une assignation par huissier touche les opposants.

ventaire détaillé, à indiquer en note les quelques divergences que présentent les deux documents entre eux, et les indications par lesquelles le premier, très succinct, complète en certains cas le second. De même on s'est contenté d'analyser les oppositions et jugements accompagnant les scellés.

(1) Un acte dit : « Vis-à-vis l'hôtel d'Aligre », où siégeait le Conseil d'État depuis Louis XIV; cet hôtel se trouvait, rue Saint-Honoré, au n° 123 actuel (voir le marquis de Rochegude, Guide pratique à travers le Vieux Paris, p. 120).

(2) Sur la chemise du dossier des scellés, on lit : « Le S. Francisse (sic) Moylin demeure dans l'endroit où il a élu domicile pour son opposition ».

Comme néanmoins ceux-ci ne se présentent pas au jour indiqué, on requiert défaut contre eux, et Me François-Paul Devin, substitut du procureur du roi au Chàtelet, est « appelle pour représenter les quatre parens plus proches, seuls habiles à se dire et porter héritiers de lad. feue Dlle Salle », c'est-à-dire François Moylin, bourgeois de Paris, oncle maternel; un autre Moylin, également oncle maternel, demeurant à Toulouse, dont on ne donne pas le prénom, mais qui est sans doute Simon Moylin, frère cadet de Francisque (1); un oncle paternel. Salle, sur lequel nous ne savons rien, si ce n'est qu'il est maître de la messagerie de

(1) On a vu qu'il faisait partie de la troupe de Francisque et qu'il avait notamment remplacé son frère comme directeur et comme arlequin, en 1720-1721, pendant une saison de Francisque à Londres. Il était devenu entrepreneur de spectacles : on le trouve notamment à Dijon en 1731 et en 1737 (Mémoires de la Commission des Antiquités de la Côte-d'Or, t. XI, p. 319 et 320); à Compiègne, en 1739, où il donne des représentations à la cour, pendant un séjour du roi en cette ville (Mercure, juillet 1739, p. 1639 et suiv., et août, p. 185); enfin à Paris en 1741, où il débute le 16 août comme arlequin à la Comédie-Italienne, dans l'Embarras des richesses. Mal accueilli « il retourna en province; il a depuis quitté le théâtre et s'est retiré à Toulouse sa patrie » (Histoire anecdotique et raisonnée du théâtre italien, Paris, 1769, t. V, p. 18).

Pour Francisque, après son séjour en Angleterre en 1734-1735 dont il a été question précédemment, on le rencontre à Nancy en février 1736, où il joue avec ses neveux et nièces, les enfants des Cochois, une petite pièce héroïque, l'Hymen vainqueur, donnée à l'occasion du mariage du duc François-Etienne de Lorraine avec Marie-Thérèse d'Autriche (Nancy, Lescure, 1736, in-4°). Ensuite on le voit donner une brillante saison, en 1750 et 1751, à Dijon, où il était venu une trentaine d'années auparavant; il basse alors pour avoir environ dix mille livres de rentes. (Mém. Ste la Gomm. des Ant. de la Gôte-d'Or, t. XI, p. 327).

Caen et qu'il demeure à Domfront en Normandie; enfin, une tante maternelle, la veuve Cochois, propre sœur de Francisque et l'ancienne soubrette de sa troupe, qui, revenue de la cour de Prusse, habite alors à Nancy (1).

Toutes les formalités ayant été remplies, Me Nicolas Viollet-le-Duc, huissier, commissaire-priseur au Châtelet, commence l'inventaire et estimation des meubles et effets composant la succession, lequel est continué le 13 et achevé le 19, et dont on va lire, débarrassées des formules préliminaires, les parties les plus intéressantes (2).

(1) De son mariage avec Cochois, le « Gille » de la troupe de Francisque, Mlle Moylin avait eu deux filles, Babet et Marianne, et un fils. Devenue veuve, elle avait d'abord continué à faire partie de la troupe de son frère en compagnie de ses enfants — ainsi les voit-on figurer dans la distribution de l'Hymen vain queur, à Nancy, en 1736; — sa fille cadette Marianne débuta a l'Opéra de Lyon (elle figure en vedette sur un livret des Fêtes d'Hébé représentées à Lyon, en 1740), puis vint en 1741 à l'Opéra de Paris où elle ne fit que passer; et en 1742, on trouve Mme Cochois installée à Berlin, avec ses trois enfants qui font partie de la troupe royale de lacourde Prusse. Le fils passa bientôt en Russie où il mourut. La fille aînée Babet, tour à tour reine tragique, soubrette, danseuse, peintre, musicienne, poétesse, et... philosophe, appartint aux théâtres de la cour jusqu'en 1749, époque où elle se maria avec le marquis d'Argens, dont elle était depuis quelque temps la maîtresse et la correspondante (voir le marquis d'Argens, Lettres philosophiques, etc.). - La cadette Marianne devint première danseuse de la cour en 1748, après le départ de la Barbarina, qui était depuis 1744 la maîtresse de Frédéric II et qui, par ses frasques récentes, venait de s'aliéner la faveur du souverain- elle épousa le danseur Desplaces (voir sur les Cochois, J -J Olivier, les Comédiens français dans les cours d'Allemagne au dix-huitième siècle, 2« série, p. 34, 63 et suiv.). -Dans les collections de l'empereur d'Allemagne, il existe des portraits des deux sœurs Cochois et de la Barbarina par Antoine Pesne. (2) Cet inventaire a été publié in extenso dans les Mémoires de

La première pièce inventoriée est la cuisine ayant vue sur la rue Saint-Honoré : les meubles et objets qu'on y mentionne — casseroles, chaudrons et ustensiles de ménage divers, fontaine, buffet, etc., — n'offrent rien de particulièrement remarquable, si ce n'est toutefois leur petit nombre et le peu de prix de leur estimation : 92 livres au total.

Peu de choses également dans la salle à manger qui se trouve à côté, et dont les meubles et les ustensiles de faïence et de verrerie réunis ne sont pas prisés pour plus de 44 livres (1).

De là, on passe au salon et à la chambre à coucher dont l'ameublement présente plus d'intérêt; voici donc, pour ces deux pièces ainsi que pour le petit cabinet qui les sépare, l'inventaire in extenso.

Dans une salle de compagnie ensuitte, ayant même

vue (2) :

It., une grille en deux partyes, sans pelle ni pincette; garnye seullement de cuivre en couleur, un petit fourneau à caffé et une lanterne de fer blanc, prisé six livres, cy vj \

la Société de l'histoire de Paris et de V Ile-de-France, t. XXXI V (1907). Il existe un tirage à part de cet article sous le titre : les Dernières Années d'une danseuse de l'Opéra au dix-huitième siècle, par Emile Dacier.

(1) Dans le haut du buffet de la salle à manger se trouvait, outre la vaisselle, l'argenterie inventoriée plus loin, et, « dans le bas, trois douzaines de serviettes et trois nappes marqués à une M et une S » (Scellés).

(2) C'était le salon, « ayant vue par deux croisées sur lad. rue Saint-Honoré » (Scellés).

It., une cheminée en deux glaces (1), la première de vingt-quatre pouces de haut sur vingt-cinq de large et la seconde de treize pouces de haut sur pareille largeur, le tout posé sur un parquet fond blanc, avec un tableau peint sur toille au-dessus, et deux bras de cheminé de fer peint à fleurs émaillés, prisé quarantehuit livres, cy xlviij 1.

It., un trumeau en trois glaces (2), la première de vingt-huit pouces de haut, la deuxième de vingt-un et la troisième de quinze, le tout sur vingt-trois de large, dans sa bordure ancienne de bois doré, prisé et estimé le tout ensemble soixante-dix livres, cy lxx 1.

It., un trumeau entre croisée (3) de trois glaces, la première de quarante pouces de haut, la seconde de vingt-six pouces et la troisième de dix-sept, le tout sur trante-quatre pouces de large, prisé le tout ensemble deux cent livres, cy jj« 1.

It., une pendulle faite par Goret à Paris, dans sa boëte et sur son pied de marqueterie, prisé deux cent livres, cy ijc 1.

It., trois tableaux dessus de porte, paysage peint sur toille, dans leurs bordures et tringles de bois doré, prisé quinze livres, cy xv 1.

It.,une table de marbre blanc sur son pied en con-

(1) Les glaces de dimensions importantes étant un très grand luxe au dix-huitième siècle, on partageait la hauteur du manteau en plusieurs cases, une peinture occupant la partie supérieure et le reste étant garni par plusieurs morceaux de glace superposés et raccordés.

(2) « Lad. glace faisant face à celle de la cheminée » (Scellés). A l'origine, un trumeau désigna la décoration de peinture d'un mur entre deux fenêtres ; puis la glace placée au même endroit; enfin, les panneaux de glace conservèrent ce nom, même quand ils n'étaient pas, comme c'est le cas ici, placés entre deux fenêtres.

(3) Au-dessus de la console, dont il va être question plus loin [(Scellés).

solle de bois doré (1), prisé dix-huit livres, cy xviij 1.

La première vacation prend fin ici; la continuation de l'inventaire est renvoyée au vendredi suivant 13 août, où Ton termine d'abord la prisée des meubles du salon :

Dans la chambre cy-devant désignée servant de èalle de compagnie :

Item, dix estampes sous verre, portraits et autres, dans leurs bordurre de bois doré; une petitte Vierge peinte en mignature dans pareille bordure; et un tableau, sujet de fable, peint sur cuivre dans sa bordure de bois doré, prisé ensemble quarante livres, cy xl 1.

A l'égard de cinq tableaux, dont quatre peints sur toille et l'autre en pastel sous glace représentant ladite deffunte demoiselle Salle; les sieur et dame, ses père et mère; et la dame Cochois sa tante; le sieur Salle, frère de ladite deffunte (2), tous en leurs bordures de bois doré, il n'a été fait aucune prisée à la réquisition des partyes, comme portraits de famille, pour quoy le présent article tiré pour mémoire.

