CHAPITRE VII
LES œuvres: le livre de l'allemagne
Ce livre est le plus achevé des écrits de Mme de Staël. La composition en est largement ordonnée; les pensées y sont justes; le style soutenu. Il y a un dessein qui domine l'ouvrage : faire connaître l'Allemagne aux Français ; la leur expliquer et expliquer, par contraste, la France aux Allemands et la leur faire admirer davantage ; rafraîchir la littérature française; élargir les horizons, ouvrir à la poésie dfe nouvelles avenues vers des sources nouvelles. Mme de Staël apporte à cette œuvre une intelligence d'une compréhension extraordinaire, une sympathie humaine, une passion de la vérité, un enthousiasme pour le beau qui n'ont été dépassés par personne.
L'ouvrage est divisé en quatre parties :
I. De l'Allemagne et des mœurs des Allemands. — II. De la littérature et des arts. — III. La philosophie et la morale, — IV. La religion et l'enthousiasme»
Les deux premières parties seules sont une étude directe de l'Allemagne; la troisième est une suite de dissei'tations sur des questions chères à Fauteur; la dernière, une digression sur son thème préféré. Les proportions du livre sont ainsi celles de l'esprit de Mme de Staël. Le ton est celui du temps où elle écrivait. Mais encore, à ce titre, les deux dernières parties valent comme témoignage. Les deux premières n'ont rien perdu de leur prix. On fait autrement, on sait davantage, on ne comprend pas mieux, on ne sent pas plus vivement. Le fond du livre subsiste donc, et plusieurs chapitres, qui ont fait époque, demeurent définitifs.
L'auteur est saisi dès l'abord par les contrastes : Il n'y a point de prose classique en Allemagne; on y attribue moins d'importance au style qu'on ne le fait en France ; chacun se crée sa langue. La poésie a plus de caractère que la prose, elle est en même temps plus aisée à comprendre : c'est que le rythme et la mesure règlent la pensée et l'obligent à se préciser. La poésie, en France, est tout esprit, éloquence, raison ou persiflage ; la poésie en Allemagne est tout sentiment : c'est « la poésie de l'ame ». Elle touche et elle pénètre; elle fait voir et elle fait rêver.
Mme de Staël était trop duxviii^ siècle pour apprécier la révolution que Chateaubriand avait accomplie dans la littérature française. Mais, arrivée en Allemagne, où elle apprit à la fois la langue et la littérature, elle sentit spontanément ce qui lui échappait encore en France : la vie colorée, la puissance har-