AGNÈS
SAINTE -AGNÈS , à clHérissel qui entre.
Arrivez doç^c ici, monsieur l'homme de b\en.
d'hérissel.
Tu es étonne de me revoir. M on re'giment était déjà \ cheval et nous allions partir, lorsque le général nous a annoncé que nous restions ici un mois en garnison.
Grand Dieu!
d'héhissel.
J'en suis enchanté... et toi aussi, ça te fait plaisir, n'est-i! pas vrai ?
SAINTE-AGNÈ^.
Du tout, monsieur.
d'hérissel.
Et pourquoi donc ?
0 mon Dieu ! inspire-moi quelque moyen qui puisse nous sauver.
SAINTE-AGNÈS
Tu me demandes pourquoi ?.. Apprenez, monsieur, qu'il y a des devoirs , des droits qu'il faut respecter... ceux de l'amitié d'al>ord , et plus encoi'e ceux de la morale.
DUÉBISSEL.
Ah! ça, qu'est-ce qui te prend doue?.., (à /jorf.) Est-ce qu!il s'en mole aussi?
SAINTE-AGNÈS
Toit., im liomme marie... qui as une jolie femme... par on /tlitqu'elle esttrès-jolie, ta femme. ..ehbien! qu'est-ce que tu dirais, si je lui faisais la cour ?
MAD. DE SAINTE-AGNÈS , Voulant l'arrêter.
Monsieur...
SAINTE-AGNÈS
Non, madame.... il faut que je le confonde. {^A d'Hé- «•issel. ) Enfin , re'ponds... si je lui faisais la cour?... si par exemple , je lui adressais une de'claration... qu'est-ce que tu ferais ?
u'hébissel.
Je prierais d'aLord ma femme de ne pas m'en parler.
SAINTE-AGNÈS
Ce serait peut-être le mieux... mais si elle ne le pouvait pas ?. . si l'indignation lui faisait rompre le silence? d'hébissel.
Je 1;» prierais alors de se de'fendre elle-même et de le conge'dier le plus honnêtement possible.
SAINTE-AGNÈS
Vous l'entendez, madame, il vientde jDrononccr lui-même son arrêt.
d'hérissel.
Que venx-tu dire ?
SAINTE-AGNÈS
Cette lettre te l'expliquera... je te la rends. d'hébissel , éto nné et la prenant.
Cette lettre...
SAINT'Î-AGNÈS
Oui , cette de'claration que tu as e'crite à ma femme... et que tu lui as remise.
d'hérissel.
Moi!
SAINTE- AGNÈS
Ne vas-ta pas faire l'e'tonné? .... elle en est convenue
elle-même elle nie l'a avoue' et tu vois encore son
t^motion ce qui est tout naturel quand on n'a pas encore
l'habitude.
MAD. DE SAÏNTE-NGNÈS.
Ab ! je n'y survivrai pas.
d'hérissel.
Quoi, madame!... cette lettre d'amour, surprise entre vos mains... vous avez avoue' que c'e'tait de moi?.. MAD. de sainte-Agnès.
Dans le premier trouble... j'ai dit... du moins je pensais. ..je croyais...
d'hébissel.
Alors, madame, je n'ai plus rien à dire.... et je suis bien force d'en convenir.... {A M. de Sa'u^Ae- Agnès.) La lettre e?' de moi.
( 3J ) mad. db sainte- gnès.
Grand Dieu î
SAINTE-AGNÈS
Vous en convenez donc enfin... ( Il passe entre Mad. do
Sainte-Aquès et d'Hcrissel. )
Air des Scythes.
Des mœurs du lems exemples déplorables!
Où vous conduit la dépravation?
A des penclians , à des projets coupables ! MAD. DE SAINTE- Acwiis , d so/i maH , avec impatience. Eh ! moasieur. . . trêve de sermon.
SAINTE-AGNÈS , de même.
Eh! madame... c'est la leçon Que tous les jours , ici , vous m'avez faite. Je suis heureux, en docile écolier , D'avoir quelqu'un h qui je la répète ; C'est un moyen de ne pas l'oublier.
Terminons , de grâce , cette discussion que je ne pourrâisf supporter plus long-temps... je vous prie surtout de ne point
en vouloir à monsieur d'He'rissel qui, lui-même, doit
m'accuser.
d'héhissel.
