‹ Mme [i.e. Madame] de Ste-Agnès; comédie vaudeville en un acteChapitre 5 sur 7 · ANATOLE, MAD, DE SAINTE-AGNÈS , IRÈNE · texte numérisé non relu

ANATOLE, MAD, DE SAINTE-AGNÈS , IRÈNE

sortant du cabinet à gauche.

MAD. DE SAINTE-AGNÈS , d'un ton sévèrc. Que demandez-vous, mademoiselle?.... qui vous amène ici ?

IRÈNE

Eien, ma tante. ...je venais vous dire qu'il est deux heures ; c'est l'heure où ordinairement nous allons à votre conférence.

MAD. DE SAINTE-AGNÈ^ , à part.

Et je l'avais oublié!.... ( A Anatole. )Si vous voulez, monsieur, vous pouvez nous y accompagner.

Répertoire Dramatique.

ANATOTE.

Aîi! je suis trop hcnrenx... je cours mettre un habit plus (leceqt, et je suis vos ordres.

Aie : De la Disijràce ( Aa ViKtx Maei )

BtAD. DE SMNTE-AGNÈ3.

Je vous permels de nous y suivre ,

Et <le nous y donner la main. {A part)

Contre l'erreur dont il s'enivre

C'est un remède souverain.

ANATOLE

A quel espoir mon cœur se livre !

Ah ! pour moi , quel beureux destin !

Il m'est permis de vous y suivre ; Je reviens vous donner la main.

IRÈNE , à part.

Quoi ! dans ce Heu , qui , d'ennui m'épouvante , Vous l'emmenez ?

Eh ! vraiment oui.

IRÈNE

Pauvre jeune homme ! il parait que ma tante Est en colère contre lui.

Je vous permets de nous y suivre ,

Et de nous y donner la main {A part.)

Contre l'erreur dont il s'enivre,

C'est un remède souverain.

ANATOLE

A quel espoir mon cœur se livre.

Ah ! pour moi , quel heureux destin!

11 m'est permis de vous y suivre ; Je reviens vous donner la main.

IRÈNE

Lorsqu'en ces lieux il doit nous suivre ,

Bien loin d'en paraître chagrin,

D'un doux espoir son cœur s'enivre ,

Gaiment il nous offre la main. Anatole sort.

MAD. DE SAINTE-AGNÈS, IRÈNE

Quant cl vous, raaclenioiselle , j'aurai à vous parler... J'ai

vu votre ami, votre conseiller dans un autre moment je

vous dirai ce que j'en pruise, car je ne veux pas me mettre en colère avant d'aller à ma conférence de morale.

IRÈNE

Vous avez .raison, ma tante... tantôt, en revenant...

Oui, mademoiselle, nous causerons de vos nouvelles intentions... qui me prouvent que, toute entière aux. vanite's du monde... approchez-moi cette toilette.

IRÈNE , approchant la toilette,

Est^e que vous n'êtes pas bien ainsi ?

Non, mademoiselle... il y aura beaucoup de monde à cette Madame de Sainte-Agnès. 3

ftssemblee... toutes les dames de la ville y seront en grande parure... et je ne veux pas que la simplicité de ma misé file .sur moi les regards... Il ne faut jamais se faire remarquer. ( Elle s'assied devant la toilette. )

IKÈNE.

Oui, ma tante.

3WAD. DE SAlNtE-AGNÈS.

Du reste, souvenez-Vôus qu'en pareil lieu, ce n'est pas l'e'clat de la parure qui fait quelque chose , mais Lien les sentiraens qu'on y apporte... ( Elle -met du rouge.) Voilà un rouge qui ne tient pas du tout.

IRÈNE

En voici d'autre.

MAD. DE SAlîSTE-AGINÈS.

A la bonne heure... ( Mettant du rouge qu'Irène vient de lui donner.) Car on est plus pare'e , mademoiselle, par la de'cence et la modestie que par les bijoux les plus pre'cieux.

IRÈNE

Oui , matante... voila votre e'crin.