(1) « Dans l'embrasure des fenestres » (Scellés).

(2) Le « pastel sous glace » était sans doute le portrait de Mlle Salle par La Tour ayant figuré au Salon de 1741 et à celui de 1742. On n'a aucune indication pour les auteurs des autres tableaux mentionnés ici, et l'on sait d'ailleurs peu de chose sur les personnes qu'ils représentent. La mère de Mlle Salle était la belle-sœur de l'arlequin Francisque Moylin, dans la troupe duquel jouait son mari; sans doute Mlle Salle avait-elle perdu ses parents de bonne heure, car il n'en est jamais question nulle part, dans les documents qui la concernent, alors que l'on trouve quelquefois mention de son frère mort à Londres en 1732, de ses oncles Francisque et Simon Moylin, et de sa tante Cochois.

It., une table de nuit de bois de palissandre, couverte de marbre, prisé dix livres, cy x 1.

It., huit tasses et huit souscoupes de porcelaine de Saxe blanche et un pot-à-eau pareil, sans couvercle (1), prisé vingt-quatres livres, cy xxiiij 1.

It., deux petits bourgeoirs à une branche, chacune de fer blanc, montés en cuivre en couleur, garnys chacun d'un petit magot de la Chine, prisé quatre livres, cy iiij 1.

It., deux figures de bronze en pied, sur leurs pieds de bois noircy, prisé douze livres, cy xij 1.

It., deux figures en pied de porcelaine japonnée (2), fêlée, sur leurs dez de cuivre en couleur, prisé six livres, cy vj 1.

It., la tenture de ladite salle, deux rideaux de fenestre en quatre partye, le tout de toille de cotton à fleurs bleu (3), et un petit rideau de porte vitrée de serge bleue, prisé quarante livres, cy xl 1.

It., six fauteuils de bois sculpté à la Reine (4), foncés de crin, couverts de moère bleue (5), avec leurs

(1) Les Scellés disent : « Item, un petit pot au lait, deux tasses avec leurs souccouppes de porcelaine de Vincennes;

« It., une petite table à caffé de bois noirci et doré, avec six tasses et un sucrier, un pot au lait, le tout de terre commune ».

(2) Les Hollandais importaient en Europe des porcelaines japonaises décorées uniquement au grand feu et qu'on achevait d'orner à Delft ou ailleurs; ce décor, appliqué après coup, revenait moins cher et permettait de mieux satisfaire le goût des clients, par exemple en ajoutant leur chiffre ou leurs armes à la décoration choisie.

(3) La tenture et les rideaux « composant le tout aux environs de quinze aulnes » (Scellés).

(4) La reine Marie Leczinska ayant adopté pour son usage un fauteuil à dossier ovale, on donna le nom de chaises et de fauteuils à la reine aux meubles qui furent exécutés sur le même modèle.

(5) On écrivait moire, mohaire ou moère; c'était, à l'origine, une étoffe de soie à gros grain fort serré, qui devint vite très à

housses de toille de cotton à fleurs; six chaises de pareil bois, aussy foncé de crin, couvertes de moère jeaune avec leurs housses de toilles de cotton à fleurs bleue, prise' quarante huit-livres, cy xlviij 1.

It., deuxpetittes tables à écrire de bois de merizer à un tiroir chacune (1), prisé quarante livres, cy xl 1.

It., quatre chaises foncés de canne, un fauteuil en bergère foncé de paille, couverte d'un carreau et dossier de crin en taffetas et serge jeaune, et un autre pareil fauteuil (2), prisé ensemble dix-huit livres, cy xviij 1.

It., un tableau, portrait féminin, peint sur toille, dans sa bordure de bois doré (3), prisé six livres, cy vj 1.

Dans un petit cabinet ensuitte, ayant pareille

vue (4) :

It., une grille en deux parties de fer poly, garny de cuivre en couleur; une pelle et deux pincettes aussy de fer, sans garniture, prisé huit livres, cy viij 1.

It., un trumeau de cheminée d'une glace de seize

la mode: elle était lisse ou tabisée, c'est-à-dire ondée. Plus tard, et au dix-huitième siècle notamment, la moire ne désigna plus que les étoffes de soie ondée.

(i) Non mentionnées aux Scellés. — Le merisier était très à la mode à cette époque pour les petits meubles. — Une table à écrire se distinguait des tables ordinaires en ce qu'elle était munie d'une tablette formant pupitre, de tiroirs, cornets pour l'encre, etc.

(2) Un fauteuil en bergère est un long fauteuil au dos arrondi, avec des joues et des manchettes; le siège est garni d'un carreau, sorte de petit matelas de plume; un autre matelas analogue rembourre le dossier quand la bergère est en paille.

(3) Les Scellés disent : « Item, sept tableaux ou portraits dans leur cadre de bois doré, à l'exception d'un seul, représentant Minerve avec ses attribus ». Ce tableau n'est pas détaillé dans l'inventaire.

(4) « Ayant vue par une croisée sur la rue Saint-Honoré » (Scellés).

pouces de haut sur vingt-quatre de large, posée sur son parquet fond bleu, et deux bras de cheminée à simple branche de cristal, prisé vingt livres, cy xx 1.

It., dix estampes sous verre, portraits et autres, dans leurs bordures de bois doré, prisé huit livres, cy viij 1.

It., un miroir de toillette dans sa bordure ceintrée de bois verny; deux carrés et petitte boete à vergette de pareil bois verny (1) et deux flacons de cristal bleu, prisé douze livres, cy xij 1.

It., deux bobèches à deux branches de cuivre argenté (2), une petitte lampe de cuivre rouge, prisée trois livres, cy iij 1.

It. la tenture dudit cabinet de toille de cotton à fleurs (3), deux petits rideaux de porte vitrée de pareille toille et deux rideaux de fenestre de toille de cotton blanche, prisé comme de peu de valleur, douze livres, cy xij 1.

It., deux tableaux, portraits peints sur toille dans leurs bordures de bois doré (4), un petit secrétaire de bois de palissandre fermant à clef; un petit coffre de bois verny fermant à clef (5); un gairidon de bois

(1) Les carrés étaient de petits récipients dans lesquels les dames plaçaient leurs pommades, fards, etc. Les Scellés disent : « Plusieurs carrez de carton vernies propres pour mettre sur la toilette ». — Les vergettes étaient de petites brosses à peigne.

(2) On désignait, à l'origine, sous le nom de bobèches, la cavité du chandelier qui sert à recevoir la partie inférieure d'une bougie ou chandelle. Au dix-huitième siècle, ce nom s'appliqua aux deux bras que l'on pouvait fixer à volonté sur le sommet d'un chandelier pour le transformer ainsi en un petit candélabre à deux branches.

(3) « Environ huit aunes » (Scellés).

(4) Les Scellés n'en mentionnent qu'un « représentant le portrait de la défunte ». Était-ce celui de Lancret, gravé par Larmessin? Ou celui de Fenouil, gravé par Petit? Mystère. On verra plus loin qu'un autre portrait de la danseuse avait été relégué dans le garde-meuble.

(5) « Un petit coffre bleu » (Scellés).

de noyer, garny de son écrant de carton (1); deux chaises foncé de paille couvertes de leurs carreaux et dossiers de siamoise de la porte (2); une petitte boette à oreilles de bois de sapin, et une banquette à deux places (3), foncé de paille, couverte de siamoise de la porte, avec deux oreillers, couvertes de pareille siamoise, prisé la somme de vingt-quatre livres, cy xxiiij 1.

De ce cabinet, on entrait dans une garde-robe, où se trouvaient deux armoires de noyer, un bassin de propreté, une chaise de commodité et divers autres objets : marchepied, parapluies, etc. Cette garde -robe communiquait avec la chambre à coucher.

Dans une chambre à coucher au fond de la cour (4) :

It., une grille en deux partyes, garnye de cuivre en

couleur, pelle et pincette de fer poly, prisé six livres,

cy vj 1.

^ (1) On avait pris, au dix-huitième siècle, l'habitude d'adjoindre à certains meubles de petits écrans mobiles qui, lorsqu'on s'approchait du feu, garantissaient la figure.

(2) La siamoise était une étoffe mélangée de soie et de coton, importée par les ambassadeurs siamois qui vinrent en France sous Louis XIV. Le nom passa ensuite à un tissu analogue fabriqué en France pendant peu de temps; puis à un tissu de fil et de coton, rayé de couleurs différentes, d'assez bon teint pour pouvoir être lavé et dont on fit des tentures bon marché, des housses, etc. Très souvent mentionnée dans les inventaires d'artistes et d'amateurs. — On appelait étoffes de la porte les tissus secondaires d'ameublement vendus à l'origine près de la porte du Ghâtelet, à Paris.

(3) Les Scellés disent : « Un petit canapé en paille ».

(4) Scellés : « Et à l'instant... il [le notaire] a procédé... après qu'il nous est apparu du corps de la deffunte gissant dans un lit d'une, dans une chambre ayant vue par trois croisées, sur la cour de lad. maison ».

It., une cheminée d'une glace de quarante-un pouces de haut sur trente de large, posée sur son parquet fond blanc de piastre; un tableau, paysage peint sur toille, au-dessus; et deux bras de cheminée à double branches de cuivre en couleur, prisé cent livres, cy c 1.

It., une petitte comode de bois de palissandre à trois tiroir garnis de leurs boutons de cuivre, et à dessus de marbre, prisé vingt-quatre livres, cy xxiv 1.

It., une petitte duchesse de bois doré (1), garnye de son matelats de crin, un oreiller de plume, le tout couvert de serge bleue; deux vieux fauteuils en eonfessional (2) couverts de toille, avec leurs joues, Tune de serge jeaune et l'autre de toille, prisé vingt livres, cy xx 1.