ÎJon, Madame.... et si mon ami veut seulement nous laisser un instant , et me permettre de vous expliquer mes intentions....
SAINTE-AGNÈS
Non pas, non pas.,., il n'est pas nécessaire que cela aille plus loin.... Voila déjà ma femme qui t'excuse, et qui me prêche l'indulgence..,, ce qui ne lui e'tait jamais arrive' pour personne.
Monsieur...
SAINTE-AGNÈS
Il n'y a que cela peut-être qui pourrait me donner des soupçons.
d'oébissel.
Je te re'pète qu'ils sont absurdes ; etque je n'ai que deux mots à dire à ta femme...
SAiNTE-AGNÈS.
Tu ne lui parleras pas, je te le de'fends, et à elle aussi, et pour en être plus sûr... tu vas venir avec moi.j
Air du vaudeville de l'Actrice.
Ce n'est pas , certes , que je tremble; Mais je ne voudrais pas , mon cher , Tous les deux vous bisser ensemble :
Il pourrait m'en coûter trop cher.
Tantôt , dans un joyeux délire , A déjeuner , pour t'égayer, Je régalais... ça doit suffire;
Je ne veux pas toujours payer. {Il emmène d' Hérissel.) {A madame de Sainte-Agnès qui veut (es suivre. ) Restez , madame , ne vous de'rangez pas... je reviens h l'instant.
(// sort avec d' Hérissel.
Mad. DE SAINTE-AGNÈS , sm/e.
Quelle aventure !... j y aurais succombe' , si le ciel nVtait pas
venu à mon secours Mais ce monsieur d'He'rissel... me voilà
tout-a-faità sa discrétion... en lisant cette lettre , que va-t-il penser de moi ?. .. comment dissuader ?.. Devrait-il être permis que des personnes bien intentionne'es fussent jamais fconipromises à ce point-là ?
^Skxu 16;
Madame DE SAINTE- AGNÈS , ANATOLE, sortant du cabinet.
ANATOLE , àpart.
J'ai va sortir le mari... (Haut.) Eh bien ! madame ?..
Comment! monsieur, c'est encore vous?
ANATOLE
Oui, madame, je viens cberchér votre re'ponse.
La re'ponse !.. il ne manquait plus que cela après Vôtre indigné conduite ! .. Votre affreuse lettre !..
ANATOLE
Affreuse !
Oui, monsieur ; car elle est tombe'e enlre les maitis de riiOn mari...
ANATOLE
Dieu!
Le ciel apermis qu'un autre fûtaccuse... qu'il en soitbe'ni... mais je ne suis pas plus tranquille pour cela} car cette lettre.... que, heureusement, je n'ai pas lue....
ANATOLE
Quel dommage!... Je m'en vais vonSla dire... je la sais par cœur.
Non, Monsieur; je ne veux ni l'entendre, ni la connaître mais je veux savoir ce qu'elle contient et
j'espère au moins qu'il n'y avait rien qui pût me compromettre.
ANATOLE
Oh! non, madame. .. rassurez-vous : je n'y parlais que de mon amour.
Est-il possible!... je suppose au moins que c'e'taitdans des termes convenables.
ANATOLE
Oh ! sans doute... tout ce qu'il y avait de plus tendre et de plus passionne'. Répertoire Dramatique.
M\n. DE SMNTE-AG!SÈS,
Quelle imprudence !.. au moins , monsieur, vous ne l'avest pas signe'e ?
ANATOLE
Me broyei-voùlS capable d'e'crire une lettre anonyme ?
Et! monsieur, on ne signe jamais ces leltres-là !i.
ANATOLE
Je n'en savais rien, madame... c'est la première; mai^ du reste je m'en souviens bien... je ne vous y ai tutoyée qu'une fois.
MAD. DE SAINTE-AGNÈé.
Me tutoyer! miséricorde!..
ANATOLE
Une seule fois , madame.
C'est mille fois trop Que va penser monsieur d'IIe'ris-
sel?
ANATOLE
Ce n'est pas ma faute... c'est dans cet endroit où je vous remerciais de vos bonte's...