C'est bien... ma chaîne... ( Irène lui donne une chaîne que Madame dé Sainte -Agnès passe à son cou.) Mes bracelets. IRÈNE , regardant dans l'écrin.

Ah ! mon Dieu! je n'en vois plus qu'un.

Comment! qu'est-ce que cela veut dire ?... qu'est-ce que l'autre est devenu ?...

IRÈNE, le cherchant dans lé tiroir de sa toilette. Ne vous fâchez pas , ma tante...

MAD. DE SAINTE-AGNÈSé

Eh bien ! ce bracelet?

IRÈNE, cherchant toujours.

Mon Dieu, ma tante... je le sais maintenant, et je me le rappelle... c'est M. Anatole...

M. Anatole !

IRÈNE

Oui, l'autre jour, en examinant votre e'crin, que j'étais occupée à serrer... il a cassé un chaînon à ce bracelet... il l'a pris en disant : « Mademoiselle Irène, n'en parlez pas; je vais le foire raccommoder, et je le remettrai sans qu'on s'en aperçoive.... »

MADr DE SAINTE-AGNÈS.

Il serait possible !

IRÈNE

Il paraît alors qu'il n'est pas fini , et que l'ouvrier l'aara fait attendre... maison pourrait le lui demander.

Du tout , mademoiselle ; je vous défends de lui en parler...

( 19) et je ne veux pas ces parures... je ne veux plus les mettre.. Serrez cet ëcrin sur-le-champ.

IBÈIVE.

Mais, ma tante , qu'est-ce que vous avez donc ?... vous voilà toute troubl(fe,

MÂU. DE SAINTB-AGJXÈS.

Moi!.... eh! bien, par exemple...

inÈNE.

Mais , oui , ma tante. ..

Que voulez-vous dire , mademoiselle?...

IRÈNE

Je vous assure, ma tante...

Et pourquoi serais-je troublée?... quelle ide'e avez-vous?.. Dieu , mon mari !...

IRÈNE, SAINTE.AGNÈS , MAD. DE SAINTE-AGNÈS. SAINTE-AGNÈS, entrant sans voir sa femms.

Eh! bien, ma chère nièce, que faisons-nous ce matin?... Je suis en belle humeur ; car rien ne dispose à la gaîte' comme un ban déjeuner.

Il est donc vrai, monsieur?

SAINTE-AGNÈS, à part.

Ah! mon Dieu! ma femme ! ( Haut.) Eh bien, oui, je

m'en accuse; j'ai dëjeûnd avec un ami... et si une bouteille de vin de Champagne est un crime... c'est un crime qui se passse si vite... sourtout quand on est plusieurs h le partager..

Vous ne faites pas attention, monsieur, que vous êtes devant des femmes , et cette extrême gaite'.

SAINTE-AGNÈS

C'est juste,

AiH du Piéije.

Oui , je l'avoue , à ce joyeux baaquet , Plus d'un convive a purdu ré(juilLbr;!; El j'ai peut-être cnleadu maint couplet

Dont la chute était un peu libre:

Mais du Champagne enfin désabusé , Pour retrouver la raison , la décence,

Je viens à vous... (à part , à Irène.) Quand on s'est amusé, Il faut bien faire pènileuce.

Je suis charge' de vous offrir les hommages de mon ami d'Ke'rissel , qui est déjà reparti.

IRÈNE

Sans nous dire adieu.

SAINTE-AGNÈS

Son géne'ral l'a fait appeler... à son grand regret; car je vous dirai , madame, qu'il a e't'i x'dyi de votre conversati^a ^ qu'il vous trouve charmante.

( 2t. ) MAI). DE SAlISX£-AG^£S.

Vraiment !

Du moins il me l'a dit... et il m'a même avoué que , s'il e'taH reste plus long-tems, 11 vousaurait foit la cour.

A moi !

SAINTE-AGNÈS

Voilà qui m'aurait amuse'.

Comment, monsieur.

SAINTE -AGNÈS

Du tout... çà m'aurait fâche', et beaucoup... mais, puisqu'il est parti, c'est un iiiallieur.

Encore , monsieur...

