‹ Mme de Saren: FrédériqueChapitre 2 sur 3 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

LIBRAIRIE DE L. HACHETrE ET C'«

BOUIfVABD SAIlfT-GBRMAIK, H** 77

Oi'oit (le traduction réservé

MADAME DE SARENS.

MADAME DE SAREINS.

L était à peu près deux heures de l'après-midi, Mme de Sarens achevait sa toilette, et par intervalles jetait un coup d'œil sur un grand jardin qui s'étendait sous ses fenêtres ; le soleil riait sur une pièce d'eau qu'on voyait étinceler parmi les arbres dépouillés. Un gros merle sautillait sur la margelle de

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pierre et trempait avec nonchalance son bec jaune dans le bassin. Tout en le regardant, Mme de Sarens pensait à l'emploi de sa journée.

a Que- voilà un oiseau heureux ! se ditelle. Il sait que faire de son temps. L'occuper, ce n'est rien ; mais le perdre !... »

En ce moment, une femme de chambre entra et remit à sa maîtresse une lettre sur l'enveloppe de laquelle on lisait le mot presse. Mme de Sarens rompit le cachet et lut ceci :

« Ma chère belle,

a C'est une solliciteuse qui vous écrit, armez-vous d'indulgence. Vos bals ont le malheur de faire tourner beaucoup de têtes. Tout le monde veut en être, et au lieu d'tUargir le cercle de vos invitations vous le rétrécissez. C'est pousser trop loin le culte de l'opposition. Cependant une personne que je tiens à obliger a le plus vif désir de vous être présentée, et, la chose

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faite, do passer quelques lieui*es dans vos salons. Elle sait que mon étourderie est dans les bonnes grâces de votre sagesse et me supplie d'en abuser. M. de Sombreuse est tout à fait un homme du monde ; il a de Tesprit, ce qui n'est rien, et d'excellentes manières, ce qui est quelque chose.

On le voit partout ; c'est un miracle que vous ne l'ayez pas rencontré chez moi. Sa demande m'a prise au dépourvu, et c'est demain, ce me semble, qu'on danse chez vous pour la dernière fois. Or le temps me manque pour solliciter l'honneur de le conduire en votre présence un soir de petite réception, et M. de Sombreuse, qui y met de l'entêtement, assure qu'un célibataire dont toute la famille habite la province n'est jamais un embarras pour une maîtresse de maison. Aurez-vous la méchanceté de lui prouver qu'il a tort? Ce serait le battre sur mes épaules, et pour le faire vous aimez trop, j'imagine, votre amie

(c Estelle. »

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Mme de Sarens chiffonna le billet entre ses doigts. « Vingt lignes pour une présentation... Oh! oh! fit-elle.

— Un domestique est là qui attend la réponse que madame doit faire à Mme de MarsanneSy » dit la femmje de chambre.

Mme de Sarens s'approcha d'un petit bureau^ prit à la hâte une plume et griffonna ces quatre mots :

a Chère mignonne,

« Je ne suis pas officiellement chez moi aujourd'hui^ vous avez donc toute chance de m'y rencontrer tantôt ; si vous venez de bonne heure, nous ferons un tour aux Champs-Elysées. C'était hier mon mercredi, et j'ai besoin de prendre l'air pour me remettre de tous les amis que j'ai vus. Seule, je n'en aurais pas le courage ; si au contraire vous n'arrivez qu'à la nuit, nous causerons au coin du feu de cette personne que vous tenez à obliger, et je vous taquinerai.

a Sabiite. »

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«c Allons se dit -elle en remettant sa réponse à la femme de chambre qui attendait, grâce à cette petite folle, la journée arrivera plus vite au bout. . . Quel peut être ce M. de Sombreuse que par miracle je n'ai jamais vu chez elle ? Le connaît-elle seul^ ment, ou si elle le connaît un peu, ne le connaît-elle pas trop ? »

Une heure après cet échange de billets, une femme petite, brune, parée à ravir, et dontle visage respirait la gaieté, entrait chez Mme de Sarens.

«< Je suis sous les armes, et nous pouvons partir, dit-elle ; mais d'abord l'invitation est-elle prête, sous enveloppe et cachetée ?

— On a le temps, » répondit Mme de Sarens, qui nouait les brides de son chapeau.

Estelle frappa de sa bottine le tapis du salon, (c Ce n'est cependant pas une affaire à protocoles, dit-elle.

— Ne vous ai-je pas dit que je vous taquinerai?» reprit Sabine.

