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POURQUOI LES FRANÇAIS SONT IRRELIGIEUX

On accuse amèrement le Français d'être irréligieux ; mais Lune des principales causes de ce funeste résultat, c'est que les différents partis, depuis vingt-cinq ans, ont toujours voulu diriger la religion vers un but politique, et rien ne dispose moins à la piété que d'employer la religion pour un autre projet qu'elle-même. Plus les sentiments sont beaux par leur nature, plus ils inspirent de répugnance quand l'ambition et l'hypocrisie s'en emparent. Lorsque Bonaparte fut empereur, il nomma le même archevêque d'Aix (1), dont nous venons de parler, à l'archevêché de Tours ;et celui-ci, dans un de ses mandements, exhorta la nation à reconnaître Napoléon comme souverain légitime de la France. Le ministre des cultes, se promenant alors avec un de ses anus, lui montra le mandement et lui dit : « Voyez, il appelle l'empereur grand, généreux, illustre, tout cela est fort bien ; mais c'est légitime qui était le mot important dans la bouche d'un prêtre. » Pendant douze ans, à dater du Concordat, les ecclésiastiques de tous les rangs n'ont laissé passer aucune occasion de louer Bonaparte a leur manière, c'est-à-dire, en l'appelant l'envoyé de Dieu, l'instrument de ses décrets, le représentant de la Providence sur la terre. Les mêmes prêtres ont depuis prêché sans doute une autre doctrine ; mais comment veut-on qu'un clergé, toujours aux ordres de l'autorité, quelle qu'elle soit, ajoute à l'ascendant de la religion sur les âmes?

Le catéchisme qui a été reçu dans toutes les églises, pendant le règne de Bonaparte, menaçait des peines éternelles quiconque ri aimerait pas ou ne défendrait pas la dynastie de Napoléon. « Si vous n'aimez pas Napoléon et sa famille, disait ce catéchisme (qui, à cela près, est celui de Bossuet), que vous en arrivera-t-il? — Képonse : Alors nous encourrons la damnai ion éternelle (2). »

(1) M. de Boisger'n.

(2) P. 55. D. Quels sont les livrons des chrétiens à V égard des pi

qui 1rs gouvernent, il quels sont en particulier nos devoirs envers Xiifioléon Ier, noire empereur?

Jî. Les chrétiens doivenl aux princes qui les gouvernent, et nous devons en particulier à Napoléon Ier, nuire empereur, L'amour, le respect, l'obéissance, la fidélité, le service militaire, les tributs ordonnés pour la, conservation et la défense de l'Empire et de son trône...

Fallait-il croire, toutefois, que Bonaparte disposerait de l'enfer dans l'autre monde, parce qu'il en donnait l'idée dans celui-ci? En vérité, les nations n'ont de piété sincère que dans les pays où la doctrine de l'Église n'a point de rapport avec les dogmes politiques, dans les pays où les prêtres n'exercent point de pouvoir sur l'Etat, dans les pays enfin où l'on peut aimer Dieu et la religion chrétienne de toute son âme, sans perdre et surtout sans obtenir aucun avantage terrestre par la manifestation de ce sentiment. (IVe partie, chap. vi.)

l'armée doit -elle obéir sans raisonner?

Qu'arrive-t-il enfin de cette maxime emphatique : L'armée ne doit pas juger, mais obéir? C'est que l'armée, dans les troubles civils, dispose toujours du sort des empires ; mais seulement elle en dispose mal, parce qu'on lui a interdit l'usage de sa raison. C'est par une suite de cette obéissance aveugle à ses chefs, dont on avait fait un devoir à l'armée française, qu'elle a maintenu le gouvernement de Bonaparte : combien ne l'a-t-on pas blâmée cependant de ne l'avoir pas renversé ! Les corps civils, pour se justifier de leur servilité envers l'empereur, s'en prenaient à l'armée ; et il est facile de faire dire dans la même phrase aux partisans du pouvoir absolu, qui d'ordinaire ne sont pas. forts en logique, d'abord que les militaires ne doivent jamais avoir d'opinion sur rien en politique, et puis, qu'ils ont été bien coupables de se prêter aux guerres injustes de Bonaparte. Certes, ceux qui versent leur sang pour l'État ont bien un peu

Honorer et servir notre Empereur est donc honorer et servir Dieu même.

D. N'y a-f-il pus tirs motifs particuliers qui doivent plus fortement nous attacher à Napoléon ICT, notre empereurf

R. Oui : car il est celui que Dieu a suscité dans les circonstances difficiles, pour rétablir le culte public de la religion sainte de nos pères et pour en être le protecteur. Il a ramené et conservé l'ordre public par sa sagesse profonde et active ; il défend l'Etat par son bras puissant : il est devenu l'oint du Seigneur par la consécration qu'il a reçue du souverain pontife, chef de l'Eglise universelle.

I). Que doit-on penser de ceux qui manqueraient à leur devoir envers notre empereur?

/,'. Selon L'apôtre saint Paul, ils résisteraient à l'ordre établi de Dieu même, ei se rendraient dignes de la. damnation éternelle. (Noie ilr V édition de 1IS18.)

le droit de savoir si c'est de l'Etat qu'il s'agit quand ils se battent. Il ne s'ensuit pas que l'armée puisse être le gouvernement : Dieu nous en préserve ! Mais, si l'armée doit se tenir à part des affaires publiques dans tout ce qui concerne leur direction habituelle, la liberté du pays n'en est pas moins sous sa sauvegarde ; et quand le despotisme s'en empare, il faut qu'elle se refuse à le soutenir. Quoi ! dira-t-on, vous voulez que l'armée délibère? Si vous appelez délibérer, connaître son devoir et se servir de ses facultés pour l'accomplir, je répondrai que, si vous défendez aujourd'hui de raisonner contre vos ordres, vous trouverez mauvais demain qu'on n'ait pas raisonné contre ceux d'un autre ; tous les partis qui exigent, en matière de politique comme en matière de foi, qu'on renonce à l'exercice de sa pensée, veulent seulement que l'on pense comme eux, quoi qu'il arrive ; et cependant, quand on transforme les soldats en machines, si ces machines cèdent à la force, on n'a pas le droit de s'en plaindre. L'on ne saurait se passer de l'opinion des hommes pour les gouverner. L'armée, comme toute autre association, doit savoir qu'elle fait partie d'un État libre, et défendre, envers et contre tous, la constitution légalement établie. (IVe partie, ehap. xiv.)

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