SAINTE-AGNÈS

Mais vous ne m'entendez pas.... je veux dire qu'on ne peut ])as condamner les gens quand il n'y a pas commencement d'exécution... Si vous aviez e'te' , comme moi, du jury, vous sauriez cela.

Ce quejesais, monsieur... c'est que vous êtes, dans toutes vos actions, d'une inconse'quence et d'une e'tourderie inexcusables.

SAINT-AGNÈS

Ne parlons pas d'e'tourderie , je vous en prie ; car vous , madame, qui êtes si grave et si raisonnable , vous en commettez ])arfois... te'moin ce joli souvenir où vous jetez vos pense'es, et que je viens de trouver dans le jardin.

IKÈNE.

O ciel !.. vous l'avez parcouru ?

SAINTE-AGNÈS

Aia : Un homme pour faire un tableau.

Le lire ! non pas , s'il vous plait ; Je croirais mériter le blâme , En portant un œil indiscret Sur les tablettes de madame.

Ma femme toujours , je le sais , Sur la morale doit écrire ; (à part. ) Et , ma foi , j'en entends assez Pour n'être pas tenté d'en lire.

(Irène prend le souvenir des mains do Sainte-Aynès.)

Vous VOUS trompez, ce souvenir ne m'appartient pas.

SAINTE-AGNÈS

J'ai vubierle petit Anatole qui vousen a fait cadeau devant moi , et vous l'avez accepte'.

Oui, monsieur.,, mais dcpuisj'en ai examine' les ornemens qui

avaient quelque chose de trop frivole... il y avait en outre des gravures d'après M. Girodet.

IRÈNE

Diane et Endymion,.. et puis Galate'c. {Ello va serrer le petit souvenir dans le tiroir de lu, toilette.)

!. SAINTE-AGNÈS

C'est là ce qui vous a scandai ise'e ?

Probablement.... et je l'ai laisse' à Irène qui s'en est emparée.

SAINTE-AGNÈS

Vous avez bien fait... parce qu'une demoiselle... c'est plus convenable.

Monsieur...

SAINTE-AGNÈS

Je veux dir», madame, que toutde'pend des ide'es... et comme elle... n'eu a pas.

Qu'est-ce a dire ?

SAINTE-AGNÈS

Calmez-vous; cela lui viendra.... vous lui en donnerea.... mais grâce au ciel, voici M. Anatole qui vient à mon secours.

IRÈNE, Madame DE SAINTE-AGNÈS, SAINTE-AGNÈS,

ANATOLE

SAINTE-AGNÈS , allant au devant d'Anatole qui entre par le

fond.

Arrive donc, mon cher ami ; car, si tu ne fais pas diversion en ma faveur , je suis battu sur tous les points.

ANATOLE , à Mad. de Sainte-Agnès.

Me voici à vos ordres , madame , et prêt a vpus donner la main.

C'est inutile, monsieur , j'ai change' d'ide'e ; et nous n'irons oas.

IRÈNE

Comment, matante, c'est vous qui refusez d'aller à votre conférence ?

SAINTE-AGNÈS , ovcc intérêt.

Chère amie... est-ce que vous êtes malade ?

Du tout, monsieur, d'autres devoirs non moins essentiels me forcent à rester chez moi.

ANATOLE

Je scraidonc prive de riiouncur d'accompagner ces dames... et j'en suis dca aie.

SAINTE-AGNÈS, bas à Anatole, I^aisse donc... tu en es enchante'.

ANATOLE

Moi, monsieur!

SAINTE-AGNÈS

Eh '.oui sans doute... tu me feras peut-être accroire que lu y vas pour ton plaisir !

ANATOLE

Certaioement.

SAINTE-AGNÈS

Je comprends bien,., parce que toutes les jolies femmes y sont,., mais il ne faut pas t'en faireun mérite... car elles seraient au bal , que tuiraistoutdeméme... Après je ne t'en fais pas (le reproches. ..j'en ferais autant,

Comment, monsieur,..