Mme deMarsannes sourit, et rajustant le

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nœud d'une petite cravate de dentelle blan • che : t< — Faites donc, répliqua-t-elle, j'ai les nerfs à l'épreuve de toutes les épigramnies. » Quand on fut en promenade, Estelle se blottit dans le coin de la calèche, et d'un air de résolution : « Commencez le feu, reprit-elle, je suis tout oreilles.

— Escarmouchons d'abord , répondit Mme de Sarens ; nous avons un sujet de conversation qui, par ricochet, peut m'intéresser : ne l'épuisonspas du premier coup.

11 faut qu'il nous mène tout au moins jus-

qu'à l'arc de l'Etoile, et c'est effrayant quand on pense que mes chevaux n'ont pas le mors aux dents !

— Je suis donc sur la sellette et sous le coup d'un interrogatoire ?

— Vous m'avez permis de poser mes griffes sur vous, je les enfonce.

- — Bon, je ne crierai pas. »

Mme de Sarens fit la moue. « Vous êtes odieuse, reprit-elle. Le beau plaisir d'écorcher les gens, s'ils ne se plaignent point !

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Voyons, quel est ce M. de Sombreuse dont vous me menacez ?

— C'est un jeune homme.

— Votre jeune homme est-il jeune ? car, vous savez, il y a les jeunes gens qui sont quelquefois vieux et les hommes jeunes qui le sont toujours.

— Le mien a trente-quatre ans. Il rit volontiei's ; à l'occasion , il sait pleurer.

— Que fait-il ? -

— Ce qu'on fait à Paris quand on ne fait rien.

— Un homme qui remplit bien cet emploi est propre à tout. Vous voyez souvent M. de Sombreuse?

— Très-souvent.

— Et vous l'aimez beaucoup ?

— Beaucoup.

— Autant que ça ! »

Estelle se mit à rire, et, regardant bien Mme de Sarens au fond des yeux : « — Ma chère Sabine, dit-elle, ne laissez pas prendre le galop à votre imagination. J'ai un

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cœur paresseux, qui a horreur des aventures ; il marche au pas. Le prince Charmant qui lui fera faire connaissance avec les émotions^ Tanxiété^ les transports^ et toutes ces belles choses qu'on met en musique, n'est pas encore né. Je m'y résigne sans trop d'ennui. Si quelque jour un prodige du sort le pousse en mon chemin, je vous en avertirai charitablement, et la plus surprise des deux, ce ne sera pas vous. »

Mme de Sarens gardait le silence. Estelle pencha la tête de côte et sourit. «Je vois bien ce que j'y perdrai, poursuivit-elle; mais jenesais pas ce que ce bel inconnuygagnera.

— Comment l'entendez-vous ?

— C'est que mon caractère est ainsi fait que l'imprudent qui livrera bataille à mon cœur et s'en emparera devra tout de suite, et bon gré, malgré, m'offrirsa main et me conduire à l'autel. Cela tient les téméraires à distance. Enattendant, j'aime fort M. de Sombreuse, et il y a toujours pour lui, au coin de mon feu, un fauteuil où il ne me

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plaît pas qu'un autre s'assole. Il cause bien et ne se rappelle que les choses dont on lui permet de se souvenir. A première vue et dès le premier mot, on devine qu'il a une grande tendresse pour tout ce qui ne porte ni barbe ni paletot. C'est son charme.

— Danse-t-il ?

— Non.

— Alors quelle idée lui prend de vouloir aller au bal ? »

Un léger embarras parut sur le visage d'Estelle. « On lui a parlé de vous, ditelle, et il lui a senjblé malséant de ne pas connaître une personne autour de laquelle une moitié de Paris s'agite.

— Cette moitié est bien bonne. Est-ce tout r »

Mme de Marsannes toussa légèrement.

« — Au fait, reprit-elle, j'aime mieux dire les choses simplement comme elles sont. Entre nous, je crois que M. de Sombreuse a l'espoir de rencontrer chez vous un personnage auquel il a affaire, et près de qui il ne veut

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pas se rendre pour ne point donner d'importance à cette démarche.

— Voilà une préférence qui me flatte, et je lui sais gré de me prendre pour traild'union.

— Il ne dépend que de vous de croire qu'il vous a vue, et qu'il se meurt d'amour pour vos beaux yeux.

— Ah ! vous raillez aussi ?

— Quelquefois... A propos, M. de Sombreuse est fort laid.