It., un petit pot couvert garny d'argent et sa souscoupe de porcelaine de Saint-Cloud (3) ; un autre pot couvert garny d'étain et sa souscoupe; deux goblets à anse et leurs souscoupes, le tout de terre d'Angleterre (4); un sucrier de porcelaine et son couvercle garny de cuivre doré; deux magots de porcelaine, prisé le tout ensemble quinze livres, cy xv 1.

(1) Sorte de chaise longue à dossier arrondi en gondole, très à la mode entre 1745 et 1780. Lors de l'apposition des scellés, elle était dans la salle de compagnie.

(2) Les Scellés disent : « Deux confessionaux ». Ce meuble très confortable, passé au dix-huitième siècle dans l'ameublement profane, est ainsi décrit par Richelet : « Manière de chaise qui est de bois, qui est haute et couverte, avec des accotoirs et une jalousie de chaque côté, contre laquelle le confesseur prête l'oreille pour ouïr les péchés de la personne qui se confesse ». On a dit ensuite : un fauteuil muni de confessionnal, puis un fauteuil en confessionnal.

(3) La manufacture de Saint-Cloud, très réputée au début du dix-huitième siècle pour ses pièces imitant le blanc de la Chine, déclina quand lui manqua le protection du duc d'Orléans; l'année 1757 marque le début de sa décadence.

(4) On appelait ainsi, au dix-huitième siècle, la faïence anglaise et ses imitations.

It., deux cabarets de bois peint verny, dont un de Chine (1); six goblets et six souscoupes de porcelaine bleue et blanche, partye feslée, prisé douze livres, cy xij 1. (2)

It., un paravent à six feuilles couvert de toille (3); dix moyens pots à fleurs de fayance et neuf autres petits pots aussy de fayance à fleurs, prisé quinze livres, cy xv 1.

It., un petit tableau peint sur toille, représentant une Nativité, dans sa bordure de bois doré, prisé trois livres, cy iij 1.

It., la tenture de ladite chambre de vieille toille de cotton à fleurs bleue (4); une portière pareille; trois rideaux de fenestre de toille blanche, garnis de leurs anneaux et tringles; un petit écrant de carton sur son pied de bois noyer, prisé trente-six livres, cy xxxvj 1.

It., une couchette de trois pieds à bas pilliers, garnie de son enfonçure (5) ; un sommier de crin couvert de toille à carreaux; deux matelats de laine couverts de futaine; un lit traverssin et un oreiller de coutil remplys de plumes; une couverture picquée de toille de cotton; une autre picquée; un couvrepied de satin jeaune, picqueures de Marseille (6); la housse composée

(1) Sorte de petite table ou de plateau sur lesquels on plaçait le service à thé ou à café; pendant longtemps, on les tira de leur pays d'origine, la Chine.

(2) Scellés : « Item, une cuvette avec son pot à l'eau de terre blanche commune, un pot au lait et deux tasses à prendre du caffé de pareille matière ».

(3) « De papier », disent les Scellés.

(4) « ... d'environ vingt aunes » (Scellés).

(5) On appelle enfonçure, d'après Richelet, de « petits ais de quatre à cinq pouces de large qui sont attachez à quelque distance les uns des autres avec de la sangle et qu'on étend sur le bois du lit ».

(6) Les piqûres de Marseille sont un des genres d'ornements produits sur les étoffes par des piqûres, qui figurent très souvent dans les inventaires du dix-huitième siècle.

d'un dossier, ciel, grandes et petittes pentes de damas des Indes jonquille (1), monté sur un châssis en impérial (2) garni de ses tringles tournantes; courtepointe et trois sousbassements de pareil damas (3); deux bonnes-grâces (4) et deux grands rideaux de serge jeaune, prisé ensemble cent quatre-vingt livres, cy clxxx 1. (5).

Négligeons un passage servant d'antichambre et arrivons au contenu des meubles, à commencer par les bijoux serrés dans le secrétaire qui se trouvait dans le petit cabinet mentionné plus haut :

It., une boete d'or de forme carrée et à charnière, prisée cinq cent livres, cy vc 1.

It., deux bracelets de grenat, composé de chacun sept pangs monté en or, dont un garny d'un portrait mignature avec son cercle d'or, prisé quarante-huit livres, cy xlviij 1.

It., s'est trouvé en écus de six livres, de trois, et monnoye au cours de ce jour, la somme de deux cent cinquante livres, cy ijcl 1.

Suivent les diamants qui ont été prisés par ledit

(1) Les pentes — les Scellés disent improprement : pentures — sont les bandes d'étoffes qui entourent un ciel de lit ou un dais.

(2) L'impériale était une sorte de serge fabriquée à Amiens au dix-huitième siècle.

(3) Les soubassements sont des bandes d'étoffe qui entourent le bas du lit, en cachent les pieds et les traverses.

(4) Dans un lit à piliers comme celui dont il s'agit ici, les bonnes grâces sont d'étroits rideaux qui descendent le long des quenouilles.

(5) Les Scellés disent : « Item, s'est pareillement trouvé dans lad. chambre un second lit tout semblable et pareillement garnie ». — Ce lit, qui n'est pas prisé à l'inventaire, était sans doute celui de Rébecca Wick.

sieur Le Duc, de l'avis du sieur André Deschazeaux, marchand bijoutier, demeurant place Dauphine, paroisse Saint-Barthélémy au présent, lequel a promis donner son avis à ladite prisée et a signé : Deschazaux.

It., une paire de deux boucles d'oreilles de deux doubles entourages, avec de demy entourages de deux côtés, en brillants, prisé et estimé la somme de deux mille deux cent livres, cy ijmijc 1.

It., une bague à double entourage en brillant, prisé six cent livres, cy vjc 1.

It., une bague de deux cœurs entouré, avec une couronne au-dessus, composée de trois brillants, prisé trois cent vingt livres, cy iijcxx I.

Le linge et les hardes étaient renfermés dans la commode à trois tiroirs de la chambre à coucher, dont voici le contenu :

... It., deux vieux corps de balènes, couvert d'étoffe de soye, et six paires de bas de fil et cotton, prisé avec quelques chiffons qui n'ont mérité description, prisé cent sols, cy es.

It., dix-huit mouchoirs de poche de toille de cotton à fleurs, prisé six livres, cy vj 1.

It., un petit pacquet de différents morceaux de barbes de garniture, tant de vieille dentelle que blonde de fil (1) coupé en leurs fonds, prisé douze livres, cy xij |t

It., un fichu de mousseline rayée, une paire de manchettes de vieille mousseline brodée, deux mantelets de mousseline, prisé ensemble huit livres, cy viij 1.

It., une paire de manchetes de baptiste brodée à deux rangs; une paire de bouts de manches de camisolle garny de mousseline rayée; cinq paires de gands

(1) La hl*ibde était une sorte de dentelle.

et mitaines de toille de cotton; quinze pièces qui sont bonnets picqués et cornettes de nuit, garnyes de mousseline; sept coeffes de mousseline; un fichu pareil rayé; un fichu de baptiste servant d'enveloppe, prisé ensemble douze livres, cy xij 1.

It., huit mouchoirs de poche de toille blanche; une petitte camisolle de nuit de toille blanche; une paire de poche de bazin rayé; et un tas de vieux morceaux de linge qui n'a mérité plus ample description, prisé ensemble huit livres, cy viij 1.

La première vacation se termine à six heures; mais il est requis par les parties qu'il soit aussitôt continué à l'inventaire par une vacation double. On lève donc les scellés appliqués « sur les serrures du bâtant d'une armoire pratiqué dans un passage, communiquant de lad. chambre [à coucher] donnant sur la cour dans un cabinet ayant veue sur la rue »5 et sur celles « des deux battants d'une armoire en bois de noyer étant dans led. passage » (1); et on en extrait les habits, linges et hardes qui suivent :

Item, trois couvrepieds picqués de toille blanche et deux vieilles napes de toille ouvrée, prisé avec un coupon de quatre aunes de siamoise de la porte flambée (2), prisé quinze livres, cy xv 1.

It., vingt-un mouchoirs de baptiste, une paire de manchette à deux rangs et deux tours de corcets de mousseline suisse à carreaux; neuf vieux petits fichus

(1) Scellés.

(2) Flambé, se dit des étoffes qui présentent des inégalités de teinture formant des jaspures ou flammes.

de mousseline raye'e et deux volans de jupons de mousseline double, prisé avec un pacquet de vieilles garnitures et manchettes de mousseline, qui ne méritent plus ample description, quinze livres,, cy xv 1.

It., deux petits rideaux de porte vitrée de taffetas bleu, prisé douze livres, cy xij 1.

It., une robe et son jupon et pièce de corcet de satin couleur de serin; une robe et son jupon de pecquin (1); une robe et un jupon de moère jonquille; une robe de poux de soye couleur de feu; une robe et son jupon de moère d'Angleterre petit gris à fleurs (2) ; une robe de satin bleu turc (3), doublé de taffetas couleur de paille; une robe et son jupon d'étoffe des Indes, fond jeaune à fleurs; et une robbe de velours à la Reine bleue, (4) prisé ensemble la somme de quatre cent livres, cy iiijc 1.

It., une robbe de poux de soye noir; une vieille robe et son jupon de raz de Saint-Maure (5); une robe et son jupon de taffetas soucy; une robe et son jupon de taffetas violet; et une vieille robe et son jupon de taffetas blanc, prisé ensemble cent cinquante livres, cy cil.

It., une robe et son jupon de linon, doublée de taffetas couleur de rose; une robe et son jupon d'étoffe des

(1) Le pékin était une étoffe de soie décorée généralement à fleurs, à l'origine importée de Chine.

(2) C'est en Angleterre qu'on avait inventé l'apprêt qui donna à la moire, primitivement tissu de soie à grain serré, ces « ondes » qui devinrent cause déterminante de l'appellation : le nom de moire étant réservé dès lors à des étoffes ondées.

(3) Bleu turc ou bleu turquin, gris bleu.

(4) Le velours à la reine était une variété de velours ciselé.

