XXV. — A Joséphine
Ala, le 17 fructidor an IV.
(j septembre.)
Nous sommes en pleine campagne, mon adorable amie; nous avons ctilbutc les postes ennemis. Nous leur avons pris hait ou dix chevaux avec un pareil nombre de cavaliers. La troupe est très gaie et bien disposée. J'espère que nous ferons de bonnes affaires et que nous entrerons dans Trente le 19.
Point de lettres de toi. Cela m'inquiète vraiment ; Von ni assure pourtant que tu te portes bien et que même tu as été te promener au lac de Côme. J'attends tous les jours et avec impatience le courrier oii lu m'apprendras de tes nouvelles. Tu sais combien elles me sont chères. Je ne vis pas loin de toi. Le bonheur de la vie est près de ma douce Joséphine. Pense à moi, écrismoi souvent.^ bien souvent. C'est le seul remède à l'absence ; elle est cruelle, mais sera., je l'espère., momentanée \
' Rec. Horlense, I, 68.
Pour rendre compte des sentiments de Joséphine à cette date,
Le 19, il est entré à Trente; et après avoir
trois lettres, écrites à Barras, à sa fille et à sa tante Renaudin-Beauharnais, méritent d'être mises en parallèle des lettres de Bonaparte.
A Barras,
(( Milan, ce 18 fructidor, an IV.
« Le citoyen Serbelloni, chez lequel je loge à Milan, part pour Paris, mon excellent ami : je vous le récommande bien chaudement. C'est un ami décidé de la Liberté! Je lui suis aussi très attachée. J'espère que ces titres lui vaudront un accueil amical. Je n'en doute point. Vous le connaissez déjà. Il retourne à Paris, reprendre sa mission.
« Mon mari est parti depuis six jours pour Raienne et de là, dans le Tyrol. J'attends bientôt de ses nouvelles. J'espère qu'elle^ seront aussi bonnes que je les désire. Rappelez-moi au souvenir de ma petite M"^ Tallien. Je ne reçois pas de lettres d'elle, cela me rend bien triste. Dites-lui bien que M. Serbelloni est chargé de lui présenter de ma part une pièce de crêpe et des chapeaux de paille de Florence ; pour le déjeuner de son mari, des saucissons et du fromage et pour Thermidor ' du corail. Je n'écris pas à ma petite parce que M. Serbelloni part dans l'instant. Embrassez-la pour moi bien tendrement. Adieu, mon cher Barras ; croyez-moi, avec les sentiments de la plus tendre amitié, votre amie,
« L.v Pagerie Bonaparte.
I' M. Serbelloni veut bien se charger de vous remettre de ma part une caisse de liqueurs de Turin.
" Mille amitiés à Bottot, com'plinients à Victor et Raimond*. " J'embrasse Tallien. »
(LuMBROSO, Miscell. Xapol.. V, 230).
A. HORTE>SE,
chez J/""* Campan, à Saint-Germain.
« A Milan, ce 20 fructidor, an IV.
(( M. le duc de Serbelloni part pour l'instant dans Paris et m'a promis, ma chère Hortense, d'aller le surlendemain de son arrivée à Saint-Germain. Il te dira combien je parle de toi, combien je pense à toi et combien je t'aime. Eugène partage avec toi ces
' IJu'on appela ensuite Josépliine et qui épousa M. de Narbonne Pelet. • Le secrétaire et les deux aides de camp do Barras.
campé à Borgo di \a\ Sugana, et à Gismone, il
sentiments, ma chère fille ; je vous aime tous les deux à l'adoration.
« M. Serbelloni te remettra de la part de Bonaparte et de la mienne de petits souvenirs pour toi, Emilie', Eugène et Jérôme.
« Fais mille âniitiés à M""" Campan : je compte lui envoyer une collection de belles gravures et de beaux dessins d'Italie.
« Embrasse pour moi mon cher Eugène, Emilie et Jérôme. Adieu, ma chère Hortense, ma chère fille: pense souvent à ta maman, écris-lui souvent ; tes lettres et celles de ton frère la consolent d'être éloignée de ses chers enfants. Adieu encore, je t'embrasse bien tendrement. »
(Rec. Hortense, II, 211.)
A M'"» DK BEAUHAR^•AIs (Renaudin)
« 20 fructidor.
« M. Serbelloni vous fera part, ma chère tante, de la façon dont j'ai été reçue en Italie. Fêtée partout où j'ai passé, tous les princes d'Italie me donnaient des fêtés, même le grand-duc de Toscane, frère de l'Empereur. Eh bien! je préfère être simple particulière en France. Je n'aime point les honneurs de ce pays-ci. Je m'ennuie beaucoup. Il est vrai que ma santé contribue à me rendre triste. Je suis souvent incommodée. Si le bonheur devait procurer la santé, je devrais me bien porter. J'ai le mari le plus aimable qu'il soit possible de rencontrer. Je n'ai pas le temps de rien désirer. Mes volontés sont les siennes. Il est toute la journée en admiration devant moi, comme si j'étais une divinité. Il est impossible d'être meilleur mari. M. Serbelloni vous dira combien je suis aimée. Il écrit souvent à mes enfants; il les aime beaucoup. Il envoie à Hortense, par M. Serbelloni, une belle montre à répétition émaillée et entourée de perles fines, à Eugène une belle montre en or.
« Je vous prie de dire à M. Benjamin, qu'il n'est pas possible de l'employer dans ce moment à l'armée comme fournisseur. On garde des anciens qui y sont. Si je trouve une place qui lui convienne, je le préviendrai.
(( Ecrivez à ma tante". Dites-lui qu'elle mande à M. Calmelet de lui donner de ma terre tout ce qu'elle aura besoin. J'embrasse mon papa de tout mon c(pur. Mille amitiés à votre société. Adieu ma chère tante, ma chère maman, croyez à mes tendres sentiments. Je tâcherai de vous faire passer un peu d'argent pour ce que vous m'avez demandé par la première occasion. »
< M"' de bcauharuais, plus tard M"'" Lavallelle.
- M"» Tliériise de Tascher, restée k La Pagerie, près de la Ferlé-boauliamais.
livre le 23 fructidor (9 septembre) la bataille de Bassano. Le 24, il est à Montebello.