— Votre héros ne danse pas, il est fort laid, et il ne vient pas chez moi pour moi! ... Il est charmant! Donc gardez-le, je vous prie, et ne lui permettez plus de quitter ce fauteuil où il ne vous plaît pas qu'un autre s'assoie.

— Très-bien, répondit Mxne deMarsannes ; c'est pourquoi demain je vous amènerai M. de Sombreuse.

— A votre aise; vous êtes prévenue. Si demain je mérite ce surnom de pomme verte qu'on m'a donné, je m'en lave les mains. »

A cette époque de sa vie,MmedeSarens, ligée alors de vingt-neuf ans, passait pour

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l'une des femmes de Parislesplus heureuses, et se vantait de l'être. Elle avait tout à souhait. La Providence ne lui avait rien refusé de ce que peut donner le hasard ; la fortune, l'esprit, la position dans le monde, les alliances, tout était à l'unisson. L'éducation la plus soignée avait fait le reste. Sabine avait le sentiment des belles choses, et les aimait sans en faire parade. Si elle n^eTSit pas marquise, elle avait le bon goût de. ne point le regretter, et on ne la voyait jamais courir après les personnes titrées dont la connaissance pouvait lui donner un vernis de noblesse. Ne s'efforçant pas d'ouvrir les portes, elle était fe bienvenue dans les meilleurs salons, et sa maison passait pour l'une des mieux gardées de l'avenue Gabriel. On pouvait voir Mme de Sarens tous les jours pendant six mois et ne pas deviner qu'elle était excellente musicienne, et qu'au besoin elle eût manié le crayon comme un artiste. Quand on en faisait la découverte, et jamais elle n'y aidait, elle

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avait une façon de hausser les épaules^ qui arrêtait net les plus enthousiastes et ne leur permettait pas d'exprimer la plus légère admiration, (c Cela est bon, disait-elle, pour les infortunés qui, par état, sont dans l'obligation de faire gémir un piano ou de noircir du papier ; mais chez les personnes du monde c'est un ridicule. »

Ainsi du reste. Rien de ce qui venait d'elle ne trouvait grâce devant elle. Elle n'épargnait pas autrement le prochain. Si elle avait aux environs de Paris un château où la plus élégante compagnie aimait à se retrouver pendant la belle saison, tant elle avait l'art de bien recevoir et de varier les plaisirs au gré de ses hôtes, c'était affaire d'habitude où les millions entraient pour quelque chose. Si on parlait tout à coup et avec éloge d'une bonne action faite à propos, et dont les personnes qui en profitaient avaient seules trahi le secret, son rire glaçait, a La belle affaire! disait-elle aussitôt ; cela aide à passer le temps. Somme

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toute ^ le bien n'est pas plus ennuyeux que le mal. »

Mme de Sarens avait de ces répliques acerbes et tranchantes qui rappelaient les jeux de certains enfants occupés à faucher les fleurs d'un jardin. Si Ton vantait son goût, la simplicité de sa toilette, l'ordonnance exquise de ses réceptions, son esprit alerte et vif, la tenue parfaite de sa maison, elle faisait la moue. « La faute n'en est pas à nous, disait-elle d'un air de dédain.

Les professeurs commencent, les fournisseurs achèvent. Le tout est de les choisir bons. »

Les compliments, les fadeurs, les sottises, qui sont la monnaie courante de la vie, la trouvaient sans pitié. Aussitôt que les phrases toutes faites commençaient à s'étaler dans la conversation, Mme de Sarens dressait l'oreille ; il suffisait alors d'un mot pour la pousser aux'' extrêmes dans la voie de la contradiction . Un jour qu'un jeune homme, à peine sorti des écoles, s'extasiait sur les

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grâces incomparables et la suprême distinction des femmes du monde, elle l'interrompit : « Si vous nous enleviez d'un coup de baguette nos calèches, nos cachemires et les romans nouveaux, dit- elle, vous verriez ce qui resterait de tout ce bagage ! . . . Le tout ensemble tiendrait dans le lablier d'une grisette. . . »

On avait marié Sabine à Taurore de sa vingtième année : on est ici le vrai mot.

Elle accepta la main de M. de Sarens sans préférence et sans ëloignement. Une .amie un peu plus âgée et femme déjà s'étonna de cet empressement :

« L'aimes-tu par hasard? dit-elle.

— Moi! fit Sabine d'un ton qui ne souffrait pas de réplique.

— Alors pourquoi tant se hâter ? Sans vouloir ici te faire de compliments, avec la jeunesse, tes dons naturels et ceux que tu 4iens de la fortune, tu peux attendre et choisir. Tu seras majeure dans quelques mois; demande à l'observation l'appui qui

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le manque du côté de la famille. Qui se marierait selon son cœur, si ce n'est une orpheline ?