(5) Le nom de ras ou raz a été donné à un nombre assez considérable d'étoffes, serges de laine ou genre de taffetas de soie, ordinairement désignées sous le nom de la localité où on les fabriquait. Le raz de Saint-Maur était un genre de taffetas de soie, d'un noir mat, très recherché pour les deuils.

Indes petit gris, doublée de taffetas blanc, prisée comme vieille, cinquante livres, cy 1 1.

It., une robe et son jupon de taffetas des Indes à carreaux; une robe et son jupon de foulard; une robe et son jupon de toille de cotton des Indes (1) brodée, doublée de taffetas blanc; et un manteau de lit de satin blanc (2), prisé ensemble cent vingt livres, cy cxx 1.

It. , un jupon de moère blanche, un autre jupon canelé blanc (3) et deux vieux petits jupons picqué de satin jeaune, prisé ensemble quarante-huit livres, cy xlviij 1.

It., un mantelet de taffetas blanc garny de deux rangs de dentelle sur fil; trois autres mantelets de taffetas blanc garnys de blondes; deux mantelets de taffetas noire garnis de dentelle; deux mantelets de dentelle, dont un blanc, l'autre noir, et un mantelet d'étoffe de Lyon brochée en chenille et or, garni d'un rézeau d'or, prisé ensemble soixante livres, cy lx 1.

It., un desabillé de toille rayée; deux casaquins (4) et un jupon de toille de cotton fond blanc, à mouches; un autre desabillé de toille de cotton en couleur ; un casaquin, et deux autres jupons de toille de cotton à fleurs, prisé ensemble trente-six livres, cy xxxvj 1.

It., quatre manteaux de lit de bazin rayée; quatre autres manteaux de lit de toille de cotton blanche, le tout garny de bandes de mousseline, prisé dix-huit livres, cy xviij 1.

(1) La toile des Indes était une toile de coton, imprimée ou en blanc, primitivement importée des Indes, et qui fit fureur au dix-huitième siècle.

(2) Manteau de lit ou de nuit, espèce de manteau fort court et ayant des manches, dont les femmes se servaient dans leur chambre et au lit.

(3) Le cannelé était un tissu de soie analogue au gros de Tours.

(4) Casaquin, sorte de corsage de femme avec deux petites -basques dans 4e dos.

It., six jupons picqués de toille de cotton blanche, prisé dix livres, cy x 1.

It., un manchon d'hermine et un autre manchon de martre Canada; quatre évantails d'y voire montés en papier et taffetas, prisé ensemble vingt-quatre livres, cy xxiv 1.

It., une toillette de mousseline rayée et deux dessus de toillette de toille blanche (1), prisé douze livres, cy xij 1.

It., vingt lez de cottes sur deux aunes et demy de haut, de moère blanc servant de tenture, prisé cent quatre- vingt livres, cy clxxx 1.

It., un pacquet de différents morceaux de tenture de damas des Indes et sur fil, fond jeaune à fleurs, remply de couture, prisé quatre- vingt livres, cy lxxx 1.

It., cinq manteaux de lit, dix jupons de picqué de toille blanche, prisé avec trois jupons de bazin rayé, trente livres, cy xxx 1.

It., sept manteaux de lit et six jupons de toille de cotton blanche, un vieux jupon picqué de pareille toille, prisé ensemble vingt livres, cy xx 1.

It., un pacquet de vieux mouchoirs de poche et autres menus linges qui n'a mérité description; quatre vieux corcets de toille blanche picquée; huit vieux corcets de toille; six autres corcets de vieux bazin uny; dix vieux bonnets picqués, prisé ensemble douze livres, cy xij 1.

It., quatre douzaines de chemises de vieille toille demy d'Hollande (52), garnie seullement de leurs tours

(1) On appelait toilette au dix-huitième siècle un morceau d'étoffe, ordinairement embelli de quelque dentelle ou broderie, que l'on étendait sur une petite table et dans lequel se trouvait la trousse, garnie des peignes, brosses, etc. Avant d'étaler cette pièce de lingerie, on recouvrait le meuble d'un dessus de toilette ordinairement en toile.

(2) La hollande et la demi-hollande, toiles très recherchées autrefois pour leur finesse, leur régularité et leur blancheur.

de gorge, prisé ensemble soixante livres, cy lxl.

It, cinquante-une paire de bas tant de fil que cotton, la pluspart très vieux et raccomodés; cinq paires de bas de soye blanc; vingt-huit paires de vieux chaussons; six paires de mitaines de toille de cotton; douze paires de gands de fil et cotton et soye, prisé ensemble trente-six livres, cy xxxvj 1.

It., six petits jupons de bazin rozé et grenat et trois caleçons de toille, prisé dix livres, cy x 1.

It., cinq corcets et quatre camisolles de toille blanche, prisé six livres, cy vj 1.

It., trois volants de jupon de linon et mousseline, tous vieux et racomodés, prisé quatres livres, cy iv 1.

It., quatre peignoirs de toille royalle et dix paires de poches de bazin rozé, prisé dix livres, cy x 1.

It., cinq paires de manchettes à deux rangs de baptiste et mousseline brodée, prisé dix-huit livres, cy xviij 1.

It., trois paires de manchettes à trois rangs de vieilles dentelles à bride monté sur entoillage, et un fichu plissé de vieille dentelle sur fil, prisé vingtquatre livres, cy xxiiij 1.

It., quatre vieux mantelets de toille blanche picquée de vieille bande de mousseline, prisé comme de peu de valeur, six livres, cy vj 1.

It., six coeffes, tant de taffetas de blonde que de dentelle noire, prisé dix livres, cy x 1.

It., deux garnitures à une pièce et bavolet de dentelle à bride (1); deux autres garnitures à une pièce, sans bavolets, de dentelle à bride et à rézeau monté sur entoillage, dont une avec ses barbes frizés; dix

(1) La garniture était le nom donné quelquefois par les femmes à leurs cornettes, ou coiffures de déshabillé. — Le bavolet désignait une sorte de coiffure villageoise, mais signifiait aussi la pièce d'étoffe qui ornait une coiffure de femme par derrière; c'est ici le cas.

garnitures de blonde et leurs bonnets picqués, prisé ensemble vingt-quatre livres, cy xxiv 1.

It. (1), six napes et six douzaines de serviettes ouvrées, prisé soixante livres, cy lx i.

It., onze draps de toille cretonne élimée et deux paires de draps de domestique, prisé quarante-huit livres, cy xIviij j

It., quatre thayes d'oreiller à cordons; trois tours de bassin à toille blanche; six vieux tabliers de cuisine et deux douzaines de torchons, prisé ensemble cent sols, cy c g

It., quatre paires de pantoufles et deux paires de souliers, couverts de différentes étoffes de soye, dont deux brodés en clinquant, prisé douze livres, cy'xij 1.

It., une montre à répétition, faite par Pierre Leroy ^ à Paris, à cadran d'émail marquant les heures et minuttes, éguilles d'or, dans sa boete d'or scizelée en coquille (2); chaîne et crochet de smilord (3) ; un cachet d'une pierre gravée au chiffre de la deffunte, monté en or (4); une petitte cassolette garnie d'or et un petit portrait d'enfant peint en mignature monté sur son anneau d'or (5), prisé ensemble quatre cent livres, cy iiijc 1.

(1) Ici commence l'inventaire des objets se trouvant dans la seconde armoire de noyer, qui était dans le passage entre la chambre à coucher et le cabinet sur la rue (Scellés).

(2) Lors de l'apposition des scellés, cette montre se trouvait en évidence dans le cabinet ayant vue sur la rue Saint-Honoré.

(3) Les Scellés disent : « ... Avec sa double boette de chaorin et sa chaîne de pincebecq ». Le pincebecq était un alliage de cuivre, de zinc, d'argent et d'or; le similor ou smilord, un alliage de cuivre rouge et de zinc.

(4) Ce cachet était ovale et le chiffre se composait d'un double entrelacs des initiales M et S, en anglaises, surmonté d'une couronne de roses. La lettre autographe du musée Dobrée, à Nantes, publiée plus haut, porte encore intacte une empreinte de ce cachet sur cire rouge.

(5) Il s'agit là sans doute de breloques ; les Scellés disent :

La double vacation terminée, les objets inventoriés sont confiés, comme précédemment, à la garde de la demoiselle Wick, et la fin de l'inventaire est remise au 18 août; ce jour, il y est procédé par double vacation, en commençant par les deux pièces, servant de garde -meubles, que Mlle Salle avait au quatrième étage (1) et où sont entassés les objets les plus disparates. Par exemple :

... It., un pot à fleurs; une petitte fontaine et sa cuvette, une autre cuvette; huit autres petits pots à fleurs ; un pot à tabac et une téyère, le tout de fayance ; deux chandeliers de cristal; deux grands verres pareilles et plusieurs caraffes et petits seaux de verre qui n'ont pas mérité pllis ample description, prisé trois livres, cy iij 1.

... It., une table à manger de bois de sapin; un traitteau de bois de chesne; une petitte table de nuit de bois peint, couverte de marbre; un châssis de chaise de propreté sans vase; une table de lit; une cabanne à oiseau; deux petits tabourets foncés de paille; un métier à broder; une selle à usage de femme, couvertes de cuir, et deux plateaux de bois peint verny, façon de Chine, prisé ensemble douze livres, cy xij 1.

It., deux étuits d'argenterie; un petit poêle de taulle sur ses roulettes; un tas de ferrailles et fer blanc qui n'a mérité description, prisé six livres, cy vj 1.

« Un petit œuf et deux petites bagues représentant deux portraits de femme ».

(1) Scellés : « Sommes ensuitte montez au troisième étage de lad. maison, où l'on nous a dit que lad. deffunte occuppoit deux chambres, lesquelles lui servoient de garde-meuble ». Il s'agit du troisième au-dessus de l'entresol, c'est-à-dire du quatrième, car le commissaire au Châtelet a dit précédemment que l'appartement de la défunte se trouvait « au premier étage... au-dessus des entresols, sur le corps de logis de devant, etc. ».

