‹ Mme de SévignéChapitre 55 sur 123 · V. — DOULEURS DE L'ABSENCE · texte numérisé non relu

V. — DOULEURS DE L'ABSENCE

QUELQUES JOURS LOIN DE Mme DE GRIGNAN2

[A J/mc de Grignan] Livry, 1er juiu ItiTi.

Il faut, ma bonne, que je sois persuadée de votre fonds pour moi, puisque je vis encore. C'est une chose bien

1 Pichons pour picliouns, mot provençal qui signifie « les petits ». - M",c de Grignan était alors à Paris où elle séjourna de février 1074 à mai ioTo. Blœe de Scu'guc l'avait quittée pour quelques jours.

étrange que la tendresse que j'ai pour vous; je ne sais, si contre mon dessein j'en témoigne beaucoup, mais je sais bien que j'en cache encore davantage. Je ne veux point vous dire l'émotion et la joie que m'a données votre laquais et votre lettre. J'ai eu même le plaisir de ne point croire que vous fussiez malade; j'ai été assez heureuse pour croire ce que c'était. Il y a longtemps que je l'ai dit : quand vous voulez, vous êtes adorable ; rien ne manque à ce que vous faites. J'écris dans le milieu du jardin, comme vous l'avez imaginé, et les rossignols et les petits oiseaux ont reçu avec un grand plaisir, mais sans beaucoup de respect, ce que je leur ai dit de votre part; ifs sont situés d'une manière qui leur ôte toute sorte d'humilité. Je fus hier deux heures toute seule avec les hamadryades : je leur parlai de vous ; elles me contentèrent beaucoup par leur réponse. Je ne sais si ce pays tout entier est bien content de moi; car enfin, après avoir joui de toutes ses beautés, je n'ai pu m'empêcher de dire :

Mais, quoi que vous ayez, vous n'avez point Calixte, El moi, je ne vois rien quand je ne la vois pas '.

Cela est si vrai, que je repars après dîner avec joie. La bienséance n'a nulle part à tout ce que je fais; c'est ce qui est cause que les excès de liberté «jue vous me donnez me blessent le cœur

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