— ^ Ne le semble-t-il pas que M. Rodolphe de Sarens monte bien à cheval et qu'il porte la cravate blanche avec élégance ?

— Est-ce là tout ce que tu cherches dans le compagnon de ta vie ? ,

— Le reste est à l'avenant et me paraît suffisant pour entrer dans le monde. »

L'amie dépitée s'inclina.

« On ne dira pas, ajoula-t-elle, que le romanesque ait eu beaucoup de prise sur ta jeunesse. »

Au bout de six mois, qui furent traversés par un voyage, Sabine s'aperçut que Rodolphe avait une nature médiocre, fade, sans saveur et sans originalité. « — Je m'en doutais, » pensa-t-elle. — Elle l'étudia mieux, reconnut qu'elle ne se trompait pas, et en prit son parti sans grand chagrin. Un tuteur qui l'avait mariée lui de-

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manda timidement^ après un an d'expérience, si elle était contente du choix qu'il avait fait de M. de Sarens :

« Certainement^ répondit Sabine. Je n'ai jamais pensé que ce fût un Amadis ou un César; mais y tel qu'il est, je ne le changerais pas contre beaucoup d'hommes que je connais et encore moins contre ceux que je ne connais pas. »

Ce mari, qui pouvait ne pas être un héros de roman, avait, en matière de finances, l'esprit droit, clair et sûr : point d'affaire dans laquelle il ne découvrît un filon d'or. La main sur le filon, rien ne lui échappait plus. Il doubla, tripla, décupla sa fortune en quelques années. Avec Mme de Sarens, il ne comptait pas ; il n'était jamais plus heureux que lorsqu'elle entrait dans son cabinet pour quelque emprunt. M. de Sarens, bien que mêlé à des affaires considérables, n'avait pas de bureau; un ou deux secrétaires lui suffisaient. C'était, à proprement parler, un banquier

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consultant. Sa seule prétention était d'avoir de beaux chevaux et de s'y connaître.

Il était dans son ménage comme certains rois dans leurs royaumes , où un favori e^t tout et fait tout. Ce favori était sa femme.

Mme de Sarens s'en accommodait.

Dans de telles conditions, et en regardant bien au fond des choses, les fins observateurs finissaient par s'apercevoir que Mme de Sarens réussissait à n'être point heureuse. Elle acceptait la vie et ne l'aimait pas. Ce n'est point qu'elle lui eût demandé, même en songe, les choses qu'elle ne comporte pas, n'ayant jamais vu l'existence et le monde sous un aspect idéal ; on ne voyait pas qu'elle regrettât rien, mais il était clair qu'elle n'espérait rien non plus. 11 y avait en elle un fonds d'amertume et d'âpreté qui faisait irruption à toute heure et qu'on ne s'expliquait pas.

Belle, avec des formes pleines, blanche comme un lis et couronnée d'une forêt de cheveux fins et cendrés , Sabine avait des

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grâces et des portBdetéte qui lui donnaient tout à fait l'air d'une grande dame. Elle était telle qu'elle ne pouvait envier personne. Ses mains étaient incomparables ; les marbres de Florence n'en montrent pas de plus exquises. D'où lui venait donc cette constante irritation qui se trahissait par secousses et par jets impétueux ? Dans le passé, on ne lui savait aucun malheur ; dans l'avenir, on ne prévoyait nulle tempête. Cependant cette femme jeune, élégante, riche, aimée, adulée, entourée, cette reine qui n'avait pas un pli dans son lit de roses, disait de la vie que cela ne valait pas la peine de naître ni la fatigue de mourir. Une de ses meilleures amies, Mme de Ma rsannes peut-être, assurait que, tout enfant, Sabine avait bu du verjus et qu'elle n'avait pas pu le digérer. « Cela lui revient aux lèvres alors qu'elle y pense le moins, » ajoutait-elle.

A vingt-neuf ans, Sabine passait pour une fort honnête femme et Tétait réelle-

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meut. Le inonde, qui déchire volontiers quiconque est au sommet de l'échelle, en pleine lumière, essayait de mordre sur sa réputation sans parvenir à Tébrécher. Cotait chez Mme de Saréns affaire d'amourpropre et non de foi. Il lui paraissait original et bienséant de traverser la vie avec la blancheur immaculée et la majesté du cygne qui fend les ondes bleues d'un lac et ne daigne pas confier, son duvet sans tache au sable du rivage. L'orgueil aidant, elle y avait réussi. « Et puis, disait-elle, ce qui nous protège contre les hommes, ce sont les hommes! »

Jamais on ne connut voltairienne plus enracinée dans l'incrédulité. Il faut reconnaître aussi que Sabine ne se faisait point un mérite de sa vertu et n'en voulait ppint à celles qui en avaient moins.

