DILECT.E IN CHRISTO FILLE
ViGTORLE Bonaparte
pour accréditer près d'elle, comme ablégat, Georgium ah Aai'ia, intimuin ciibiciilarium iwstrum, chargé de porter le chapeau à Boisgelin, Belloy, Gambacérès et Fesch promus cardinaux de la Sainte-Eglise ! Le Pape n'a pu imaginer que F.épouse du Premier Consul se nommât simplement Joséphine, il l'a baptisée Victoire et cela sied à la femme de Napoléon. Dans cette croyance, le Pape persistera, si bien que, dans un document postérieur de deux années (4 juin 1804), accréditant près de l'Empereur le cardinal Caprara, légat du Saint-Siège, il s'adresse dans les formes protocolaires
CÂRISSIM.E IN CHIUSTO FILLE NOSTH.E
VlCTOlU.E
GALLORUM OIPERATRICL
Quel rêve et quelle ascension ! A présent, où qu'il aille, il l'emmène, à Saint-Cyr ou aux Invalides ; elle est de toutes les promenades, elle est de tous les voyages.
Ah ! Ces voyages, quelle trace lumineuse ils laissent dans l'esprit, dans les yeux même des provinciaux qui, en la personne du Premier Consul et de M*"*^ Bonaparte, croient voir la Révolution achevée, le luxe et l'ordre revenus.
un roi et une reine ressuscites d'entre les morts.
Il semble que ce soit pourcélébrer le troisième anniversaire de la révolution qu'on se met en route pour Rouen le 6 brumaire an XI (26 octobre 1802) à six heures du matin.
Le Consul aura pour escorte à Rouen les gendarmes de la garde consulaire, les hussards rouges et les grenadiers à cheval, mais le grand succès sera pour les mamelueks tout nouvellement créés ; pour Bonaparte, il part de Saint- Gloud à bidet, suivi de son courrier favori Moustache. Arrivé à Mantes, il lui vient le désir de visiter le champ de bataille d'Ivry. Il s'y arrête longtemps, ordonne le rétablissement de Tobélisque élevé jadis à l'endroit où Henri IV s'est reposé après la bataille ; mais il met une inscription de son cru sur la quatrième face de l'obélisque et la voici :
Les malheurs éprouvés par la France à V époque de la Bataille d'Ivry étaient le résultat de V appel fait par les différents partis aux nations espagnole et anglaise. Toute famille, tout parti, qui appelle les puissances étrangères à son secours^ a mérité et méritera dans la postérité la plus reculée la malédiction du peuple français.
Vers les cinq heures du soir, il arrive à Evreùx
OÙ vingt petites demoiselles, dont la plus âgée a douze ans, offrent des vers à M""" Bonaparte. A Louviers, le lendemain, visite des manufactures, puis aux forges de Romilly, puis à Rouen où il arrive à trois heures. Le lendemain, il entend la messe de l'archevêque Cambacérès. En rentrant dans son cabinet il dit à Ghaptal, le ministre de l'Intérieur : « Cet homme ne m'a pas fait les honneurs qu'on rend aux souverains, il ne m'a pas offert la patène à baiser : ce n'est pas que je ne me moque de sa patène, mais je veux qu'on rende à César ce qu'on doit à César. » Le ministre rentre dans le salon, y trouve l'archevêque auquel il rapporte ce qu'a dit le Consul. L'archevêque répond qu'il a fait tout ce que prescrivent les livres en pareil cas ; mais Bonaparte ne se contente pas avec cette excuse. Il écrit au consul Cambacérès le 9 brumaire : « M. l'Archevêque qui-est fort aimé et estimé ici a bien voulu nous dire une messe, mais il ne nous a donné ni eau bénite ni oraison. Nous prendrons notre revanche demain qui est la Toussaint. »
A chaque sortie il est escorté par une garde d'honneur à cheval, composée des jeunes gens de la ville qui l'accompagnent dans toutes ses
