‹ Mme de GirardinChapitre 74 sur 104 · SCENE IV NOËL, OCTAVE · texte numérisé non relu

SCENE IV NOËL, OCTAVE

OCTAVE Par pitié !... {Descendant la scène, à droite.) Faut-il donc l'abandonner!... Ce désespoir, c'est de la démence... Tout ce qu'elle a de force et de génie, elle l'emploie à souffrir!...

NOËL, posant son plumeau et fermant la porte. Qu'est-ce donc? Vous la tourmentez.

OCTAVE

Je cherche à la consoler.

NOËL

Puisqu'elle ne veut pas être consulte !...

OCTAVE

Mais, Noël, vous ne voyez donc pas les ravages que le chagrin a déjà causés en elle?... quel changement! quelle pâleur!

NOËL

Qu'est-ce que cela vous fait? Tenez, mon cher enfant, laissezmoi vous parler franchement. Ce n'est pas bien à vous d'aimer Mlle de Pierreval. C'était la future d'Adrien, vous devez la respecter !... Ensuite, c'est une femme qui ne vous convient pas, à vous ; fils unique de notre plus riche armateur, vous êtes fait pour vivre au Havre, tranquillement, commercialement heureux; pour épouser une bonne petite femme sans génie qui aura de l'esprit et pas de talents, qui ne fera pas votre portrait, mais qui ne fera pas non plus celui des autres et qui n'aimera que vous. Je m'y connais, celle-là ne vous aimera jamais.

OCTAVE, allant s'asseoir à droite.

Vous dites vrai, Noël, il faut que je l'oublie.

NOËL

Il y en a tant d'autres ! Pourquoi vous obstiner à celle qui ne veut pas de vous?

OCTAVE

Je repartirai ce soir.

NOËL, mécontent.

Déjàl Pourquoi partir?

OCTAVE

Ma vue lui fait mal.

NOËL, finement.

Votre vue ne fait pas mal à tout le monde.

OCTAVE

Que voulez- vous dire?

NOËL

Je veux dire qu'il y a des personnes auxquelles votre vue est agréable... à moi, par exemple... à Madame... à Mlle Blanche. C'est ça une aimable fille !... on ne la loue pas dans les journaux, dans la Vigie, mais...

OCTAVE

Oui, je crois qu'elle sera très belle.

NOËL, à part.

Serai... Il lui faut des femmes belles tout de suite... Il ne se doute pas que notre petite Blanche l'aime.

OCTAVE

Elle a beaucoup d'esprit.

NOËL

Et de l'instruction ! et si gaie, quand elle n'a pas de chagrin !... Ah 1 celle-là, si quelqu'un voulait la consoler, elle ne lui dirait pas des sottises. {Octave garde le silence.) {A part.) Il ne comprend pas... il ne voit rien. Ah I on a bien raison de dire que l'amour est aveugle... il l'est pour toutes choses.

OCTAVE, se levant.

Noël, je serai à Paris demain.

NOËL

Demain?

OCTAVE

Si Mlle de Pierreval était malade, si Mme Des Aubiers avait besoin de moi, écrivez-moi.

NOËL

Consoler, distraire trois femmes au désespoir, c'est une rude tâche, et maintenant que me voilà seul...

OCTAVE

Vous pouvez compter sur moi; j'ai été élevé dans la maison avec votre cher Adrien, et quoique je ne sois pas de la famille...

NOËL

Oh ! il y a plusieurs manières d'être de la famille.

OCTAVE

J'en suis par le cœur, par le choix, par le souvenir.

NOËL, à part. Qu'il est bête!

OCTAVE

Adrien me traitait en frère, je serai pour sa mère un fils.

NOËL

Mais c'est tout ce que je demande.

OCTAVE

Faites que je puisse partir ce soir. (// s<>it.)

jSû = MADAME DE GIRARDIN. — CHAP. V =====

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