Un soir, étant dans un cercle oîi une prude, qui la voulait rallier à sa cause, lançait Tanathème contre les écarts de la jeunesse, Mme de Sarens l'interrompit brusquement

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d'un coup d'éventail. « Question de tempérament et de latitude! s'écria-t-elle ; sanguines ou mulâtresses, nous étions perdues ! » C'est à ces reparties où l'on sentait comme une goutte d'acide qu'elle devait ce surnom de pomme verte qu'elle acceptait bravement, en ne se gênant pas pour le mériter.

Une pareille disposition d'esprit devait susciter de vives inimitiés à Mme de Sarens. Elle en devinait autour d'elle; mais un dévouement sincère dans les occasions où l'on avait besoin de son appui, un secret impénétrable et à l'épreuve des ruptures les plus inattendues, une fermeté virile qui éclatait au profit des petits et des opprimés, lui assuraient aussi de nombreuses et chaudes sympathies. Ceux qui ne la voyaient qu'en passant pouvaient la détester, et le monde ne l'épargnait pas; Sabine rendait en dédain ce qu'on lui accordait en médisances. Les personnes qui pénétraient dans son intimité, et le nom-

bre n'en était pas considérable^ arrivaient quelquefois à Tadorer malgré elle. Elle ne leur témoignait en paroles aucune recon naissance^ mais on sentait que cela au fond la touchait et la réchauffait. Dans ce sens, sa meilleure amie était Mme de Marsannes, qu'elle criblait de coups d'épingle et pour laquelle elle se serait mise au feu.

Sa grande prétention, on le sait, était d'être heureuse et de ne rien souhaiter. Il lui arriva plusieurs fois de rompre en visière avec des femmes qui , bien nées, riches et entourées de toutes les élégances de la vie, prenaient des attitudes languissantes et soupiraient , mollement assises dans des fauteuils complaisants. Dans ces occasions elle était sans pitié.

a Cà, que vous manque-t-il ? disait-elle ; vous avez plus de velours et de satin autour de vos épaules qu'il n'en faudrait pour habiller un opéra ; vous entendez la messe dans des églises chauffées par des calorifères ; vous dansez quatorze fois par

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semaine, et faites voire salut en calèche, au bois de Boulogne, en compagnie de jolis messieurs qui sont très-proprement empaillés. Laissez les gémissements à qui se traîne dans la neige, les pieds nus dans des sabots. J'ai vu ce matin, au sortir du bal où nous avions grignoté force truffes, nos sœurs en Eve qui faisaient la toilette du boulevard, la pluie sur la têle et la bise dans le nez; elles ne se lamentaient pas.

Que vous faut-il, s'il vous plaît? Le bonheur peut-être ? A quoi cela sert-il? et de quoi cela est-il fait? Pour ma part, je ne m'en soucie pas plus que des modes que l'on portait h la cour de la reine Berthe.

Pensez-y donc ! si le bonheur était une chose indispensable à. l'existence , qui estce qui vivrait? Dans la position que le hasard nous a donnée, — et en quoi, je vous prie, la méritons-nous mieux que d'autres? — une larme est un sacrilège, et le soupir un ridicule. Gardez vos robes, vos enfants, vos maris et le reste, et si ces in-

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fortunes vous paraissent trop lourdes à porter, considérons par la pensée qu'un grain de sable peut les faire disparaître en un instant.);

Quand on la pressait d'arguments sous prétexte que les dentelles, la danse , la musique et les truffes ne suffisent point k remplir les gouffres de la vie, et qu'il y a le cœur, les âmes, la sympathie, qui sont bien quelque chose, elle éclatait et se prenait volontiers pour exemple, w Hier matin, disait-elle, j'ai couru de chez la faiseuse de modes chez le bijoutier ; plumets, falbalas et joyaux m'ont conduite jusqu'à l'heure du déjeuner, auquel j'ai fait grand honneur. L'idée ne m'est point venue que cela fût d'une tristesse mortelle. Un peu après je me suis promenée à cheval; le temps était beau, et par extraordinaire les personnes qui m'accompagnaient étaient d'agréable humeur. Vers quatre heures, j'ai reçu quelques visites; on a cause presque avec espril. Vous savez