It., un petit paravent de quatre feuilles couverts de toille peinte, un métier à broder et une couchette à quatre colonnes de bois peint, prisé ensemble douze livres, cy xij 1.

... It., deux coffres-bahuts et une malle couverte de cuir, le tout fermant à clef, prisé douze livres, cy xij 1.

... It., deux paniers d'ozier à chien et un pacquet de vieux morceaux de toille et tire-botte, prisé trente sols, cy xxx s. (1)

D'après les Scellés, cette dernière vacation fut employée à l'inventaire des objets divers garnissant les deux chambres du quatrième étage; puis, à la levée des scellés « d'un petit coffre à bois, peint en bleu », qui se trouvait dans le cabinet sur la rue, et à l'inventaire dû son contenu — cet inventaire commence sans doute par les fourrures ci-après — ; enfin, à la description et prisée « des meubles et effets dépendans de ceux en évidence », — les livres notamment — de la vaisselle d'argent et des papiers.

. . . It. , une garniture de robe de martre en quille (2) et la garniture du mantelet de martre; une autre garniture de robe et une garniture de mantelet en hermine et la doublure du mantelet en zibline; une peau de

(1) Les Scellés mentionnent en outre, dans la première de ces chambres, « un portrait de la deffunte sur toille peinte ».

(2) « Les marchandes de modes appelaient quilles deux bandes de parements qu'on mettait à une robe le long de la couture du côté jusqu'à la fente » (Littré). C'est aussi un terme de tapisserie, désignant des bandes d'étoffes placées verticalement et plus larges à la base qu'au sommet (Havard, Dict. de l'ameublement, etc.).

petit gris, prisé le tout ensemble deux cent livres, cy ijc 1.

It., une toillette de mousseline à carreaux et son bonhe de toille, doublé de pareille mousseline; un tapis de toillette de toille de cotton brodée en chenille (1), prisé douze livres, cy xij 1.

It., deux casaquins et deux jupons de toille de cotton blanche à bouquets brodés, prisé vingt livres, cy xx 1.

It., une robe et un jupon de toille de cotton à fleurs; deux paniers de balène et couverts de toille, prisé trois livres, cy iij 1.

It., deux paires de boucles d'oreilles, dont une de jay (2) et l'autre de perle fausse; une esclavage de perle fausse (3); un sac dans lequel s'est trouvé plusieurs perles fausses; une petitte ceinture, un collier et plusieurs égrettes et autres ornements, le tout de pierres fausses, prisé avec un flacon de cristal, quatre paires de cizeaux et quelques nœuds de rubans de différentes couleurs, prisé douze livres, cy xij 1.

Suivent des paquets d'étoffes, de mouchoirs et de chiffons; des souliers, des poches, un « corcet de bal de taffetas blanc et couleur de roze », etc., prisés, au total, une centaine de livres. Puis vient la bibliothèque :

... It., neuf volumes reliés en veau, dont Caractère

(i) Très à la mode dans l'ameublement aux environs de 1750, la broderie en chenille était fort délicate et de peu de durée.

(2) Au dix-huitième siècle, on donnait le nom de jais non seulement à la variété de lignite connue sous ce nom, mais aussi à des pâtes de verres teintes en noir et beaucoup moins coûteuses.

(3) On appelait esclavage une sorte de chaîne, ordinairement ornée de diamants ou de pierres, qui descendait en deux cercles sur la poitrine.

de r amour (1) et autres opéras et musique, et un paquet de plusieurs autres opéras en brochure, prisé dix livres, cy x 1.

It., quatorze volumes reliés en veau, Œuvres du père Bourdaloue (2); it., VAstrèe de M. Durfay, dix volumes (3) ; les OEuvres de Saint-Réal cinq volumes (4) ; l'Histoire de Clevelant, huit volumes (5) ; les OEuvres de Saint-Évremond, trois volumes (6); l'Histoire romaine, six volumes; quatre- vingt volumes, tant in-octavo qu'in-douze, le tout relié en veau, dont Traité de la danse (7) et autres, prisé ensemble cent soixante livres, cy clx 1.

It., un volume in-folio, le Parnasse françois (8), et deux

(1) Ballet héroïque en trois actes, avec un prologue, paroles de divers auteurs, musique de Colin de Blamont, représenté à l'Opéra le 15 avril 1733, repris le 13 novembre 1738 et le 15 juillet 1749 (Paris, Ballard, 1738, in-folio).

(2) Il n'y a pas d'édition complète de Bourdaloue avant le dix-neuvième siècle; les œuvres de l'illustre prédicateur, très souvent rééditées dans la première moitié du dix-huitième, comprenaient : les Exhortations et instructions chrétiennes, 2 vol. ; les Pensées, etc., 3 vol.; la Retraite spirituelle,! vol.; les Sermons pour les dimanches, 4 vol.; les Sermons pour l'Avent, 1 vol., et les Sermons pour le caresme; en tout, 14 vol. in-12.

(3) Plusieurs éditions de l'Astrée de d'Urfé, notamment celle de P. Witte (Paris, 1733), comprenaient cinq tomes reliés en dix volumes.

(4) Édition de Huart l'aîné, Paris, 1730, ou de P. Mortier, Amsterdam, môme date.

(5) Le Philosophe anglois ou Histoire de M. Cleveland, fils naturel de Cromwell, roman anonyme de l'abbé Prévost; l'édition, en 8 vol. in-12, est celle d'Utrecht (Paris), 1739.

(6) Une édition de Saint-Évremond, cinq tomes en 3 vol. in-12, est de 1670-1678, chez Barbin. Les autres éditions, en 3 vol., sont in-4°.

(7) La Danse ancienne et moderne ou Traité historique de la danse, par M. de Gahusac. (La Haye, J. Neaulme, 1754, in-12.)

(8) Paris, 1732, in-folio. C'est l'ouvrage de Titon du Tillet dont il a été parlé plus haut à propos de la lettre autographe de Mlle Salle.

volumes in-quarto, Dictionnaire de Boyé (1), prisé ensemble huit livres, cy viij 1.

L'argenterie qui va être inventoriée maintenant se trouvait, d'après les scellés, dans le haut du buffet de la salle à manger.

... It., un plat long et deux ronds, dix cuillères et dix fourchettes, deux cuillères à ragoût, le tout d'argent poinçon de Paris (2), pezant quinze marcs une once quatre gros, prisé à raison de quarante-huit livres six sols cinq deniers le marc; revenant ladite quantité audit prix, à la somme de sept cent trente-trois livres dixsept sols quatre deniers, cy vijc xxxiij 1. xvij s. iv d.

It., une écuelle, deux goblets à pied et manche à couteaux (3), le toutd'argent poinçon de Paris, ensemble sept marcs six gros, prisé à raison de quarante-sept livres douze sols deux deniers le marc; revenant ladite quantité audit prix, à la somme de trois cent trentesept livres dix sols cinq deniers, cy iijc xxxvij 1. x s. vd.

L'inventaire étant terminé (4), l'huissier priseur Viollet-le-Duc signe la fin de sa prisée, et le notaire dresse état des papiers qu'il a précédemment

(1) Dictionnaire royal françois et anglois (La Haye, H. van Bulderen, 1702, 2 vol. in-4°). Réédité en 1727 à Amsterdam et en 1752 à Londres.

(2) Plats et couverts « marqués au chiffre de la deffunte » (Scellés),

(3) Le tout marqué au même chiffre (Scellés). — Lors du décès de la Camargo, sa vaisselle plate d'argent pesait 199 marcs 6 onces 7 gros; et sa vaisselle montée 77 marcs 5 onces; nous voilà bien loin des chiffres modestes fournis par l'inventaire de Mlle Salle (Gampardon, VOpéra au dix-huitième siècle, t. Ier, p. 94).

(4) Les Scellés indiquent encore : « Dans la cave, ne s'est trouvé autre chose, sinon six bouteilles de vin ».

déposés dans un tiroir du secrétaire, ainsi que les scellés en font foi.

. . . Premièrement, la grosse d'un contrat passé devant Me Ballot et son confrère, notaires à Paris, le seize août XVIIe trente-un, par lequel M. Adrien-Maurice, duc de Noailles, pair de France, a constitué à ladite feue demoiselle Salle huit cent livres de rente viagère moyennant huit mille livres (1), inventorié . . .un

It., la grosse d'autre contrat passé devant Me Gamuset et son confrère, notaires à Paris (2), le vingt-sept mars XVIIe trente-huit, par lequel Me Claude-Louis Robinot, alors notaire au Châtelet de Paris (3), a constitué à ladite demoiselle Salle mille livres de rentes viagères à prendre par privilège sur son office de notaire, moyennant douze mille cinq cent livres, qu'il a promis employer à partye de remboursement de plus grande somme qu'il devoit àMe Maultrot, son vendeur; et expédition de quittance en datte du trente janvier XVIIe quarante, contenant subrogation au proffît de ladite demoiselle Salle, laquelle quittance est à la suitte du traitté dudit office passé devant ledit Gamuset, notaire, le huit janvier XVIIe trente-cinq, en deux pacquets inventoriés l'un comme l'autre. . . deux

It., deux brevets signés de Messeigneurs les premiers gentilhomme de la Chambre du roy, par le premier

(4) Des recherches faites dans les minutes de Me Josset, successeur de Sylvain Ballot (en exercice du 21 mars 4719 au

17 décembre 1750), en vue de retrouver la constitution de cette rente, n'ont donné aucun résultat.

(2) Dominique- Je an Gamuset, en exercice du 24 avril 1728 au 27 novembre 1748. L'acte a été retrouvé chez M0 Alex. Constantin, successeur de Gamuset (voir plus haut, p. 203).

