‹ Mme de GirardinChapitre 64 sur 104 · LE THÉÂTRE DE MADAME DE GIRARDIN · texte numérisé non relu

LE THÉÂTRE DE MADAME DE GIRARDIN

/. La première pièce de Mme de Girardin ; l'École des Journalistes. — //. État du théâtre vers 1840. Mlle Racket et son influence. — ///. Les tragédies de Mme de Girardin : Judith. — IV. Cléopâtre. — V. Les comédies. — VI. La Joie fait peur.

Mais, de 1S36 à 1848, Mme de Girardin n'a pas uniquement consacré sa plume aux Courriers de Paris. De jour en jour, grâce à la chronique, son activité s'est faite plus souple, plus variée; elle a voulu l'exercer dans d'autres domaines et particulièrement au théâtre. Dans les dernières années de sa vie, c'est au théâtre qu'elle a remporté ses succès les plus éclatants. Elle a donné des tragédies, des comédies. Voyons toutes ces oeuvres.

C'est par une comédie : L'École des journalistes, qu'elle avait voulu débuter. La pièce fut reçue à l'unanimité par le comité du Théâtre-Français, le 21 octobre 1S39; mais elle ne put être jouée. La censure avait prononcé une interdiction. Comme il est d'usage, le public intéressé, intrigué, ne s'occupa que davantage de l'œuvre frappée.

Aussi Aime de Girardin s'empressa-t-elle de lire sa pi< (et elle lisait admirablement) dans son salon « encombré de journalistes . Bien que mis à une rude école, ils eurent le bon esprit de rire; et Balzac, qui ne les aimait guère, rit bien plus encore, d'un gros rire pantagruélique . Néan-

moins, en condamnant cette comédie, la censure lui avait sans doute rendu grand service. Mme de Girardin, pour une fois, semble avoir été trahie par son goût. Elle avait pris pour des nouveautés de composition des audacesquelque peu forcées. Au moment de la publication, peutêtre î'a-t-elle pressenti? Voici du moins les explications qu'elle crut devoir donner sur son œuvre :

« Au premier acte, l'École des Journalistes est une sorte de vaudeville, semé de plaisanteries et de calembours. — Au deuxième acte, c'est une espèce de charge où le comique du sujet est exagéré, à l'imitation des œuvres des grands maîtres; — au troisième acte, c'est une comédie; — au quatrième, c'est un drame; — au cinquième, c'est une tragédie. Dans le style, même sentiment, même variation : au premier acte, le style est satirique; — au quatrième, il est simple et grave; — au cinquième acte, il tâche d'être poétique. L'auteur l'a voulu ainsi. »

Du vaudeville, du drame, de la tragédie... et tout cela dans une comédie! Certes, c'était là de la nouveauté. Comme dans Napoline — mais avec beaucoup moins de profondeur et de vérité — Mme de Girardin s'en prend à la légèreté d'esprit, plus dangereuse peut-être que la corruption. Son but, c'est de démontrer que les journalistes -ans le vouloir, sans le savoir, sont le fléau de la société ; leurs plaisanteries « qui se croient innocentes » n'en sont pas moins chargées à mitraille ; l'une lance le déshonneur, l'autre la mort. Voyez ce que peut faire l'étourderie, quand elle a pour armes un journal! Jugez maintenant de ce que peut faire la méchanceté? »

En choisissant ce sujet dangereux et en le prenant sur ce ton, Mme de Girardin se montrait peut-être trop ambitieuse. Elle avait voulu faire une comédie tragique tenant de la satire et de l'épopée, tableau grotesque, enseignement terrible où le poète fût à la fois moqueur et juge, historien et prophète . C'était présumer de ses forces. Heureusement qu'avec le nouvel état du théâtre, les circonstances vont la ramener à des conceptions plus désintéressées et cette fois vraiment poétiques.

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