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que les livres de toute sorte abondent à ce moment de Tannée, et cela vient en aide aux personnes indigentes. Deux ou trois amis ont partagé mon dîner. J'ai com-.

mencé ma soirée aux Italiens et Tai terminée chez la marquise de Briare, dont les bals sont en grande faveur. A trois heures, je suis rentrée; un bon feu brûlait dans ma cheminée, et des mules fourrées de cygne attendaient au bord d'un canapé mes pieds fatigués de porter du satin. Il ne m'a pas semblé qu'il fût nécessaire de pleurer à sanglots sur les misères de mon existence. Aujourd'hui sera pareil à hier, à cette différence près que l'Opéra remplacera les Italiens et que Mme de Chanterac succédei'a à Mme de Briare.

Demain sera le reflet et l'écho d'aujourd'hui. Or mon histoire est la vôtre, mesdames, et cela ne nous vaudra jamais un brevet d'héroïsme. Si maintenant des larmes s'avisent de mouiller vos cils , cachez-les bien vite : ce sont des aventurières

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qui n*ontpas le droit de s'y montrer. Notre premier devoir, à nous autres les enfants gâtés de la civilisation, est d'être heureuses quand même; hors de là, nous méritons le fouet. »

Un soir qu'elle était partie sur ce thème, un ami de la famille qui l'avait fait sauter sur ses genoux lui offrit le bras au moment où elle se levait, et souriant à demivoix :

« Pauvre femme ! » dit-il.

Sabine rougit jusqu'à la racine des cheveux, et fronçant les sourcils :

(c Gardez vos réflexions pour vous, vilain curieux! » répliqua-t-elle.

Jamais plus Mme de Sarens ne parla de son bonheur à cet indiscret.

Que regrettait-elle? qu'espérait- elle?

qu'aimait-elle? C'est ce que tout le monde ignorait. Ce qu'on savait seulement, c'est qu'elle se servait volontiers d'un cachet sur lequel elle avait fait graver le mot espagnol naduy qui signifie rien. C'était sa

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devise. « A.u moins, disait-elle, on ne m'accusera pas d'ambition. »

Chez une personne qui, dans les habitudes quotidiennes de la vie, était la simplicité môme, cette devise étonnait ; elle effrayait quand on songeait que Mme de de Sarens, au temps où elle Tadopla, avait vingt ans a peine et tout h souhait. Quelle plaie inconnue cachait-elle sous le laconisme hautain de ces deux syllabes? Làdessus, Estelle, qui causait fréquemment avec Mme de Sarens, n'était pas plus instruite qu'une étrangère.

Sabine n'avait eu qu'un enfant, une petite fille morte une semaine après sa naissance. Elle resta plusieurs mois enfermée chez elle, puis tout à coup elle se montra au bal parée à merveille. « — Elle n'était pas digne d'être mère, » dit une amie.

A quelque temps de là, Mme de Sarens, dont jamais les confidences n'évoquaient le souvenir de l'enfant qui ne devait pas être remplacé, étant seule dans un salon, vit en-

Irer tout à coup une petite fille qui vint en trébuchant se jeter dans ses genoux. La charmante créature avait l'âge qu'aurait eu sa petite fille, si celle-ci avait vécu. Mme de Sarens lança un regard rapide autour d'elle, puis, s'emparantde l'enfant qui riait , elle l'enleva sur sa poitrine et l'embrassa à pleines lèvres dans les cheveux. Deux grosses larmes roulèrent sur ses joues.

Quelqu'un survint. Sabine laissa glisser Tenfant sur le tapis, et passant la main sur ses yeux : « Voilà à quoi servent les petites filles, dit-elle ; on caresse ces joUes poupées, et un nœud de ruban en profite pour vous écorcher la paupière !

— Toujours aimable et bonne ! dit en riant la personne qui venait de paraître.

— Toujours, » répondit Sabine d'une voix sèche.

Telle était la Parisienne chez laquelle le 8 mars 1 859 Mme de Marsannes conduisait M. Paul de Sombreuse.

moment où Estelle et Paul entrèrent chez Mme de Sarens, ' le bal était dans tout son éclat.

La maîtresse de la maison vint au-devant d'eux.

(I M. de Sombreuse, » dît Estelle.

Mme de Sarens regarda le nouveau venu et partit d'un éclat de rire. M. de Sombreuse s'inclina, etd'unair gai : n On vous avait prévenue, madame, dit-il; mais cela dépasse encore vos espérances, n'est-il pas vrai ?

