III. — LA MORT DU COMTE DE GUICHE
t Mmt de Grignan] Paris, 8 décembre 1673.
Il faut commencer, ma chère enfant, par la mort du comte de Guiche : voilà de quoi il est question présentement. Ce pauvre garçon est mort de maladie et de langueur dans l'armée de M. de ïurenne ; la nou-
1 Armand de Gramont. comle de Guiche (1 038-1673) . Il fut exilé plusieurs fois à cause de ses aventures galantes et même banni en Hollande pour quelques intrigues contre Mllc de La Vallière Rentré en Fiance vers 1671, il >p distingua au passage du Rhin, et mourut de langueur en 1G73.
vellc en vint mardi matin. Le père Bonrdaloue Pa annoncée an maréchal de Gramont, qui s'en douta, sachant l'extrémité de son fils. Il fit sortir tout le monde de sa chambre : il était dans un petit appartement qu'il a au dehors des Capucines : quand il fut seul avec ce père, il se jeta à son cou. disant qu'il devinait bien ce qu'il avait à lui dire; que c'était le coup de sa mort : qu'il le recevait de la main de Dieu ; qu'il perdait le seul et véritable objet de toute sa tendresse et de toute son inclination naturelle ; que jamais il n'avait eu de sensible joie ou de violente douleur que par ce fils, qui avait des choses admirables : il se jeta sur un lit, n'en pouvant plus, mais sans pleurer, car on ne pleure point dans cet état. Le Père pleurait, et n'avait encore rien dit : enfin il lui parla de Dieu, comme vous savez qu'il en parle : ils furent six heures ensemble ; et puis le Père, pour lui faire faire son sacrifice entier, le mena à l'église de ces bonnes Capucines, où l'on disait vigiles pour ce cher fils : le maréchal y entra en tombant, en tremblant, plutôt traîné et poussé que sur ses jambes; son visage n'était plus cohnaissable. M. le Duc le vit en cet état ; et en nous le contant chez Mme de La Fayette, il pleurait. Ce pauvre maréchal revint enfin dans sa petite chambre : il est comme un homme condamné ; le roi lui a écrit : personne ne le voit. Mme de Monaco ' est entièrement inconsolable: Mm0 de Louvigny l'est aussi, mais c'est par la raison qu'elle n'est point affligée. N'admirezvous point le bonheur de cette dernière ? La voilà dans un moment duchesse de Gramont. La chancelière 2 est transportée de joie. La comtesse de Guiche fait fort bien : elle pleure quand on lui conte les honnêtetés et les excuses que son mari lui a faites en mourant. Elle dit : « Il était aimable; je l'aurais aimé
1 M™' de .Monaco clait la sœur du comte et Mmc de Louvigny était sa bellesn".ir.
2 La chancelière Séguier, grand'mère de Marguerite de Bélliune-Sully qui avait épousé le comte.