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LES TRIOMPHES DELPHINE GAY MUSE DE LA PATRIE

/. Le premier cénacle. — //. Delphine Gay che% Mm0~ Récamier. — ///. Cheç la duchesse de Duras. — IV. Les grandes improvisations. — V. Voyage en Italie.

Ce fut ainsi que Delphine Gay prit le rôle de Muse au premier Cénacle.

Le premier Cénacle, quel foyer d'art et de lyrisme, quel centre d'activité poétique! Mais qu'était-ce au juste? Une amitié, une association spontanée. Si son histoire est un peu confuse, c'est que les poètes étaient jeunes, les théories bien inconsistantes. A ce moment, certaines tendances chevaleresques et religieuses flottaient dans les âmes : Soumet essaya de les rassembler.

Au début de l'année 1823, Soumet était une sorte de demi-dieu ». En novembre 1822, il avait remporté deux grandes victoires : à la Comédie-Française avec Clytemnestre et à l'Odéon avec Saiïl. Cette dernière pièce, très attaquée par les classiques, fut ardemment défendue par V. Hugo. A la faveur de ces discussions, Soumet parut vraiment le maître ; Hugo, Vigny, Jules de Rességuier lui dédiaient des vers, les jeunes poètes ne demandaient qu'à se rallier autour de son nom.

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Ce fut à ce moment propice que la Muse française fut fondée. Emile Deschamps, qui en eut l'idée, fit part d'abord de son dessein aux deux grands amis, Soumet et Guiraud. Ils convinrent ensemble que la jeune école poétique ne pouvait se passer d'une revue. Le Conservateur littéraire, qui avait cessé de paraître en mars 1821, n'avait pas été remplacé et une publication de ce genre était appelée a rendre les plus grands services. Ainsi d'accord sur la tentative, les trois fondateurs de la première heure cherchent des alliés. Ils s'adressent d'abord à Hugo, qui accepte par amitié ; puis Vigny, Saint-Yalry, Desjardins sont aussi conquis : la pléiade a ses sept étoiles.

Lamartine refusa de collaborer. Il n'aimait pas les doctrinaires de la poésie ; d'ailleurs, pour chanter, il n'avait pas besoin de chapelle.

Cette Muse française, qui devait rassembler tant de beaux élans, parut du 2S juillet 1823 au 15 juin 1824. Ce fut Deschamps surtout qui s'y dévoua. Avant le lancement, il s'était heurté à bien des difficultés : il lui fallait des abonnés, des cotisations, un libraire; mais Sophie Gay était à Paris et lui vint en aide. Ce fut elle qui le mit en rapport avec Ambroise Tardieu, l'éditeur qui avait imprimé le fameux poème de Delphine : Dévouement des sœurs de Sainte-Camille. Le premier numéro parut enfin, et tout de suite le succès se dessina, les collaborateurs affluèrent. Il vint des vieux , comme Nodier, Chènedollé, Baour-Lormian, Guttinguer; il vint surtout beaucoup de jeunes : Gaspard de Pons, Jules Lefèvre, Jules de Rességuier, bien d'autres encore; quelques femmes enfin, dont M mes Dufrénoy, Tastu, Desbordes-Valmore. Entre toutes ces muses, Delphine Gay se distinguait par sa figure héroïque , elle était la plus admirée.

Que voulaient-ils faire, tous ces poètes? Oh! ils ne le savaient pas de façon précise. Leur groupe s'était formé trop vite et comprenait trop de natures diverses pour avoir une vraie cohésion. D'une façon générale, les opinions étaient timides, peu arrêtées; mais si les idées manquaient de force, l'état d'âme était magnifique. Tous aper-

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