SAINTE-AGNÈS, regardant Sa femin^, Non, non, je n'en ferais pasautant, parce que je suis marie',,, mais toi, à ton âge , et quand on est amoureux... .••

IRÈNE

Amoureux, monsieur Anatole!.... (^A part.) Il serait vrai ! ,

8AINTE-AGNÈa.

Parbleu, ce n'est pas moi qu'on trompe. Depuis deux mois je m'en suis aperçu... je ne sais de qui ; mais il est triste, malheureux... il paraît que c'est une inhumaine.

ANATOLE

Ile'las! oui.

SAINTE-AGNÈS

Et elle est bien difficile.... car certainement , il est bien

gentil.... il est aimable, et moi, à coup sûr si j'e'tais

femme....

Monsieur.

SAINTE-AGNÈS

C'est une supposition... après cela, il est peut-être trçp timide... il n'ose pas... etc'est un tort... il fautoser...

Quels principes!., quels indignes conseils !

Des conseils d'ami... car que sait-on?... peut-être qu'il est aime'... et qu'on ne veut pas en convenir.

IRÈNE

C'est possible.

' SAINTE-AGNÈS

Ça se voit tous les jours... et qu'est-ce qu'on risque de se déclarer! on sait h quoi s'en tenir... et ou n'a plus qu'a scréjouir ou à se consoler.

MAD. DE 8IANTE AGIsi^S.

Monsieur!..

SAIISTE-AO'ÈS.

Je dis, monsieur, que, si justice c'tait faite, vous me'ritei'iez d'être puni.

ANATOLE

Croyez , madame', quic je suis loin d'approuver de tels principes.

SAiNTE-AGÈS , à part.

Est- il hypocrite!...

MAD. DE SAIISTE-AGNÎîS.

C'est trop de les avoir e'coute's,... je prie que dore'navaftt on me fasse grâce de pareils discours.... c'est pour en être plus sûre qu'aujourd'hui je ne verrai , ni ne l-eccvrai personne.

ANATOLE

Moi qui devais dîner chez vous.

Vous Êtes tout-à-fait lihre.... Adieu.

( Elle sort par le fond. )

SAINTE-AGNÈS

AïK de Turenne.

Elle s'en va , laissons-la faire , Caiment, nous dînerons tons trois; Ta puis au spectacle , ma chère , Nous nous rendrons en tapinois...

Pour nîo! quelle l/onne journée !

Festin, speclacle , tour-à-tour...

Que de plaisirs en un seul jour!

Prenons-en pour loule l'année.

(Il f rend Irène sous son Iras , et sort eri Tévtmenant dvéc lui.)

ANATOLE, seul.

Il faut avôtier que j'ai Lien du malheur.... à dix-huit ans passes , n'avoir encore ete' aime' de personne.... Je ne sais comment font les autres... c'est comme un fait exprès... j'ai distingue' d'ahord une jeune personne: elle veut aller au couvent... je me mets à en adorer une autre; elle a un mari, et des principes... toujours des ohstacles... ce n'estpourtant pas faute de bonne volonté'.

Air du vaudeville de l'Héritière.

A l'aspect d'un joli visa^;:e , "^^

Mon cœur éprouve un feu secret ; -"^

Mais !)ienlôt je me décourajje , Et vais auprès d'un autre objet Chercher l'accueil qu'il me faudrait ; Pt dans mes projets de tendresse , Plein d'un espoir toujours déçu , J'eus déjà plus de vingt maîtresses Qui n'en ont jamais rien su.

Et cependant s'il se ti'ouvait une femme au monde, qui daignât faire attention h moi! comhien je l'aimerais !... mais n.n; jamais madame de Saint-Agnès n'a e'te' si se'vêre qu'au-

jourtVhui,... jamais elle ne m'a plus maltraité.... liâtons-noiiji de remettre ce bracelet, que je lui ai dérobe'; car si elle s'en apci-cevait , elle me cliasserait de la maison, et j'en mourrais, je crois... (^Fendant ce temps, il a ouvert le tiroir de la toilette et l'écrin , et a remis le bracelet. ) Que vois-je !.... ( // prend le souvenir. ) Ce souvenir, qu'avant -bier je lui ai donne' , et qui déjà est oublié.... là, dans le fond d'un tiroir.... (^JJouvrant.) Ah! mon Dieu!... c'est mon nom.... je ne me trompe pas.... mon nom, à toutes les pages.... et puis, des mots.... des lignes entières qui ont été raturées!... est-ce ennuyeux!... on a toujours tant d'envie de lire ce qui est effacé.... Voilà une page qui ne l'est pas.... ce sont des vers... lisons vite. {Il lit.)