— Franchement oui, répliqua-t-elle.

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— Bàh! continua Paul, si le ramage ne ressemble pas au plumage, qu'importe?

D'ailleurs ne craignez rien , vous n'aurez à me refuser ni valse, ni contredanse. Je suis de ceux qu'on oublie dans un fauteuil . »

La glace était rompue. M. deSombreuse disparut dans la foule. Un instant après, Sabine l'aperçut dans un coin qui causait avec une douairière, ce Bon! dit-elle à Mme de Marsannes, voilà votre protégé à sa place. »

M. de Sombreuse était parfaitement laid, mais d'une laideur spirituelle qui ne déplaisait pas: beaucoup de physionomie, beaucoup de vie et de mouvement dans l'expression du visage, dans le regard une singulière vivacité. On sait que la plupart des hommes ont dans l'ensemble des traits quelque chose qui les rapproche d'un type animal. On ne pouvait apercevoir M. de Sombreuse sans penser aux singes. 11 était de la famille des chimpanzés et des macaques, comme d'autres en grand nombre,

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sont de la race des chevaux, des boucs ou des perroquets. Les plus malheureux, et on en connaît , rappellent les batraciens, grenouilles ou crapauds. Lorsque M. de Sombreuse entrait dans une conversation, au bout d'une heure on oubliait le singe et on ne voyait plus que l'être moral : par là il ^vait son charme, et par là il s'imposait!*ï^ersonne ne songeait plus à s'écrier : Qu'il est laid ! Ce je ne sais quoi auquel les femmes ne se trompent pas leur faisait deviner qu'elles tenaient une grande place, la plus grande peut-être, dans la vie de M. de Sombreuse; cette découverte les prédisposait en sa faveur. Ce qu'elles apprenaient plus tard dans les confidences échangées au coin du feu leur faisait bien voir qu'elles avaient été véritablement le mobile, la cause et le but de toutes ses actions. Espérances, regrets, entreprises, il rapportait tout à ces charmantes créatures qu'en ses jours de misanthropie railleuse il appelait les plus jolis animaux de la création. Le regard et

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raccent faisaient passer par-dessus la crudité du mot. On y sentait une adoration qui survivait aux* épreuves et au temps.

D'une famille considérable et né avec quelque fortune dont il usait généreusement , M, de Sombreuse aurait pu se pousser dans le monde et arriver aux positions les plus enviées ; quelque histoire d'amour l'en avait toujours empêché. Un matin il partait pour l'Italie à la poursuite d'un voile vert qui l'eût mené tout droit jusqu'en Chine^ si telle avait été sa fantaisie, sans qu'il eût songé à se plaindre ; à quelque temps de là^ un soir, au moment où il était question de sa prochaine entrée au conseil d'État, on apprenait que Paul faisait l'école buissonnière en Suisse avec des cheveux blonds éparpillés autour d'un front de vingt ans.

Le beau était qu'il n'eût pas échangé sa condition contre la couronne d'un empereur. On citait de lui des actes de courage et de dévouement^ de nobles sacrifices à l'amitié, des témoignages de désintéresse-

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ment bien rares dans un temps où les millionnaires sont mis. sur le pinacle; pour lui, cela n'était rien ; il n'estimait que les folies par lesquelles il était arrivé à la conquête d'une fleur ou d'un gant. Les pères de famille et les philosophes ont un grand mépris pour ces natures : le code, les mœurs, la civilisation, tout les réprouve; mais les femmes les regardent avec plus d'indulgence. Cette indulgence et quelque chose de plus suffisaient à M. de Sombreuse.

Paul dans son fauteuil, blotti au coin d'un salon, Mme de Sarens n'y pensa plus.

Le bal s'acheva sans qu'elle le revît- Elle ne s'en souvenait guère lorsque le mercredi suivant on annonça M. de Sombreuse. Quelques personnes se trouvaient chez Sabine.

Feu d'hommes du monde avaient autant que M. de Sombreuse l'art d'entrer dans une conversation et de s'en emparer.

L'hostilité que lui faisait voir la maîtresse delà maison aiguisa son esprit; son tempérament se plaisait aux luttes ; il saisit un

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mot au vol, hasarda, à propos d'une anecdote qui faisait grand bruit, une théorie qui fît pousser les hauts cris à l'assemblée, et un quart d'heure après sa venue un cercle s'était formé autour de lui. Mme de Sarens, qui n'était pas tous les mercredis à pareille fête, s'adoucit et lui donna la réplique. A six heures, ils se trouvèrent seuls. M. de Sombreuse avait gaiement tué dix visites sous lui. Mme de Sarens, assise sur une chauffeuse et les mains croisées sur les genoux, dans l'attitude que Pradier a donnée à Sapho, leva les yeux sur lui. a Vous voilà chez moi malgré moi ; qu'y comptezvous faire ? dit-elle.