(3) Claude-Louis Robineau, en exercice du 19 janvier 1735 au

18 avril 1749; il succédait, comme on le verra quelques lignes plus loin, à Me Jean-François Maultrot, en exercice depuis le 10 février 1705.

desquels, datte du quinze juin XVIIe quarante, ils l'ont retenu pour danser dans les ballets et divertissements qui seroient exécuté devant S. M., aux appointemens de six cent livres, dans les états des Menus Plaisirs de la Chambre du roy ;

Par le second, du seize mars XVIIe quarante-sept, ils luy [ont] accordé une pension de six cent livres d'augmentation sur les Menus Plaisirs; ces deux brevets inventoriés l'un comme l'autre. . . . trois

It., trente-cinq pièces :

La première est expédition d'un bail passé devant Me Felize, notaire à Paris (1), le trois aoust XVIIe cinquante-un, à ladite demoiselle Salle, de l'appartement et lieux qu'elle occupoit, où elle 'est décédée; ledit bail et sous-bail à elle fait par sieur Denis de La Noue, marchand de vin, en qualité de principal locataire de ladite maison, appartenant à M. de Boullogne, intendant des finances, suivant le bail passé devant M* Daoust, notaire à Paris (2), le vingt-trois février XVIIe cent cinquante, pour cinq années neuf mois, commencé au premier juillet XVIIe cinquante-un, sur le pied de six cent cinquante livres par an; la deuxième est un état, signé de M. de Boulogne en date du neuf juillet XVIIe cinquante-quatre, delà boiserie que ladite demoiselle Salle a fait mettre dans ledit appartement; les autres sont quittances de loyer, dont la dernière est pour le quartier écheu le premier avril dernier, lesdites pièces cottées et paraphées par première et dernière, inventoriées sur les deux premières et sur la dernière quatre

Item, deux quittances pour la capitation de ladite

(1) Jacques Félize, en exercice du 18 avril 1749 au 10 aoûti

(2) Pierre-Nicolas d'Aoust, en exercice du 9 novembre 1730 i

au 2 août 1755.

demoiselle et de sa domestique pour les années XVIIe cinquante-quatre et XVIIe cinquante-cinq, inventoriées l'une comme l'autre. cinq

Déclare la demoiselle Wick que, depuis le décès de la demoiselle Salle, elle a fait plusieurs payements à l'acquit de la succession, tant avec les deniers qui luy ont été remis lors de l'apposition des scellés que de ses propres deniers, et nottamment pour frais funéraires, pour un quartier de loyer, un billet de cinq cent livres qui étoient dues à M. Rausnay, curé de Saint-Germainl'Auxerrois (1), et douze cent livres au sieur Marlot, chirurgien de la deffunte, pour sa peine et soins auprès de la deffunte, singulièrement pendant six mois dans sa dernière maladie, conformément à ce que la deffunte l'a réglé verballement, et a signé

Wick.

Ce fait, et après avoir vaqué de deux heures à huit heures par double vacation, on confie le tout a la demoiselle Wick, qui s'en charge, pour en Paire la représentation quand et à qui il appartienira. Suivent les signatures des notaire et substi- ;ut, et de la légataire.

Les scellés ajoutent qu'il sera « incessamment Drocédé à la vente et adjudication des meubles meu- )lans, habits, linge et hardes, bijoux et effets inventoriés par led. inventaire »; mais les Annonces,

(1) Le curé Rausnay dont il s'agit ici était curé de Saint-Gernain-1'Auxerrois dès 1752 : témoin l'extrait de baptême de la emme de J.-Ph. Rameau, donné par lui le 6 mai de cette jinée. Il n'était pas encore curé de cette église en 1732, le 5 novembre (acte de naissance de la fille de Rameau). Voir La uAurencie, Mercure musical, juin 1907, p. 544 et 546.

Affiches et Avis divers de Paris n'ont donné aucune annonce de cette vente, et les anciens répertoires du notaire ne contiennent aucune mention de lai liquidation de la succession Marie Salle.

La dernière des quittances des officiers ministériels inscrites à la suite du procès-verbal des scellés, est celle du procureur au Châtelet Louis Mallet à François-Jean Sirebeau : elle date du 15 avril 1757, et marque vraisemblablement la fin de la procédure.

On a vu, par le passage de ses Mémoires où le duc de Luynes fait mention de la mort de Mlle Salle, que la pension de la danseuse avait été donnée àa celle que son talent et sa manière désignaient lei mieux pour cette succession : Mlle Puvignée la jeune. Il restait néanmoins à Rébecca Wick une somme importante à recevoir sur les 1,200 livres annuelles pour lesquelles son amie figurait à Y « état des gratifications et récompenses » de la Maison du roi; aussi fit-elle parvenir à Papillon de La Ferté, intendant des Menus, une requête en vue d'être employée, à titre de légataire universelle, sur les états de 1756, pour la pension de Mlle Salle, et de se faire délivrer un mandement de décompte sur les pre miers fonds : soit 690 livres, pour la période à compter du 1er janvier au 27 juillet, jour du décès (1).

On lui accorda 600 livres, qui durent lui être remises assez tard, l'année suivante, car on la voi

(1) Archives nationales, O1 2999, 3e liasse.

alors multiplier les démarches pour obtenir les 90 livres de complément. Le 16 décembre 1757, elle écrit de nouveau à l'intendant des Menus une lettre qui nous est parvenue et qui montre l'importance qu'elle attachait à cette petite somme : privée des revenus viagers de Mlle Salle, elle se trouvait sans doute alors dans une situation des plus modestes, et c'est ce qui explique l'insistance qu'elle mettait à réclamer ce qui lui restait dû, par la lettre qu'on va lire.

Monsieur,

Sans le dérangement de ma santé, je me serez transporté moy-même chez vous pour avoir l'honneur de vous supplié de me faire encore expédier un mandement, pour que je ne soit pas privé de ce qui me reste encore dû jusqu'au jour du décès de Mlle Salle, qui consiste dans la somme de 90 1. que Monsieur de Fonpertuis a eu la bonté de me faire dire par Mlle Lany que je serez payé. J'ose me flatter, Monsieur, que vous ne vouderiez pas vous y opposer. Ma demande est juste, est votre caractère est l'équitté. Mil pardons de vous tant importuné, mais toute petite qu'ay la somme, elle me fera grand plaisir.

J'ay l'honneur d'être,

Monsieur,

Votre très humble

servante

Wick.

Ce 16 Xbre 1757.

La requête fut admise, et Rébecca Wick reçut même plus qu'elle ne demandait. En effet, sa lettre

porte en surcharge cette annotation, de la main d'un des gentilshommes de la chambre : « Payé 100 L, faisant avec 600 1., 700 1.5 pour un arrérage de 1,200 1.9 jusqu'au jour de la mort de la Dlle Salle » (1).

Et c'est le dernier document où figure le nom de la danseuse...

(1) Archives nationales, O1 2999, 3e liasse. — A l'appui de cette lettre, Mlle Wick adressait à l'intendant des Menus la. copie de l'acte de décès de Mlle Salle qui a été reproduite plus haut.

Mlle Salle était sans doute bien détachée déjà des choses du théâtre, quand elle reçut, en 1754, l'excellent petit livre où Gahusac rendait justice à son talent et à ses efforts en vue de régénérer la danse. Ce qu'avait dit l'auteur de la Danse ancienne et moderne, Noverre devait le reprendre avec plus de force et d'autorité, une vingtaine d'années plus tard, dans ses Lettres sur les arts imitateurs, en même temps qu'il devait essayer de réaliser à la scène, au grand scandale des « gothiques » de l'Opéra, les idées de Mlle Salle sur les ballets intrigués et le costume théâtral. Aussi est-ce beaucoup à Noverre et à Cahusac, à Voltaire également pour une part, que la rivale de la Camargo doit de ne pas avoir vu son nom perdre toute signification, sinon sombrer complètement dans l'oubli.

Le dix-neuvième siècle, toutefois, ne s'est pas montré bien empressé à lui rendre justice. Castili Blaze, Arsène Houssaye, Emile Deschanel, et tous ceux qui se sont bornés à ressasser sur les artistes du dix-huitième siècle d'absurdes légendes et des anecdotes sans fondement, n'avaient guère retenu qu'une chose, en ce qui concerne Mlle Salle; on a deviné laquelle et qu'ils ne se sont pas tenus d'en

rire agréablement. Saintine a donné le nom de la danseuse à une inepte comédie en deux actes, mêlée de couplets, où Ton voit Mlle Salle courtisée par un ambassadeur hollandais, enlevée par un petit-maître, envoyée à Londres en mission diplomatique, bernant un premier ministre et concluant un traité de commerce entre la France et l'Angleterre; et quant à Scribe, il Ta mise en scène dans un ballet, intitulé Manon Lescaut (musique d'Halévy), où elle vient danser une entrée en compagnie de Mlle Petitpas, — laquelle était, d'ailleurs, une chanteuse, — toutes deux habillées, dit le livret, « en naïades indifférentes » (1).

En ces dernières années, on a montré plus de réserve et plus de désir aussi de parler en connaissance de cause : MM. Adolphe Jullien et Charles Malherbe, quand ils ont eu à écrire le nom de Mlle Salle, Font accompagné d'une courte notice, mais exacte, et de quelques considérations sur son talent empruntées aux bonnes sources; et, tout récemment enfin, M. Arthur Pougin esquissait pour la première fois une biographie succincte de la danseuse, uniquement tirée de documents imprimé^ — et par suite incomplète et inexacte sur certains points, — mais où le rôle de l'artiste et sa place dans l'histoire du théâtre n'en sont pas moins

(1) Le ballet d'Halévy fut représenté à l'Opéra, le 30 avril 1830: la comédie de Saintine, Bayard et Dumanoir, au Palais- Royal, le 29 juin 1841, et c'est Déjazet qui y jouait le rôle de Mlle Salle.

très nettement définis et très justement appréciés. Après tout ce qu'ont dit d'elle les contemporains, après les témoignages d'admiration qu'ils lui ont prodigués, dit M. Arthur Pougin, « il peut sembler singulier qu'on se soit, dans la suite, si peu occupé de Mlle Salle, alors que chroniqueurs, annalistes, écrivains de toute sorte et jusqu'aux vaudevillistes qui l'ont mise en scène à plusieurs reprises, n'ont cessé d'entretenir le public de la Camargo et de lui faire comme une auréole de gloire. Il y a là une de ces injustices qui ne sont pas rares dans l'histoire de l'art et dont on pourrait citer de trop nombreux exemples. Et cependant, à bien comparer ce qui, au temps de leurs succès, fut écrit à l'égard de l'une et de l'autre, si l'on veut aussi se rendre compte des aptitudes et des visées personnelles de Mlle Salle, je crois volontiers que l'on pourrait établir entre elles une différence, et dire que la Camargo était une danseuse, tandis que Mlle Salle était une artiste, ce qui n'enlèverait d'ailleurs à la première aucun de ses mérites.