« Je voudrais lui parler , et nous voir seuls tous deux.

» Je ne sais ce que je désire , « Je ne sais ce que je veux ;

t, Mais lui , n'at-il rien à me dire ? n C'est de moi qu'elle s'occupait.... c'est à moi qu'elle pensait!... je n'ose croire à tant de bonbeur,et je cours me jeter à ses pieds.... ob! non,... ce serait trop bardi..., je n'oserais jamais... mais du moins, je puis lui écrire.... il le font... M. de Sainte-Agnès a raison.. .j'étais ti'op timide , et je ne risque rien maintenant de lui dire que je l'aime. {Il se met à table , et écrit. )

Madame DE SAINTE-AGNÈS, ANATOLE, à tablo et écrivant.

Je ne puis me rendre compte de ce que j'éprouve.... je ne puis ni m'occuper ni travailler.... ni même rester en plac.... ie suis en colère contre tout le monde.... je le suis surtout contre moi-même.... ( Apercevant Anatole ) Ab! monsieur

Anatole.

ANATOLE , à part.

C'est elle.

Je suis enchantée de le trouver.... je vais le traiter comme il

le mérite.

KtiKTOUE., se levant et pliant la lettre. Pardon, madame... je vous dérange.

MAD. DE SAINTE-AGNÈS , sèchement En aucune façon.... je venais chercher ce livre ( désignant celuiqui est sur la table); c'est moi qui plutôt vous aurai troublé.

ANATOLE

Non , madame ; j'écrivais... je composais...

Ah ! monsieur fait des vers... il ne lui manquait que cela pour cire universel.

Répertoire Dramatique.

( ^5 ) , ANATOLE, à part.

Dieu! qu'elle a l'air sévère!.; sans ce que je viens de lire, je ne fcroirais jamais.... (Haut.) Du tout, Madame... c'est tout uniment de la prose que j'adressais à unie personne si bonne , si aimable...

MAD. DE sainte-Agnès , avec ironie.

Ah! cette personne-là est aimable?

ANATOLE , la regardant.

C'est-à-dire aimable.... pas toujours... c'est celle dont je vous parlais ce matin.

Il serait possible !

Air : J'ai vu le Parnasse des dames.

Dieu ! quelle audace et quel délire !

Quoi ! sans égard pour la vertu , Vous , monsieur , vous osez écrire ?...

ANATOLE

Eh bien! oui; j'y suis résolu :

Pourquoi lui cacher ma tendresse?:..

A quoi bon contraindre mes feux ?

Je puis me passer de sagiesse...

(Madame de Sainte-Agnès fait un geste qtti exprime sa colère.) Celle que j aime en a pour deux.

D'ailleurs, vous ne savez pas ce que je lui dis.... ce sont peut-être des choses très-raisonnables.... vous pouvez en juger.

MAD. DB SAINTE-AGNÈS , le repoussoTit fièrement.

Monsieur... quelle hardiesse !

ANATOLE

J'aurais retranche' ce qui vous aurait de'plu, avant de la lui envoyer.

M.VD. DE SAINTB-AGNÈ5<

La lui envoyer!.... vous auriez une pareille ide'e!.... vous 3sez penser qu'elle pourrait la recevoir... après ce que vous lu'avez dit ce matin.... que c'e'tait la vertu, la sagesse , la perfection même.

ANATOLE

Du tout , madame.... je n'ai point dit qu'elle fût parfiiite.... elleaaussi ses défauts; elle en a beaucoup.

Comment, monsieur!....

