I. — LE MARIAGE DE LAUZUN
U X E É T 0 N X A X T E X OUVE L L E
A M. de Coulangcs] Paris, i'j décembre 1670.
Je m*en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus éclatante, la plus secrète jusqu'aujourd'hui, la plus brillante, la plus digne d'envie : enfin une chose dont on ne trouve qu'un exemple dans les siècles passés, encore cet exemple n'est-il pas juste 2, une chose que nous ne saurions croire à Paris,
i Antoine Xompar de Caumont, duc de Lauzun, plaisait fort à Mademoiselle, fille de Gaston d'Orléans, qui avait alors 43 ans. Le roi consentit tout d'abord au mariage de sa cousine .avec ce cadet de Gascogne: puis, quatre jours plus lard, poussé par Marie-Tliéièse, Monsieur et Coudé, il retira son consentement. Il y eut mariage secret.
1 Marie, &œur d'Henri VIII, ''pousa le cuinle de Suffolk.
MADAME DE SÉYTuN'K. Ib
(comment la pourrait-on croire à Lyon '?) une chose qui fait crier miséricorde à tout le monde ; une chose qui comble de joie Mlue de Rohan et Mme d'Hauterive ; une chose enfin qui se fera dimanche, où ceux qui la verront croiront avoir la berlue ; une chose qui se fera dimanche, et qui ne sera peut-être pas faite lundi. Je ne puis me résoudre à la dire ; devinez-la : je vous le donne en trois. Jetez-vous votre langue aux chiens ? Eh bien ! il faut donc vous la dire : M. de Lauzun épouse dimanche au Louvre, devinez qui ? Je vous le donne en quatre, je vous le donne en dix, je vous le donne en cent. Mme de Coulanges dit : « Voilà qui est bien difficile à deviner : c'est Mluc de la Yallière. — Point du tout, Madame. — C'est donc M11'' de Retz i — Point du tout; vous êtes bien provinciale. — Vraiment, nous sommes bien bêtes ! dites-vous, c'est Mllc Golbert. — Encore moins. — C'est assurément M110 de Créqui. — Vous n'y êtes pas. » 11 faut donc à la lin vous le dire : il épouse, dimanche, au Louvre, avec la permission du Roi, Mademoiselle, Mademoiselle de... Mademoiselle... devinez le nom : il épouse Mademoiselle, ma foi ! par ma foi ! ma foi jurée ! Mademoiselle; la grande Mademoiselle; Mademoiselle, fille de feu Monsieur; Mademoiselle, petite-fille de Henri IV ; Mllc d'Eu, MIle de Dombes , Mllc de Montpensier ; MiIe d'Orléans; Mademoiselle, cousine germaine du roi ; Mademoiselle, destinée au trône; Mademoiselle, le seul parti de France qui lut digne de Monsieur. AToilà un beau sujet de discourir. Si vous criez; si vous êtes hors de vous-même; si vous dites que nous avons menti, que cela est faux, qu'on se moque de vous, que voilà une belle raillerie, que cela est bien fade à imaginer ; si enfin vous nous dites des injures, nous trouverons que vous avez raison : nous en avons fait autant que vous. Adieu ! les lettres qui seront portées par cet ordinaire vous feronf voir si nous disons vrai ou non.
L'HISTOIRE DU XVIIe SIÈCLE DANS LES (( LETTRES )) 243