De mes bonte's !..-• et de quel droit ^ Monsieur , osezvous me calomnier ainsi.... et mentir à votre propi'e conscience ?
Pardon, madame, je n'aurais jamais eu cette bnrdiessc sans co souvenir... {Jl le tire de sa poche et le montre à Madnme ds Suinta Agnès.) sur lequel j'ai eu l'indiscre'tion de jeter les yeux... et on. j'ai vu que vous aviez daigne' vous occuper de moi... tenez, lisez plutôt.
MAD. DE SAINTE- AGNÈS, prenant le souvenir.
Ce souvenir... eh ! mais ce n'est pas mon écriture... c'est celle de ma nièce.
ANATOLE
Irène!... il serait possible !.. {à part.) khi qu'ai-je fait...
Ma nièce!., quel oubli de toutesiesbienséances !.. une jeune fille de son âge!., oser vous aimer!., l'e'crire!.. Je vais la trouver, et lui apprendre...
ANATOLE
Non , Madame ; je ne souffrirai pas qne pour moi elle .soit grondée , elle soit compromise... Que j'étais ingrat!... elle seule daignait s'occuper de moi.... daignait me plaindre.... tandis que vou.s, Madame, vous, dont je crevais être aimé , vous n'aviez pour moi que de l'indifférence , que de la haine.
Madame de Sainte-Agnès. 5.
Oui, monsieur; c'est ce que je vous dois... c'est ce que tons méritez... Je vous hais plus que je ne peux vous le dire...
ANATOLE
Je ne le vois que trop ; et vous serez satisfaite.... tant de me'pris e'toufient mon amour... je veux vous bannir de mon cœur, vous oublier.
Il y a long-temps que vous auriez dû le faire.
ANAtOLE.
.Ten aimerai. ..j'en e'pouseraiune autre... et si votre nièce..; si Irène e'tait libre...
Jamais, monsieur.... jamais je n'y donnerai mon consentement.... vous ne l'e'pouserez pas.... elle ira au couvent.... c'est ma volonté'.... et dès aujourd'hui vous ne la Verrez plus.'
ANATOLE
Quelle injustice !.. quelle tyrannie!
^cètte 17.
Mad. de SAINTE- AGNÈS , D'HÉRISSEL , ANATOLE.
d'hérissel, entrant sur les derniers mots de Madame de Sainte-Agnès.
Eh! mais, qu'entends-je !... on se dispute.... (à Madame de Sainte-Agnès. ) de l'émotion.... de la colère.... vous, madame!...
Ah! mon Dieu!... me voilà compromise de toutes les manières.
d'hérissel.
Madame , j'avais su e'chapper à votre mari... et j'accourais.... ij^oyant Anatole qui est près de la table, la téùe entre ses mains.) Mais qu'a donc mon jeune cousin ?. .
La forcer d'entrer au couvent ! quelle indignité'!
d'hérissel.
Au couvent!., eh, qui donc?
ANATOLE
M"* Irène.
Il serait possible !
D herissel.
ANATOLE
Oui, mon cousin; exprès pour me tourmenter... pour me rendre malheureux... mais les obstacles augmenteront mou amour... et dès qu'on me la refuse... cela suffit... car je suis obstine'.
d'hérissel.
Qu'esl-cc que tu dis là ?.. tu l'aimerais !..
ANATOLE
Ouï, sans doute, ça m'est revenu, et plus fort que jamais,
d'uérissel.
■ Eh bien, mon ami, apprends qu'elle t'aime aussi... elle me l'a avoui^...
ANATOLE
Eh! mon Dlea, jele sais bien... et c'est pour cela que madame veut nous se'parer. .. veut nous désunir... veut l'envoyer au couvent.
Tute trompes... déjà , ce matin, madame m'a promis qu'elle renoncerait à ces ide'es-là.
J'ai dit, monsieur, queje verrais... que je consulterais...
o'nÉRISSEL.
Mais, depuisjj'ai pense' que vous e'tiez ddcide'e.
Qui a pu vous le faire croire ?
d'uérissel.
Une lettre que j'ai là, et dont nous pouvons prendre connaissance.
Du tout , Monsieur , du tout.... ce n'est pas ne'oessaire.... je n'ai jamais pre'tendu contrarier les inclinations de ma nièce.
d'hérissel.
