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LES SŒURS DE SAINTE-CAMILLE

Non, pour un tel sujet je suis trop jeune encore,

Il faut, pour vous chanter, une voix plus sonore,

Hippocrates français! O mortels généreux!

Plus grands que les martyrs vous êtes moins heureux ;

Aux yeux de l'univers ils marchaient au supplice,

De leur sublime effort la gloire était complice ;

Mais vous, sous l'humble toit prodiguant vos secours,

Sans faste à l'indigent vous immolez vos jours.

Quel exemple frappant dans le siècle où nous sommes !

Ils mouraient pour un Dieu, vous mourez pour des hommes ;

Et vous n'-avez pour prix d'un si beau dévouement

Que nos éloges vains, nos regrets d'un moment.

A l'implacable mort arrachant sa victime,

Pacifiques héros, vous triomphez sans crime !

Ces modestes vertus qui vous ouvrent les deux,

Des femmes sont aussi des trésors précieux.

Nous avons avec vous des destins sympathiques :

On dit (1) que nous savons des paroles magique

(i) M. de Chateaubriand, Génie du Christianisme.

LES PREMIERS POÈMES n

Qui, telles que vos soins, endorment les douleurs. P urquoi la douce voix qui sait tarir les pleurs Ne peut-elle entonner les hymnes à la gloire?

Et elle entonne l'hymne à la gloire des deux modestes sœurs de Sainte-Camille; elle trouve, pour les dépeindre, des vers d'une rare fermeté : .

Comme on fuit le péril, ces femmes l'ont cherché.

Puis vient le récit touchant du voyage, l'arrivée dans Barcelone en deuil; pour décrire cette désolation, ne se souvient-elle pas d'Andromaque et de Troie livrée au pillage? Dans ce morceau, voyez les réminiscences raciniennes :

Quel spectacle à leurs yeux s'offre de toutes parts 1 Des spectres, des lambeaux sur les chemins épars, Des mourants arrachés de leurs couches sanglantes, Traînant leurs corps meurtris sur les dalles brûlantes, Des cadavres infects, dans un sang noir baignés...

Et la touchante histoire se déroule, voici les bonnes mains offrant le baume adoucissant ». Enfin la colère de Dieu s'apaise, le calme renaît; dans le tableau suivant, le tableau du retour, c'est le Génie du christianisme qui a suggéré l'inspiration :

Le rusaire à la main, l'œil baissé vers la terre, On les vit, en priant, rentrer au monastère. C'est là que, chaque jour, ces charitables sœurs, D'un saint recueillement savourant les douceurs, Et de tous leurs bienfaits écartant la mémoire, Vont d mander à Dieu le pardon de leur gloire.

Le pardon de leur gloire! Quel trait final, quelle trouvaille! Et que ce vers favorisa les compliments! Non seulement les deux partis pardonnaient à Delphine Gay sa jeune gloire, mais ils la revendiquaient d'enthousiasme; les classiques, nous l'avons vu, ne lui marchandaient pas les

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louanges; quant aux amis, les jeunes poètes, ils ne chantaient plus que leur Corinne; Belmontel disait :

Une grâce enivrante à sa beauté se mêle, Et ses chants inspirés sont gracieux comme clic ; Déjà d'une couronne ornant ses blonds cheveux, Son jeune et beau génie a fait plus que nos vœux.

Et Jules de Rességuier, c son aimable troubadour, s'écriera bientôt :

Homère en la voyant, Homère aurait chanté.

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