courses. Uniforme simple : habit, gilet et pantalon en drap gros bleu, boutons jaunes, ceinture en taffetas de couleur serin, chapeau à la française. M™" Bonaparte est de tout : Lors de la réception des corps constitués que Bonaparte debout prolonge durant six heures, « tous ces corps, dit le Moniteur, ont été présentés à M""® Bonaparte et lui ont exprimé avec ce tact tout particulier à la nation les sentiments qui les animent. Ils en ont été reçus avec cette amabilité et cette douceur qui distinguent la personne à laquelle leurs hommages étaient adressés. » Les discours adre^és à M"'' Bonaparte par le préfet, par le maire, par l'archevêque et par les autres, tous les autres personnages de la ville, sont publiés au Mo/z^Vew/' qui enregistre le présent qui lui a été fait par le corps municipal, comme à la reine : quarante boîtes de confitures sèches et quarante bouteilles de vin. Gela seul dit le ton où l'on est : « Le courrier part, écrit Joséphine à sa fille, je n'ai que le temps de t'embrasser, ainsi que ton mari et mon petit-fils, de tout mon cœur. Nous nous portons tous bien, la joie est générale à Rouen ; tous les habitants sont sous les fenêtres de Bonaparte depuis son arrivée et veulent à chaque instant le voir. Ils ne savent de
quel nom le nommer, cela tient vraiment du délire. Je t'envoie une chanson qu'on chante dans les rues... Adieu, on me demande ma lettre. Bonaparte et Eugène t'embrassent et ta mère t'aime de tout son cœur. »
Et ce n'est point parce que, partout où il va, il distribue avec tact de l'argent :ici 12000 francs à la municipalité, pour les pauvres, 12000 francs à un sieur Biard pour Finvention d'un nouveau procédé de tissage, une journée de paye aux ouvriers des fabriques qu'il visite : navires, velours, toiles peintes, filatures, teintures, draperies, apprêteurs ou fondeurs, dépensant ainsi 65 5oo francs en deux jours. C'est qu'il est soulevé par l'enthousiasme du peuple, qui, pour la première fois depuis des siècles, se sent compris par l'homme qui gouverne. A Caudebec, où il s'arrête pour déjeuner, le maire lui présente un enfant de la ville, un nommé Roussel, caporal au 24'' de ligne, qui a reçu un sabre d'honneur pour sa conduite, à Marengo et qui demande à monter la garde à la porte de son général : Accordé, mais, au moment du déjeuner, Roussel est invité à prendre place près de ]\lme Bonaparte. Partout où il mange, les titulaires d'armes d'honneur sont invités à sa table : ce
sont des soldats et cela se sait. « J'ai fait ma route, écrit-il du Havre à Gambacérès, au milieu d'une population immense, obligé de m'arrêter à chaque pas. Il est difficile de se faire une idée des sentiments que j'ai recueillis sur mon passage. Dans tous les villages, à la porte des églises, les prêtres, le dais dehors, entourés d'une grande foule, chantaient des cantiques et jetaient de l'encens. »
Certaines scènes émouvaient profondément les paysans normands ainsi, sur la route de traverse du Havre à Dieppe, quand les voitures doivent marcher au pas, « les habitants des villages environnant le suivent sur tout son passage et souvent lient conversation avec lui ». A Dieppe, les petites filles de la ville viennent lui apporter un bouquet. Herminie Flouet a l'importante mission de le remettre, Joséphine le reçoit et attache un bracelet au bras de la petite qui, aussitôt, tend son autre bras. Et Joséphine, en riant, détache un bracelet de son bras à elle et le passe à Tenfant. « Madame, vous vous dépouillez, » lui dit M""" de Lucay. C'est à intérêt.