C'est ce queje me suis toujours dit... (Bas à Anatole.) Laissemoi... maintenant le reste me regarde.
ANATOLE
Comment, vous croyez...
d'hérissel.
Va-t-en,tedis-je,je me charge de tout. {Anatole sort.)
^CCtXC 18.
Mad. de SAINTE- AGNÈS , M. D'HÉRISSEL.
d'uérissel.
Combien je vous remercie, madame, de ce que vous voulez bien faire pour votre nièce.
Mais, monsieur...
d'uérissel.
C'est moi , maintenant, qui suis votre de'biteur -, et, pendan t que nous sommes seuls... que votre mari n'y est pas, je me bâle de vous faire une restitution.
Ail! monsieur, qu'avez-vous pense ?
d'uérissel.
J'ai pense' à vous rendre service, madame, et pas iiuhc cbosc... je vous rends celte lettre qui n'a point quille mon por-. teieuillc.
MAD. UE SAINTE -AGNi:S.
Ainsi, monsieur, vous ne l'avez point lue? ^ d'iiéhissel.
Non assurément... je me suis fait un raisonnement... je me^ suis dit : « De deux choses l'une , ou j'ai e'crit cette lettre, puisfju'uue personne de foi l'atErme; et alors je dois savoir oe «[u'elle contient.... ou je ne l'ai point e'crite ; ce que je serais assez tente' de croire.... et alors je n'ai point le droit de l'iiu vrir. » Et c'est a vous d'en faire ce que vous voudrez... Eh lieu, vous la refusez?
Non , monsieur... mais avant de la reprendre, je voudrais, et ne sais comment vous expliquer.... car vous allez avoir de moi du iiiauvaiisespease'cs,
d'hérissel.
Moi, madame !.. je n'ai point le droit d'être se'vère... ce que je reclame, au contraire, c'est votre indulgence,., je suis l'ami de voti'emari, et voudrais être le vôtre. ..si vous m'en jugez digne. ( En ce moment M. de Sainte- Agnès entre par le fond avec Irène ft Anatole ; mais il leur fait signe de s'arrêter , envoyant d'Hérlssel et sa femme en tete-à-téte .)
Ah! monsieur! pouvez-vous en douter?., (voulant prendre la lettre.) Donnez, donnez, de grâce...
^CÎ^ttC 16*
Mad. de SAINTE-AGNÈS , M. DE SAINTE- AGNÈS , IRÈNE , M. D HÈRISSEL , ANATOLE.
SAINTE-AGNÈS , passant entre eus deux , et saisiasant la lettre. Non, madame... c'est moi qui m'en emparé.
Ciel! mon mari 1
ir|;ne.
Ma tante qui reçoit des lettres.
ANATOLE , à part .
Comment encore une !
SAINTE-AGNÈS
Cette fois vous n'e'tiez pointforce'e de la recevoir... c'est vousmême qui l'acceptiez..! qui la demandiez. d'hérissel.
C'est à moi de t'expliquer...
SAINTE-AGNÈS
Celasuffit, monsieur... cela passe les bornes... j'ai pu pardonner une première, mais une seconde fois c*est différent... et nous allons voir.
Que foites-vous ?
SAINTE-AGNÈS , décachetant la lettre. ^
3'c)UTj'e celle le Itre pour savoir à quoi m'en tenir.
Arrêtez, de grâce , et ne commettez point une indiscrétion inutile... elle n'est pointde Monsieur.
SAINTE-AGNÈS
Et de qui donc ?
MAD. DE SAIl^TE-AGNÈS.
D'Anatole. . »^
ANATOLE , étonné.
C'est la mienne.
IRÈNE , avec reproche.
Comment, monsieur!
SAINTE-AGNÈS, vivement.
A d'autres ; je n'en crois pas un mot. {Regardant au las de la lettre.) Si vraiment.... « Anatole d'He'rissel. » (Lisant.) •« Vous que j'aime depuis si long-temps sans oser vous le » dire, pardonnez aujourd'hui une audace que vos honte's » seules ont fait naître... « (S' interrompant.) Yosbonte's! à qui cela est-il adresse'?
MAD. DE SAINTE-AGN£S , vivoment.