Oui, madame; on ne sait jamais si elle vous aime ou si elle vous le'teste... elle estd'une rigueur... d'une se've'rite excessive... elle îst capricieuse , bizarre...

A merveille... il paraît que l'amour ne vous aveugle pas.

ANATOLE

Ça n'y faitrlua, madame.... en eût-elle plus encore, ça ne l'empêcherait pas de l'adorer.... on che'rit les de'fauts de

Madame de Sainte-Agnès. 4

ceux qu'on aime... et dans ce moment même, s'il faut le dire ... quoique malheureux, quoique repousse' par ses de'dains, je l'aime plus que jamais.

Monsieur....

ANATOLE

Oh ! vous ne pouvez pas vous fâcher pour elle.

jNon;maisje puis me dispenser d'entendre pour elle de pareilles de'clnrations... car, si c'e'tait àmoi qu'on eût ose' les adresser... je sais hien ce que j'aurais re'pondu.

ANATOLE , lui présentant la lettre.

Elihien, madame, dites-ie moi... carc'est pour vous que cette lettre e'tait écrite.

Quel excès d'audace !

SAINTE- AGNÈS , en dehors.

Sois tranquille , j'arrangerai tout cela.

ANATOLE

Dieu!... M. de Saint-Agnès!

Monsieur , gardez cette lettre... je le veux... jeTexige..; ou je ne vous reverrai jamais.

ANATOLE , à ses Çje)flOUX.

Non , madame... plutôt mourir... il faut que mon sort se de'cide.

Et mon mari que j'entends.

ANATOLE

Ça m'est e'gal nous nous battrons il me tuera

mais vous prendrez cette lettre.... ou je resterai là à vos genoux. {Il met la lettre dans la main de madame de Sainteuignès. )

Eli! monsieur , levez-vous.

ANATOLE, se levant, et s enfuyant dans le cabinet à gauche.

Ah ! Je vous remercie je suis le plus heureux des

hommes.

Que dit-il ?... quelle imprudence !... je n'ai point consenti... je n'ai point accepte'... Dieu! mon mari....

( Elle cache la lettre dans le livre qui est sur la tahle.

Mad. de saint E AGNÈS , M' DE SAINTE-AGNÈS. SAiNïE-AGNÈs , à la cantonnade.

Quand je te re'pète que je me charge de tout, et que je vais le demander à ta tante... Ah! la voici... je venais vous dire, chère amie... que.... ce soir.... j'avais envie d'aller au spectacle.

Eh bien , monsieur...

SAINTE-AGNÈS, à part.

Cela ne la fâche pas; c'est e'ionnant... {Haut.) Une repre'sentation au profit des pauvres de l'arrondissement... M. le maire qui vous connaissez , et qui passe'pour un homme trèscharitable, a contribue lui-même pour sa part en donnant...

MAD. DE SAlNTE-AGNÉS.

Quoi donc ?

SAINTE-AGNÈS

Son autorisation... Manièee aussi de'sirerait y aller.. . autant que vous y consentiriez.

Dès qu'elle est avec vous , monsieur...

SAINT-AGNÈS

Comment î vous y consentez?... ((ipart.) et sans an sermon pre'alable.

Air du vaudeville do la Sovinambule.

C'est loul au plus si j'ose encore y croire.

Je n'ai rien à dire , ■vraiment , Quand il s'agit d'une œuvre mériloire , Et qiiaad surtout le spectacle est décent.

SAINTE-AGHÈS.

Il n'en est point , ma chère amie , Où l'on ait moins de dangers à courir

Des amalours jouant la coméJie , Ca ne peut pas compter pour un plaisir.

(Regardant sa fem7ne.)Mais qu'avez-yous ?,.. jevous vois toute

cmue.

Oui, en cfFet... je m'occupais. ..je lisais un ouvrage qui m' avait beaucoup attache'.

SAINTE -AGNÈS , regardant le livre qui est sur la table. Celui-ci, sans doute.

MAD. DE SAINTE-AGNÈS, voulantpasser pouT le prendre Oui,monsieur... ce sont despense'es spirituelles.

SAINTE-AGNÈS, le prenant.