Et, de même, quand elle accueille les jeunes filles de Bcauvais qui lui présentent l'étendard
de Jeanne Hachette : « Celui, disent-elles, qu'elle enleva au plus brave capitaine du duc de Bourgop^ne ; celui que nous conservons depuis trois siècles; celui que nous portons tous les ans en triomphe à l'anniversaire du jour le plus glorieux pour nous jusqu'au 22 brumaire. » Elles demandent que « la compagne chérie de leur auguste père daigne obtenir de son auguste époux leurs antiques privilèges » qu'atteste « cet honorable monument de la vaillance de leur sexe ». Il est bien entendu que les privilèges que le préfet et le maire ont permis de réclamer sont rétablis, mais il y a façon et façon et la grâce qu'y porte Joséphine en double l'agrément.
Presque partout sont offerts en leur forme ancienne les présents des villes : On a vu Rouen et voici Gournay-en-Bray qui offre d'abord un panier de quarante bouteilles du meilleur vin de Bourgogne « orné d'un drap vert et auj;res agréments », un second panier de cinquante livres de beurre, « cette production exquise de notre territoire », un panier de fromages et une corbeille de fleurs destinée à M'°® Bonaparte qui accompagne le Premier Consul. Cela fait une délibération (i4 novembre) au registre du conseil municipal et nul ne s'étonne de trouver là, au milieu
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des temps nouveaux, cet écho des âges anciens.
Et le canon annonce, le 23 brumaire au soir, le retour du Premier Consul qui est arrivé à Çaint-Gloud à sept heures et demie. Comparez ce retour de Rouen au retour de Marengo et jugez le chemin parcouru. Jusque dans les caractères d'impression, se marque l'obséquiosité. Désormais, lorsqueleMoAu7e«/' évoquele Premier Consul, c'est en petites capitales : jadis faisaitil ainsi pour sa majesté.
Au retour de cette excursion en Normandie qui a duré seize jours tous les Corps de l'Etat viennent à Saint-Cloud féliciter le Premier Consul sur son voyage et rendre ensuite leurs hommages à M"'" Bonaparte. Elle est maintenant, et dès ce jour, associée à la quasi-souverainelé qu'exerc-e son mari. Le dimanche 3o brumaire (21 novembre), une députation de six départements de la 2^*^ division est présentée au Premier Consul ; elle se porte ensuite près de M""" Bonaparte et lui adresse un discours pour l'inviter personnellement à visiter la Belgique.
Tout prend, de plus en plus, un air royal. Les préfets du palais et les aides de camp accompagnent partout le Consul; partout les dames nouvellement nommées suivent M""® Bonajiarte.
36o MADAME BONAPARTE
Le Consul mange seul avec sa femme ; deux fois par semaine il daigne recevoir à dîner les membres du gouvernement. Les autres jours, s'il invite une des dames, c'est une faveur insigne. Le dimanche, les membres des grands Corps de l'État arrivent à Saint-Cloud pour la messe. Ils sont tous en costume. Ils voient toute la cour défiler deux à deux et, des fenêtres qui donnent sur la chapelle, écoutent la messe qui « ressemble à un fort beau concert ». Le Premier Consul y garde l'attitude militaire, debout et bras croisés. Joséphine, agenouillée, prend les façons qui font le mieux valoir la grâce de son corps et s'effondre en piété, car elle met à tout de la grâce, même en se couchant.
Les grandes parades qui ont eu lieu jusque-là le quintidi, sont remises au dimanche et l'affluence y est à l'infini ; « il dîne beaucoup de beau monde des deux sexes, toute la diplomatie et des diamants à profusion » ; vingt-quatre dames dont seulement trois étrangères. Le i8 ont lieu les présentations des dames étrangères : chaque fois une vingtaine, présentées par l'ambassadeur ou l'ambassadrice de son pays : car il n'y a en ce moment à Paris que deux ambassadrices : M""" de Gallo pour Xaples et M""" de Lucchesini pour
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la Prusse. Pour les Françaises subsistent les présentations du matin. Ainsi, quand Bigarré est admis dans la garde, M""^ Bonaparte demande qui est sa femme. Elle apprend qu'elle est M"" Rapinat; elle Ta fort connue chez son oncle le directeur Rewbell, au temps où il avait été question de marier Horteiise avec le fils de Rewbell. Sur son invitation, Bigarré et sa femme vont le matin à Saint-Gloud. Joséphine vient audevant d'eux, demande des nouvelles de père, mère, oncle, tante, fait appeler Hortense pour lui donner occasion de voir une ancienne amie, invite le ménage à assister au spectacle et les voilà conquis. Ce sont ces façons-là oii elle met toute son adresse et son amabilité qui lui concilient des cœurs que sa brusque élévation rendrait peut-être rebelles.