A qui ?.. à Irène... votre nièce.'
ANATOLE, de même.
Oui , monsieur.
IRÈNE, Si^INTE-ÂGNÈS Ct d'hÉBISSEL.
Il serait possible !
SAINTE -AGNÈS, continuant.
« J'ai lu ce souvenir... où mon nom est trace'~ oii ton cœur » s'est tralii.u
MAD. DE SAINTE-AGNÈS, présentant le souvenir à son ma ri. Tenez, monsieur... ce souvenir, le voilà... reconnaissez-vous l'e'criture de votre nièce ?
SAINTE-AGNÈS , l'examinant.
Oui , vraiment , c'est bien cela , et les phrases les plus tentlres.
IKÊNE , d'un air suppliant.
Mon oncle, de grâce... {A niad.doSainte-j4gnès.)^ou , ma tante, ne croyez pas...
Fi! mademoiselle^..
IRÈNE
Comment, M. Anatole, vous avez eu l'indiscre'tion...
ANATOLE
Ne m'en accusez pas, puisque je lui dois mon bonheur.
D'i(ÉRii.sEL, faisant passer Irène auprès d'Anatole, Ces chers eufans !
SAINTE-AGNÈS
Mais ce pauvre d'IIerisselque vous accusiez...
Je croyais que monsieur etuit seul capable d'une telle audace... niais je me trompais... tout le monde est sujet à ['er;icur.
SAINTE-AG^ÈS
A qui le dites-vous?... {Ad'Jiérissel.) Mais toi qui en contenais...
d'hébissel.
Pour te faire plaisir... d'uprès ce que tu m'avais demande ce matin.
Comment, monsieur.. .
SAINTE- AGNÈS
C est bien... c'estbien; pas d'autres explications... j'ai decide'mentun ami et une femme comme on n'envoit pas,
ANATOLE
Et moi aussi.
IRÈNE
Et nous ne savons , ma tante , comment vous en te'moigner notre reconnaissance.
MAD. DE SAINTE- AGNÈS, /)assonf auprès d^Irène.
Prouvez-la moi , nia nièce , en rempli.ssant vos devoirs.... et fuyant surtout le inoude et ses maximes perverses... et eu vousre'pe'tant...
d'hérissel.
Ce que nous disions ce matin : qii'ici-Las on nepeutre'pondre de rien , et que la vertu la plus se'vère a souvent elle-même besoin d'indulgence.
AIR du vaudeville de la Haine d'une Femme.
laÈNE.
C'est la bonté , c'est l'indulgence , Qui seules donnent le bonheur; Tous ces censeurs pleins d'exigence Sont toujours de mauvaise humeur; L'espèce humaine qu'ils corrigent , Par ses torts les rend furieux.
0 vous , que nos défauts affligent , Pour être heureux , fermez les yeux.
d'hérissel.
Je crois qu'au sein de la richesse , Le malheur n'est point oublié ; Je crois à la délicatesse, A la constance, à Tamitié.
Contre mes erreurs on s'élève ; Mais moi , j'y tiens tant que je peux... Et si le bonheur est un rêve , Pour être heureux fermons les yeux.
ANATOLE
Il est bien des esprits funèbres Qui voudraient, craignant la clarté , Cacher sous d'épaisses ténèbres l^e flambeau de la vérité.
O vous , Goth , Visigoth , Étrusque , Que le soleil rend malheureux , .^■i la lumière vous offusque , l'our être heureux fermez les yeux.
SAINTE-AGNÈS
Grands seig;ncurs , vous , qui sembicz croire Aux éloges de vos flatteurs ; liourgeois , qui lisez le mémoire Des médecins, des procureurs; Crésus, qu'on appelle un génie , Milord , dont on reçoit les vœux ; Mari , dont la femme est jolie...
Pour être heureux, fermez les yeux.
UAS. DE SAINTE-AGNÈS
Sans plus d'un sujet , sur la scène , On peut tout dire aux spectateurs ; Dans d'autres , on se tait , sous peine D'exciter de graves rigueurs.
Qu'ici , notre destin vous touche ; Daignez , en public généreux , Quand d'autres nous ferment la bouche , Sur nos défauts fermer les yeux.