« J'ajouterai que Mlle Salle me paraît même jne manière de grande artiste et qu'elle méritait Tiieux que l'oubli dont son nom est resté à tort mveloppé. Pourtant, je le répète, nul, depuis près le deux siècles, ne s'est occupé d'elle d'une façon m peu sérieuse et suivie; nul n'a songé à la émettre en lumière, à lui marquer sa place, et je mis assurer que les renseignements que j'ai grou-

pés ici à son sujet l'ont été pour la première fois » (1).

On n'avait pas attendu ces observations pour recueillir sur Mlle Salle les documents inédits qui ont permis de consacrer à cette grande artiste oubliée la biographie critique à laquelle elle avait droit. Sans doute, cette biographie est semée de lacunes difficiles à combler et d'hypothèses malaisées à résoudre dans l'état de nos connaissances; mais pourquoi vouloir tout dire, et ne peut-on pas faire œuvre de bonne « réhabilitation » artistique sans prétendre apporter le dernier mot sur toutes les questions?

(1) Un Ténor de l'Opéra au dix-huitième siècle Pierre Jélyotee les artistes de son temps (Paris, 1905, in-8», p. 147).

INDEX CHRONOLOGIQUE DES CRÉATIONS DE Mlle SALLE ET DES DATES PRINCIPALES DE SA BIOGRAPHIE

Naissance de Mlle Salle.

Foire Saint-Laurent. — Débuts à Paris : la Princesse de Carisme (entrée avec son frère).

10 juillet. — Apparition à l'Opéra, dans les Fêtes vénitiennes (?).

Foire Saint-Germain. — Arlequin-Deucalion. — Une Grâce (entrée avec son frère).

Foire Saint-Germain. — Le Claperman. — Troupe de villageoises conduites par Mlle Salle.

Foire Saint-Laurent. — La Conquête de la Toison d'or. — Une Thessalienne (entrée avec son frère).

Octobre. — Départ pour l'Angleterre.

23 octobre. — Débuts à Lincoln's Inn Fields (1).

18 avril. — Benefts de Mlle Salle et de son frère. — Ils renouvellent leur engagement pour une seconde saison.

6 avril. — Benefit de Mlle Salle.

14 avril. — Benefit du frère de la danseuse.

Mlle Salle rentre en France.

14 septembre. — Débuts à l'Opéra. — Les Amours des

dieux. — IIIe entrée : une Bergère (pas de deux

avec D. Dumoulin) (2).

11 novembre. — Boland. — Acte II : Amans contens

(entrée seule) ; — acte III : Peuple de Catay (dans le

chœur dansant) (3) ; — acte V : Suite de Logistille

(pas de deux avec Mlle Prévost).

(1) Le détail des représentations a été donné, p. 18 et suiv.

(2) Sur le livret, elle est portée comme devant exécuter une entrée seule; mais on sait par le Mercure, qu'elle remplaça Mlle Prévost souffrante, dans le pas de deux que celle-ci devait danser avec D. Dumoulin.

(3) On désignera ainsi les entrées dans lesquelles Mlle Salle figure non pas en vedette (soit seule, soit avec un autre danseur ou une autre danseuse), mais confondue dans le corps de ballet; ceci est tout exceptionnel et ne se rencontre que pendant les premières années de la danseuse à l'Opéra.

17 février. — Orion. —Acte IV : une Nymphe de Diane (dans le chœur dansant).

10 mars. — A la cour : M. de Pourceaugnac, avec les Comédiens-Français (pas de détail des divertissements) (1).

6 avril. — Bellérophon. — Acte IV : une Paysanne (pas de deux avec P. Dumoulin).

25 mai. — Hijpermnestre. — Prologue : une Naïade (pas de trois avec Mlles Camargo et Petit); — acte III : une Bergère héroïque (pas de deux avec D. Dumoulin) (2); — acte IV : Jeunes gens (entrée seule) (3).

20 juillet. — La Princesse d'Élide. — Prologue : une Grâce suivante de Vénus (pas de trois avec Mlles Thybert et Petit); — acte Ier : une Bergère (pas de deux avec Mlle Prévost) ; — acte III : une Indienne (entrée seule).

7 septembre. — Les Amours de Protée. — Prologue : Suite de l'Amour volage (entrée seule); — acte II : une Bergère (pas de deux avec D. Dumoulin).

19 octobre. — Tarsis et Zélie. — Prologue : Jeux et

Plaisirs (entrée seule) ; — acte III : Suite de la Sibylle

delphique (dans le chœur dansant).

30 novembre. — Alceste. — Acte V : une Bergère

(entrée seule).

22 décembre. — A la cour : la Princesse d'Élide. —

Divertissements variés (4).

(1) Le 4 mai suivant, on donne à l'Opéra Roland, avec les intermèdes exécutés à la cour le 10 mars (Ms. Parfait).

(2) D'après le livret, c'est Mlle Prévost qui devait danser ce pas de deux, et non Dumoulin, comme le dit le Ms. Parfait.

(3) Une passacaille, dit Parfait.

(4) Elle danse : un air pour une des Grâces ; le deuxième rigaudon; un loure avec Mlles Prévost et Camargo; une gigue avec Mlle Camargo; une entrée de noce avec Laval (Mercure).

17 février. — Après Alceste : les Caractères de la danse

(avec Laval) (1).

3 mars. — Tancrède. — Prologue : une Suivante de la

Paix (entrée seule); — acte Ier : une Magicienne

(pas de deux avec Mlle Camargo).

8 mars. — A la cour : les Caractères de la danse (avec Laval).

23 mars. — A la cour : le Bourgeois gentilhomme. — Divertissements variés (avec Mlles Prévost et Camargo).

19 juillet. — Les Nouvaux Fragmens. — Prologue : la Jeunesse (entrée seule); — IIIe entrée : une Pellerine (pas de deux avec Laval).

9 août. — Les Amours des déesses. — IIe entrée : une Bergère (entrée seule); — IIIe entrée : une Élève de Terpsichore (pas de trois avec Mlle Mariette).

25 août. — Les Amours des déesses. — Nouvelle entrée :

Flore (pas de deux avec Laval).

13 septembre. — Hésione. — Acte II : un Plaisir (entrée

seule); — acte III : une des Ombres des héros (entrée

seule) .

5 octobre. — A la cour (2) : le Parnasse. — IIe entrée :

la Muse lirique.

29 novembre. — Thésée. — Acte Ier : une Prêtresse de

Minerve (entrée seule) ; — acte II : Vieux et Vieilles

(pas de deux avec P. Dumoulin, et pas de six) (3).

(1) De même les 28 et 30 mars.

(2) Fêtes à l'occasion de la naissance du Dauphin. On donna quelque temps après à l'Opéra ce divertissement composé de fragments d'opéras et de ballets.

(3) Parfait a omis de mentionner cette reprise, dans son Dictionnaire des théâtres.

31 janvier. — A la cour (1) : Pastorale héroïque (entrée seule).

9 février. — La même, à l'Opéra, avec les divertissements de Pourceaugnac.

23 février. — Télémaque.—Acteïl : une Prêtresse (entrée seule) ; acte IV : une Bergère (pas de deux avec Mlle Prévost).

9 mai. — Alcyone. — Acte Ier : une Éolienne (pas de deux avec Laval); — acte IV : une Prêtresse (entrée seule).

13 juillet. — Le Carnaval et la Folie. — Acte Ier : une Suivante de la Jeunesse (entrée seule); — acte IV : une Bergère (pas de deux avec Malter C).

Août. — Rupture avec l'Opéra.

Octobre. — Départ pour Londres.

23 novembre. — Rentrée à Lincoln's Inn Fields (2).

25 mars. — Benefit de Mlle Salle.

Avril. — Retour à Paris.

21 août. — Rentrée à l'Opéra. — Les Fêtes vénitiennes. Acte II : entrée seule et avec D. Dumoulin (3).

4 octobre. —Amadis de Gaule. — Acte II : Démons transformez en bergères (entrée seule); — acte IV : Suivante d'Urgande (entrée seule) (4).

(1) Fête donnée à Versailles en l'honneur des ambassadeurs d'Espagne.

(2) Les représentations ont été énumérées en détail, p 52 et suiy.

(3) Elle ne figure pas au livret pour la reprise faite le 14 juin précédent. Sa rentrée est indiquée par le Mercure et le Ms. Parfait : elle danse une musette, un passe-pied et un pas de deux avec D. Dumoulin, au second acte.

(4) Remplacée dans cette entrée par Mlle Camargo au début de novembre.

15 novembre. — Les Fêtes vénitiennes. — Nouvelle entrée {V Opéra) : une Bergère (entrée seule).

3 janvier. — Callirhoé. — Acte Ier : une Galydonienne

(entrée seule); — acte IV : une Bergère (pas de trois avec Mlle Camargo et D. Dumoulin).

4 mars. — Jephté. — Acte IV : une Bergère (entrée seule).

18 mars. — Jephté. — Acte V remanié : entrée seule (1). Avril. — Portrait de Mlle Salle par Lancret.

5 juin. — Ballet des Sens. — Ire entrée : une Babilonienne (pas de deux avec Laval).

8 juillet. — Ballet des Sens. — IVe [Nouvelle] entrée : une Syrène (entrée seule).