Les transformations continuent. Voici le 21 décembre (3o frimaire) apparaître, sur le Mouiteu/'y la date grégorienne en face de la républicaine et le mot République est amputé de une et indivisible. Voici mieux : On apprend le 17 nivôse (7 janvier) (jue Leclerc est mort delà fièvre jaune à Pile de la Tortue, dans la nuit du 10 au 11 brumaire (i*^' au 2 septembre). heMoniteu/' du 20 nivôse ajoute : « le Premier Consul prendra le deuil
demain et le portera jusfj^Li'au i^"" pluviôse. » C'est le deuil de dix jours, le deuil de Cour : est-ce le capitaine général qu'on pleure ou est-ce le beaufrère du Consul? Le beau-frère, sans doute, car, s'il se peut que les ministres, les membres des différentes autorités prennent le deuil pour présenter leurs condoléances, comment les membres du Corps diplomatique? et, lorsque tout ce monde défile devant M""" Bonaparte, elle est en grand deuil, entourée des dames du palais, en grand deuil comme elle. C'est le Journal des Débats qui prononce le mot de Dames du Palais. Si attentives que soient (-es dames, elles ne savent point empêcher la grippe d'atteindre M""" Bonaparte et sa fille. Aussitôt que Joséphine est remise, le Premier Consul l'emmène à Lizysur-Ourcq chez les d'Harville, pour voir à son aise le canal qu'il fait creuser; cela fait en même temps une visite à Meaux et c'est lui Bonaparte qui profite de son passage, au centièjne anniversaire de la mort de Bossuet, pour inviter le conseil municipal à voter un monument à l'ancien évêque. Le 21 ventôse (12 mars), il se rend, avec M"'" Bonaparte, à huit heures et demie du matin, à l'Hôtel des Monnaies, où l'on frappe devant lui des monnaies d'or et d'argent portant
d'un côté « son portrait » et de l'autre : Le Premier Consul visite VHôlel des Monnaies. C'est la monnaie qui entre en cours et elle portera son effigie. Que veut-on de plus ? Voici le Premier Consul qui, à la messe, dans sa chapelle, remet la barrette aux cardinaux français et se les fait nommer en présence des consuls, des ministres, des sénateurs et de la cour civile. Voici l'algarade à l'ambassadeur d'Angleterre, la guerre rouverte, les Anglais invités à se constituer prisonniers, les pièces de la négociation avec l'Angleterre publiées ; voici, le 23 prairial (12 juin i8o3), la première représentation donnée à Saint-Cloud comme service de cour, devant les consuls, les ministres, les ambassadeurs, la maison du Consul. Les chanteurs et chanteuses de l'Opéra et les comédiens français donnent Esther avec les chœurs. Lucien a réclamé de Fontanes une ode sur les attentats de l'Angleterre qui doit faire le principal attrait de la représentation. Fontanes s'est défendu. 11 a allégué que la mort de sa fille l'a plongé dans une sorte de découragement. « Néanmoins, a-t-il dit, si Bonaparte persiste dans son idée, le désir de lui être agréable me ranimera. Mon dévouement est entier, mes moyens sont très faibles et
pour sefaire entendre jusqu'aux détroits du Sund et aux rives de la Neva, il faut une voix forte et retentissante : celle qui publie, avec cent bouches et dans toutes les langues, le vainqueur de Marengo, peut seule opérer ce prodige : Elle en fait plus que nos vers... » Mais il chantera tout de même et du plus haut ton.