Du tout... il n'y a rien de spirituel Ta-dcdans... c'est le Mnnuel des Receveurs Généraux. ( l veut hd passer le livre , et le livre s'entrouvre.^ Si vraiment , 11 paraît qu'il contient quelque chose d'inte'ressant... {Il prend la lettre.) Une leltre.... sans adresse ! Qu'est-ce que cela signifie ?

Je n'en sais rien.

SAINTE-AGNÈS

11 y a un moyen de s'en assurer... c'est de la lire.

Arrêtez , monsieur.... gardez-vous de l'ouvrir : on poui'rait croire que c'est moi qui l'a decachetc'e.

Eh bien!., oîi serait le mal ?.. il y on a donc dans cette lettre ?.. vous savez donc ce qu'elle conlieul ?

( 2b ) MAP. DE SAlNTfl-AGNÈS.

?Jon,|npnsieur;mais je m'en doute.

SAINTE -AGNÈS

Est-ce que, par hasard... ce serait une déclaration ? MAD. DE SAINTE7AGNÈS , haïssant les yeux. C'est possible.

SAINTE- AGNÈS

Une de'claration '. . . . à \ous , Madame ? . . . eh bien , par exemple....

Aie de Marianne.

Et moi , qui , plein de confiance , Croyais qu'on n'oserait jamais.

MAD. DE SAINTE-AGNÈS, fièrement.

Vous ne supposez pas, je pense...

SAINTE-AGNÈS

Non , madame. . . je vous connais.

{à par t.) C'est jovial, Original...

Et , franchement , ce devrait m'être égal. Je le croyais , Je te disais; Et cependant , ça me fait De l'effet.

Si déjà l'on se trouve à plaindre, Quand seulement on craint malheur; Comment font tant de gens d'honneur Qui n'ont plus rien à craindre ?

C'est pour cela que je veux, savoir quel est l'audacieux...

Si je devais me taire.... si cette personne e'taitlie'e avec vous par les noeuds de l'amitié' ?

SAINTE-AGNÈS

Un ami l... je m'en doutais... en pareil cas ce sont toujours les amis... Mais qui diable a pu être le mien à ce point là?... est-ce que par hasard ce serait ce coquin d'Herissel?... Vousêtes troublée...

Monsieur.

SAINTE-AGNÈS , vivemetit.

C'est lui. ..et s'il n'e'tait pas à dix. lieues d'ici... s'il n'ç'tait pas parti pour long-tems...

MAD, DE SAINTE-AGNÈS , à part.

Parti!... laissons-lui son erreur.

SAINTE-AGNÈS

Voyez-vous le surnois... lui qui s'en de'fendait ce matin quand je l'en ai de'fie'.

Comment , monsieur !

SAINTE-AGNÈS

Non, Madame ; non, du tout...je lui ai dit, au contraire, qui-. je prendrais fort mal les choses... et jiour le prouver , je m'cif ■^ ais lui écrire à l'instant même.

i'ospère, monsieur, que vous n'en ferez rien... et, si vous lu'aimez, vous ne lui parlerez jamais de cette affaire. ...je vous le deinanilc ; je l'exige... D'ailleurs , monsieur , on doit de l'indulgence à ceux qui nous ontofFensé; et je vous prie de lui pardonner... comme moi-même je lui pardonne.

SAINTE-AGNÈS

Vous qui êtes parfaite, à la bonne heure... mais moi qui ne le suis pas , je tiens à m'expliquer.

Par lettres !... par correspondance!... pour prolonger un scandale , qu'il vaut mieux assoupir... Fi, monsieur! ce n'est point charitable! s'il e'tait ici , à la bonne heure... op pourrait.,., mais comme il n'y est plus.... comme il n'y reviendra plus...

IN DOMESTIQUE, annonçant.

M' d'He'rissel.

SAINTE-AGNÈS , se frottant les mains.

Quel bonheur !

MAD. DE SAINTE-AGNÈS , à part.

C'est fait de moi !

M. D'HÉRISSEL, Mad,DE SAINTE-AGNÈS , M. DES AINTE-

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