11 septembre — Scylla. — Acte II : Esprits transformez en Plaisirs (entrée seule) ; — acte IV : une Bergère (pas de deux avec Mlle Camargo).

6 novembre. — Byblis. — Acte III : un Songe (entrée seule); — acte IV : Peuples divers (pas de deux avec Laval).

Décembre. — Mlle Salle quitte l'Opéra. — Elle danse au Petit-Luxembourg, dans une fête donnée par le comte de Clermont.

Février. — Elle danse chez le duc de Lorge. Août. — Bruit de ses débuts aux Italiens. Interdiction de M. de Maurepas.

(1) Cet acte ne comportait pas de ballet dans la version originale. C'est le Dictionnaire de Parfait qui indique le remaniement et que Mlle Salle y dansa, avec Javilliers, les deux principales entrées de la « fête d'actions de grâces » terminant la pièce. Cette fête fut supprimée lors des reprises de l'opéra.

21 septembre. — Elle danse au mariage de la fille de

Samuel Bernard avec le président Mole.

16 octobre. — Départ pour Londres.

8 novembre, — Débuts à Covent-Garden (1).

14 février. — Pygmalion, ballet de la composition de

21 mars. — Benefit de Mlle Salle. — Elle renouvelle

son engagement pour une seconde saison.

26 mars. — Bacchus et Ariane, ballet de la composition de Mlle Salle.

8 novembre. — Pastorfido, précédé d'un divertissement nouveau : Terpsichore. — Mlle Salle dans les opéras de Haendel.

16 avril. — Alcina. — Mlle Salle sifflée dans un ballet

de sa composition.

Juin. — Retour à Paris.

23 août. — Rentrée à l'Opéra. — Les Indes galantes :

IIIe entrée : la Rose (entrée seule).

27 octobre. — Scanderberg. — Acte IV : une Italienne (pas de deux avec D. Dumoulin); — acte V : une Odalique (entrée seule).

1er décembre.— Les Fêtes de Thalie. — Nouvelle entrée : une Provençale (entrée seule).

19 janvier. — Thètis et Pelée. — Acte II : l'Amérique

(1) On n'a relevé ici pour ces saisons 1733-1735 que les dates tout à fait capitales. Le détail des représentations a été donné plus haut, p. 141 et suiv.

(pas de deux avec D. Dumoulin); — acte V : une Bergère (entrée seule).

16 février. — Atys. — Acte IV : Suite du fleuve Sangar (entrée seule).

17 mars. — Après les Indes galantes : les Caprices de r Amour (entrée seule).

3 mai. — Les Voyages de V Amour — Acte IV : Jeux et Plaisirs (pas de deux avec D. Dumoulin).

14 juin. — L'Europe galante. — Ve entrée : une Sultane (entrée seule).

23 août. — Les Romans. — IIIe entrée : une Bergère (pas de deux avec D. Dumoulin) (1).

18 octobre. — Les Génies. — IVe entrée : Troupe de masques (pas de deux avec D. Dumoulin).

22 novembre. — Médée et Jason. — Acte III : Amans contens (pas de deux avec D. Dumoulin) ; — acte IV : Fête marine (pas de deux avec Malter III).

14 février. — Persée. — Acte IV : une Éthiopienne

(entrée seule).

9 mai. — Le Triomphe de V harmonie. — Ire entrée : une

Ombre heureuse (pas de deux avec D. Dumoulin). —

IIIe entrée : Sauvages (entrée seule). 18 juin. — Les Amours des dieux. — IIe entrée * une

Bergère (pas de deux avec D. Dumoulin). 22 août. — Cadmus et Hermione. — Acte II : une Statue

(pas de deux avec D. Dumoulin).

27 septembre. — Les Élémens, divertissement (pas de

six).

24 octobre. — Castor et Pollux. —Acte II : Hébé (entrée

(1) Cette IIIe entrée devint ensuite la première; et la Ire fut donnée à la place de la IIIe.

seule); — acte IV : une Ombre heureuse (pas de deux avec D. Dumoulin).

7 janvier. — Atys. — Acte IV : une Nayade (entrée seule).

15 avril. — Les Caractères de V Amour. — Prologue : Amans contens (pas de deux avec D. Dumoulin, puis pas de cinq). — Ire entrée : une Villageoise (entrée seule).

29 mai. — Le Ballet de la Paix. — IIIe entrée : une Bergère (pas de deux avec D. Dumoulin).

23 octobre. — Tancrède. — Acte III : une Nymphe (pas de deux avec D. Dumoulin) (1).

1er janvier. — Les Amours du printemps : Suite de Flore, une Nymphe (entrée seule).

9 janvier. — Après Atys : pas de six des Plaisirs champêtres.

22 janvier. — Alceste. — Acte V : une Bergère (pas de deux avec D. Dumoulin).

21 avril. — Polidore. — Acte III : une Thracienne (entrée seule et pas de deux avec D. Dumoulin).

21 mai. — Les Fêtes d'Hébé ou les Talens liriques. — IIIe entrée : Terpsichore (entrée seule) .

14 juin. — Mlle Salle donne congé verbal.

(1) On a négligé les reprises de plusieurs ballets et opéras donnés Tannée précédente et remis en 1738 sans changements. — Pour la capitation des acteurs, 17 et 22 mars, divertissement de M. de Pourceaugnac et les Plaisirs champêtres, pas de six de Rebel le père. — Le 7 août, Mlle Salle n'est pas de la reprise de le Carnaval et la Folie. — Le 7 novembre, on avait préparé pour Fontainebleau les Amours du printemps, qui lurent donnés à l'Opéra Tannée suivante.

3 septembre. — Zaide, reine de Grenade. — Acte III :

entrée seule.

19 novembre. — Dardanus. — Acte IV : un Songe (pas

de deux avec D. Dumoulin).

17 décembre. — Mlle Salle, qui refuse de danser, reçoit

ordre de rentrer. — Elle donne congé par huissier. 29 décembre. — Elle reparaît dans les Talens liriques.

Janvier. — Portrait de Mlle Salle par Fenouil, gravé par Petit.

26 janvier. — Pyrame et Thisbé. — Acte II : une Égyptienne (pas de deux avec D. Dumoulin).

6 mars. — A la cour : Bazile et Quiterie (divertissement).

17 mars. — Jephté. — Mlle Salle ne danse pas (1).

21 mars. — Les Plaisirs champêtres (pas de six) (2).

23 mars. — A la cour : Acte des Fleurs des Indes galantes. — La Rose (entrée seule).

15 juin. — Retraite de Mlle Salle. Elle est nommée pensionnaire du roi pour ses ballets, aux appointements de 600 livres par an.

22 juin. — A la cour : V Oracle. — Une Statue (avec D. Dumoulin).

Septembre. — Au Salon : portrait de Mlle Salle au pastel par La Tour (Mercure).

(4) C'est Mlle Dallemand qui prend la place de Mlle Salle, au IVe acte.

(2) La danseuse prête son concours à la représentation annuelle au bénéfice des acteurs, .mais cesse de paraître ensuite dans les nouvelles pièces.

Septembre. — Au Salon : même portrait (Mercure et

Livret du Salon).

24 octobre. — Lettre autographe de Mlle Salle à Titon

du Tillet.

23 et 27 février. — A Versailles : La Princesse de Navarre. — Acte II (entrée seule); — acte III (pas de deux avec D. Dumoulin).

26 février. — A Versailles : les Élémens. 1er mars. — A Versailles : Thésée (1).

17 et 24 mars. — A Versailles : Zélindor, roi des Silphes.

— Ier divertissement : une Nymphe (entrée seule). 31 mars. — A Versailles : Platée. — Acte III : Habitans

de la campagne (pas de deux avec D. Dumoulin).

27 novembre. — A Versailles : le Temple de la Gloire. — Acte II : Bergers et Bergères (pas de deux avec D. Dumoulin). — Acte V : Romains et Romaines (entrée seule).

11 décembre. — A Versailles : Jupiter vainqueur des Titans. — Acte IV, IIIe divertissement : Jeux et Plaisirs (entrée seule).

22 décembre. — A Versailles : les Fêtes de Ramire (2).

10 février. — A Versailles : Armide (3).

3 et 10 mars. — A Versailles : Zélisca. — Acte II :

(1) Pour ces deux représentations, pas de détail des divertissements.

(2) Ibid.

(.3) Ibid.

Flore (pas de cinq); — acte III : Bergers et Pâtres (pas de deux avec D. Dumoulin).

17 et 24 mars. — A Versailles : la Félicité. — Ire entrée : Bergers et Bergères (pas de deux avec D. Dumoulin); — IIIe entrée : Nymphes compagnes dHébé (entrée seule).

13 et 22 février. — A Versailles : V Année galante. — IIe entrée : Bergers et Bergères (entrée seule).

1er et 8 mars. — A Versailles : Persée, avec un nouveau prologue. — Prologue : Jeux et Plaisirs (entrée seule)

15 mars. — A Versailles : les Fêtes de V Hymen et dt V Amour. — IIIe entrée (pas de quatre avec Mlles Dal lemand, Le Breton et de Verrière.)

16 mars. — Mlle Salle reçoit un brevet par lequel on porte sa pension à 1,200 livres.

26 janvier. — Testament de Mlle Salle.

28 octobre. — A Fontainebleau : le Sicilien. — IIe divei tissement (entrée seule : une musette et des pass< pieds); — IIIe divertissement (pas de trois avec Ve* tris et Mlle Vestris).

4 novembre. — A Fontainebleau : V Inconnu. — Ve d vertissement : Dame de village (une courante et d< menuets avec Dupré).

7 novembre. — A Fontainebleau : Tyrcis et Doristée (1

(1) Pas de détail de distribution.

23 octobre. — A Fontainebleau : Phaéton. — Prologue une Suivante d'Astrée (entrée seule) (1).

27 juillet. — Mort de Mlle Salle.

(1) Mlle Salle est portée au livret, mais elle ne dansa pas.

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