On allait partir pour ce voyage triomphal à travers la Belgique auquel une députation des six départements de la 27^ division était venue, le 3o brumaire (21 novembre), inviter le Premier Consul et M""" Bonaparte ; ils vont y apparaître comme des divinités protectrices distribuant sans compter, durant <juarante-cinq jours, des grâces, de l'argent et des bijoux. Dans chaque ville l'évèque viendra avec son clergé, au delà de la porte, présenter au Consul la croix à baiser; il le placera sous un dais et le conduira jusqu'à la principale église en chantant l'antienne : Ecce milto angelum meum quipraeparabit viam meam ante faciem tuam, avec les hymnes et les psaumes analogues à la cérémonie. On présentera au Premier Consul, à la porte de l'église, l'eau bénite. 11 touchera le goupillon et fera le signe de la croix : M""" Bonaparte sera traitée comme lui. Et, lorsque le Consul sera conduit au maître
autel, devant lequel il s'agenouillera, l'évêque, tête nue et tournée vers les assistants, chantera le verset.
Salviim fac Napoleonem primum Consulem nostrum. Domine.
Faut-il entendre Napaleoiiem primum?
Les villes s'empressent partout aux présents traditionnels qu'elles faisaient aux rois à leur passage. « Henri IV et Louis XII, dit le maire d'Amiens, reçurentautrefois de mes concitoyens deux cygnes. Réunissant en votre personne les qualités qui rendent encore leur mémoire si chère aux Français, ils ont cru devoir en doubler le nombre pour vous ». Le Consul envoie les quatre cygnes à Paris : « Je compte, écrit-? il, les faire mettre sur le bassin des Tuileries » ; cela fera une coutume et les cygnes y resteront plus d'un demi-siècle. .
Partout où il passe, une semaine de paie aux ouvriers; partout de l'argent, pour les musiciens, les prêtres, les canotiers, les hospices, les religieuses, les domestiques des municipalités qui apportent les vins. Partout des taba-; tières d'or avec les lettres P. F. (peuple français) en diamants ou le portrait du Consul. Partout. à des émigrés, des restitutions de propriété. Et
comme on lui parle de reconnaissance : « Ah ! dit-il, c'est un mot tout poétique, vide de sens dans les temps de révolution et ce que je viens de faire n'empêcherait pas ces femmes à qui je viens de rendre leurs terres, de se réjouir vivement si quelque émissaire royal pouvait, dans cette tournée, venir à bout de m'assassiner. »
11 y a des dentelles pour tout le monde, pour le Pape, pour le cardinal légat, pour la reine de Prusse, pour Joséphine, pour les dames du palais, pour les femmes de la famille, et l'on en garde en réserve.
C'est vraiment un météore qui traverse le ciel de la Belgique, mais, lorsqu'il est passé, des œuvres subsistent qui, pour jamais, Timmortalisent. Ainsi a-l-il, dans ce voyage de l'an XI, .décrété qu'Anvers serait port de guerre, et l'un des plus grands et des plus nobles qui soient au monde ; un Anvers qui n'aura point à redouter les intrigues des Hollandais ni leurs jalousies et qui tiendra l'Angleterre en respect. Et Anvers est créé et ne subsiste-t-il pas, même après ces jours de détresse, et ne devra-t-il pas former l'invincible réduit de l'indépendance belgique ?
Au retour, dans l'organisation définitive de la Légion d'Honneur, dans Touverture du musée
devenu par une flatterie de Denon le musée Napoléon, dans le fracas des petits navires qu'on construit dans tous les ports et sur toutes les rivières pour la descente en Angleterre, au milieu des réceptions et des audiences, des manœuvres des régiments et .des dîners qu'on leur donne; au milieu des tentatives d'attaque que les chouans débarqués essaient contre lui, au milieu des complots les plus hardis et les mieux entendus qu'il ait dû redouter, il va et vient de Paris à Pont-de-Briques, comme il irait à Saint-Gloud. Mais quelle est pourtant alors la pensée de Joséphine pour lui? Comment et de quelle façon reconnait-elle qu'il l'a sauvée, qu'il l'a tirée de ce monde où elle s'étaifenlisée, qu'il se l'est associée et qu'il a fait d'elle sa compagne, pour la vie et la mort, semble-t-il ; pour la machine infernale d'hier, pour le complot de Georges d'aujourd'hui — comme pour le couronnement de demain. Ecoutez cette lettre, la seule authentique et certaine qu'on sache qu'elle lui ait adressée et qui la peint toute, à cette date du 22 brumaire an XII.