— Y rester.

— Est-ce à dire qu'après avoir poussé votre visite au delà des bornes que l'usage du monde autorise , il ne vous déplairait pas de dîner avec M. de Sarens et moi ?

— Mon Dieu! madame, il est certain que, si vous m'invitez, je dînerai volontiers chez vous, que M. de Sarens y soit ou

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n'y soit pas.... Si vous ne m'engagez pas, il est clair que je m'en irai.

— Vraiment ! vous ferez cet effort ?

- — Oh! ne vous hâtez pas de vous réjouir, je ne m'en irai que pour revenir.

— Bientôt ?

— Le pUis tôt possible , demain ou ce soir même, si vous le permettez. »

Mme de Sarens tourna des yeux nonchalants autour d'elle, et faisant mine de regarder les trumeaux, le lustre, les lambris, les portières et les rideaux :

<f Je vous assure, monsieur, que des salons comme celui où j'ai l'honneur de vous recevoir se trouvent dans toutes les rues, dit-elle. Un peu de soie, un peu de dorure, un peu de cristal, et c'est tout.

— C'est exact comme un procès-verbal ; mais si la cage ressemble à beaucoup d'autres qui ne ressemblent à rien, l'oiseau cju'on y rencontre a son originalité.

~ Àh !

— Madame, voU'e valet de pied a oublié

38 MADAME DE SARENS.

d'allumer un flambeau ; vous plaît-il de me permettre d'user du droit que l'ombre autorise ?

— Quel droit ?

— Celui de la franchise.

— Je m'en méfie ; elle est souvent cousine de l'impertinence ou amie intime de l'indiscrétion. Je me risque cependant.

— Eh bien ! madame , ce qui m'attire dans ce salon ^ à présent que je vous connais mieux, c'est qu'on y rencontre une personne qui a le parfum de la verveine et la saveur du citron. Cela réveille et cela pique.

— Au besoin même, cela égratigne.

N'est-ce point cela que vous voulez dire?

. — Je ne dis pas non.

— J'en suis fort obligée à votre' amour de la vérité.

— M'estimeriez-vous beaucoup , si je vous disais que votre esprit a le goût de la bergamote et que votre conversation sent la pommade ? La persoMbe dont je parle a

fait certainement cette remarque, que tout le monde aujourd'hui ressemble à tout le monde. Son avantage ou soii malheur, comme il vous plaira, est d'être une nature : or n'a pas une nature qui veut. Mme de Sarens en a une très-nettement accusée.

On dirait une médaille de bronze sur laquelle s'est exercé un burin d'acier, un burin très-fin et très-aigu. Elle voudrait que cela ne fût pas, cela n'en serait pas moins. Il faudrait briser la médaille pour que la gravure disparût. »

Mme de Sarens s^inclina. M. de Sombreuse, qui venait de se lever, s'approcha d'une fenêtre, et, poussant le rideau , regarda dans le jardin, où la pluie fouettait les rameaux desséchés des ormes et des saules.

« Il faut vraiment, madame, n'avoir pas une croûte de pâté dont on puisse faire l'aumône au prochain, reprit-il, pour mettre quelqu'un à la porte par le temps qu'il fait. »

40 MADAME DE SAIIENS.

Sabine tira le cordon d'une sonnette.

« Trois couverts, » dit-elle au domestique qui parut.

Puis, se tournant vers M. de Sombreuse :

a Donnez-moi un nouvel exemple de sincérité, reprit-elle. Notre' amie Mme de Marsannes a-t-elle dans ses relations beaucoup de personnes pareilles à vous ?

Avouez-le sans détour, et s'il y en a seulement quatre , je romps tout commerce avec elle. »

M. de Sombreuse prit un air grave, et, appuyant la main sur sa poitrine :

« Sur mon lionneur, madame, dit-il, je vous jure que Mme de Marsannes ne connaît qu'un seul mandrille de mon espèce, et c'est moi. »

M. de Sarens ramena deux personnes avec lui ; on se trouva cinq autour dç la table. M. de Sombreuse avait le don de se trouver à Taise partout où le sort le plaçait. Le dîner fut fort gai; on eut de Tes-

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