UN CHARMANT SÉJOUR
A Mmt de Grignan] A Langlar, 15 juin 1676,.
Je me porte fort bien ; le chaud achèvera mes mains. Je jouis avec plaisir et modération de la bride qu'on m'a mise sur le cou : je me promène un peu tard; je reprends mon heure de me coucher; mon sommeil se raccoutume avec le matin ; je ne suis plus une sotte poule mouillée : je conduis pourtant toujours ma barque avec sagesse ; et si je m'égarais, il n'y aurait qu'à me crier rhumatisme : c'est un mot qui me ferait bien vite rentrer dans mon devoir. Plût à Dieu, ma fille que, par un effet de magie blanche ou noire, vous puissiez être ici ; vous aimeriez premièrement les solides vertus du maître du logis, la liberté qu'on y trouve plus grande qu'à Frêne 8, et vous admireriez le courage et la hardiesse qu'il a eues de rendre .une affreuse montagne la plus belle, la plus délicieuse et la plus extraordinaire chose du monde. Je suis assurée que vous seriez frappée de cette nouveauté. Si cette montagne était à Versailles, je ne doute point qu'elle n'eût ses parieurs contre les violences dont l'art opprime la pauvre nature dans l'effet court et violent de toutes les fontaines. Les hautbois et les musettes font danser la bourrée d'Auvergne aux Faunes d'un bois odoriférant, qui fait souvenir de vos parfums de Provence ; enfin, on y parle de vous, on y boit à votre santé ; ce repos m'a été agréable et nécessaire.
1 C'était la résidence de l'abbé Bayard. '-' Propriété de M"" du PJessis Gucnégaud.