« Tous mes chagrins ont disparu en lisant la bonne et touchante lettre qui renferme les expressions aimables (de) ton sentiment pour
moi. Combien je te sais gré de t'être si longuement occupé de ta Joséphine. Si tu le savais, tu t'applaudirais d'être le maître de causer une joie si vive à la femme que tu aimes. Une lettre est le portrait de Tâme et je presse celle-ci contre mon cœur. Elle me fait tant de bien ! Je veux la garder toujours. Elle sera ma consolation pendant ton absence, mon guide lorsque je serai près de toi, car je veux toujours être à tes yeux la bonne, la tendre Joséphine, occupée uniquement à ton bonheur. Si un mouvement de joie passe jusqu'à ton âme, si la tristesse vient te troubler un moment, ce sera dans le sein de ton amie que tu répandras ton bonheur et tes peines ; tu n'auras pas de sentiment que je ne partage. Voilà mon désir, mes vœux, qui se réduisent tous à te plaire et à te rendre heu= reux... Adieu, Bonaparte, je n'oublierai pas la dernière phrase de ta lettre. Je l'ai recueillie dans mon cœur. Comme elle s'y est profondément gravée ! avec quel transport le mien y a répondu ! Oui, ma volonté est aussi de te plaire, de t'aimer ou plutôt de t'adorer. »
Et là-dessus, à la veille des jours tragiques et des jours glorieux, sur cette phrase d'amour, sur cette formule d'adoration, il faut fermer le
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livre. Jamais elle ne l'aimera davantage ; jamais elle n'exprimera mieux sa tendresse, faite de reconnaissance et d'étonnement, comme celle d'une mortelle que relève et que ravit un Dieu. Et ce dieu c'est Jupiter, et comme à Danaé, il paye ses dettes à Joséphine.'
Il m'a semblé que dans ce récit très rapide j'avais laissé de côté la Joséphine qui collectionne, accumule, entasse, qui emplit les armoires des objets hétéroclites qu'on lui offre, qu'elle achète, qui arrivent entre ses mains par quelque moyen qu elle ignore et qui forment à un moment le plus étrange bric-àbrac. Mais comment en rendre un compte qui soit exact, précis, définitif, qui satisfasse toutes les curiosités et les épuise. Un document est tombé entre mes mains qui est l'inventaire dressé au moment del'Avènement par M™® Marco de Saint-Hilaire, promue première femme de l'Impératrice, de tous les objets appartenant personnellement à Joséphine. Il conviendrait d'y joindre à coup sur d'autres inventaires, surtout celui de Malmaison, mais en a-t-on dressé, à cette date? Celui-ci a pour agrément de nous la représenter elle-même avec ses bijoux, ses boites, ses souvenirs, ses schalls, ses dentelles. les provisions, point les robes, ni les chapeaux, ni les souliers qui auront une autre gardienne ; mais ce
premier inventaire suffit peut-être à montrer comme Joséphine avait, depuis son mariage, depuis l'état dressé à ce moment, accru ses richesses et de rien était montée atout, presque tout si l'on veut, car il y aura les autres inventaires et la continuelle augmentation des choses.
Le document que je publie ici d'après l'original, signé après chaque vacation par Besson Marco de Saint- Hilaire, se compose d'un cahier de trente pages format in-folio que j'ai acheté avec divers papiers provenant d'Agathe Rible, laquelle quittait à ce moment la Maison et cédait sa place à M™'' Marco.