‹ Mme de StaëlChapitre 75 sur 112 · IMPRESSION DE VOYAGE · texte numérisé non relu

IMPRESSION DE VOYAGE

Une fois, en voyageant de Dresde à Leipsick, je m'arrêtai le soir à Meissen, petite ville placée sur une hauteur, au-dessus de la rivière, et dont réalise renferme des tombeaux consacrés à d'illustres souvenirs. Je me promenais sur l'esplanade, et je me laissais aller à cette rêverie que le coucher du soleil, l'aspect lointain du paysage, et le bruit de l'onde qui coule au fond de la vallée, excitent si facilement dans notre âme; j'entendis alors les voix de quelques hommes du peuple, et je craignais d'écouter des paroles vulgaires, telles qu'on en chante ailleurs dans les rues. Quel fut mon étonnement, lorsque je compris le refrain de leur chanson : ils se sont aimés, et ils sont morts avec l'espoir de se retrouver un jour! Heureux pays que celui où de tels sentiments sont populaires et répandent jusque dans l'air qu'on respire je ne sais quelle fraternité religieuse, dont l'amour pour le ciel et la pitié pour l'homme sont le touchant lien ! (IVe partie, chap. n.)

DEUX RACES D'HOMMES. - LE RESPECT I) ES C Ko Y A NCES

Les hommes donl les affections sont désintéressées et les pensées religieuses; les hommes qui vivent dans le sanctuaire

(1) Allusion à Chateaubriand.

de leur conscience et savent y concentrer, comme dans un miroir ardent, tous les rayons de l'univers : ces hommes, dis-je, sonl les prêtres du culte de l'âme, et rien ne doit jamais les désunir. Un abîme sépare ceux qui se conduisent par le calcul et ceux qui sont guidés par le sentiment ; toutes les autres différences d'opinion ne sont rien, celle-là seule est radicale. Il se peut qu'un jour un cri d'union s'élève, et que l'universalité des chrétiens aspire à professer la même religion théologique, politique et morale : mais avant que ce miracle soit accompli, tous 1rs hommes qui ont un cœur et qui lui obéissent, doivent se respecter mutuellement. (IVe partie, chap. iv.)

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