‹ Mme Bonaparte, 1796-1804Chapitre 18 sur 54 · XVII. — A Joséphine, a Milan · texte numérisé non relu

XVII. — A Joséphine, a Milan

Marmirolo, le 29 messidor, 9 heures soir. (17 juillet 1796.)

Je reçois ta lettre, mon adorable amie^ elle a rempli mon cœur de joie. Je te suis obligé de la peine que tu as prise de me donner de tes nouvelles ; la santé doit être meilleure aujourd'hui., je suis sur que tu es guérie. Je t'engage fort à monter à cheval. Cela ne peut pas manquer de te faire du bien.

Depuis que je t'ai quittée., j'ai toujours été triste. Mon bonheur est d'être près de toi. Sa/fs cesse je repasse dans ma mémoire tes baisers., tes larmes, Ion aimable jalousie ; et les charmes de V incomparable Joséphine allument sans cesse une flamme vive et brûlante dcuis mon cœur et dans mes sens. Quand, libre de toute inquiétude, de toute affaire, pourrai-je passer mes instants près de toi, n'avoir qu'à {aimer et ne penser qu'au plaisir de le le dire et de te le prouver? Je t'enverrai ton cheval, mais j'espère que lu pourras bientôt me rejoindre. Je croyais f aimer, il ij a quelques jours ; mais depuis que je t'ai vue, je sens que je t'aime mille fois plus encore.

Depuis que je te connais, je t'adore tous les jours davantage. Cela prouve combien la maxime de La Bruyère, que V amour vient tout d'un coup, est fausse. Tout dans la nature a un cours et différents degrés d'accroissement. Ah! je~ t'en prie, laisse-moi voir quelques-uns de tes défauts! Sois moins belle, moins gracieuse, moins tendre, moins bonne surtout; ne sois jamais jalouse, ne pleure jamais ; tes larmes m'ôtent la raison, brûlent mon sang. Crois bien quil n'est plus en mon pouvoir d'avoir une pensée qui ne soit pas à toi et une idée qui ne te soit pas soumise. Repose-toi bien ; rétablis ta santé. Viens me rejoindre et au moins qu avant de mourir, nous vuissions dire : nous fûmes tant de jours heureux!

Million de baisers et même à Fortuné malgré sa méchanceté '.

XYIII. — A Joséphine a Milan

Marmirolo, le 3o messidor an IV.

(î8 juillet.)

J'ai passé toute la nuit sous les armes. J'aurais eu Mantoue par un coup hardi et heureux, mais

' Rec. Hortense, I, 4('>, et Robert Hait, 296.

les eaux du lac oiiL subitement baissé, de sorte que ma colonne qui était embarquée n\i pas pu arriver. Je recommence d'une autre manière^ mais cela ne donnera pas des résultats aussi satisfaisants.

Je reçois une lettre cVEugène que je t'envoie. Je te prie d'écrire de ma part à ces aimables enfants et de leur envoyer quelques bijoux. Assure-les bien que je les aime comme mes enfants. Ce qui est à toi oh à moi se confond tellement dans mon cœur qu'il ny a aucune différence.

Je suis fort inquiet de savoir comment tu le portes, ce que tu fais. J'ai été dans le village de Virgile, sur les bords du lac, au clair argentin de la lune et pas un instant sans songer à Joséphine !

L'ennemi a fait, le 28, une sortie générale; il nous a tué ou blessé deux cents hommes. lien a perdu cinq cents, en rentrant avec précipitation.

Je me porte bien, je suis tout à Joséphine et je n'ai de plaisir et de bonheur que clans sa société.

Trois régiments napolitains sont arrivés a Brescia : ils se sont séparés de Varmée autrichienne en conséquence de la convention qui a été conclue avec M. Pi<j;natelli.

J'ai perdu ma tabatière. Je te prie de m'en choisir une un peu plate et d'y faire écrire quelque chose de joli dessus avec tes cheveux.

Mille baisers aussi brûlants que tu es froide. Amour sans bornes et fidélité à toute épreuve.

Avant que Joseph ne pa/-te,Je désire luiparler \

Page 1