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ouvrage « où rien n'est vrai, mais où tout est vraisemblable ». Un roman de cette sorte « est une des È plus belles productions de l'esprit humain ». Il doit embrasser toutes les passions, l’orgueil, l'ambition, l'avarice, aussi bien que l'amour. L'histoire ne | donne point le tableau complet des passions : elle en montre l'ouvrage, elle n’en analyse pas les motifs et n’en découvre point les ressorts, Elle « n'atteint __ point à la vie des hommes privés, aux sentiments, aux caractères dont il n’est point résulté d'événe- * ments publics ». Le roman crée son drame : il le
crée moral et fait ressortir la sanction des actes. . L'histoire est dominée par les faits accomplis et per-
de Clèves, Paul et Virginie, sont des chefs-d’œuvre; mais l'Aéloïse, Clarisse Harlowe, Tom Jones, Werther — Werther surtout, révélation de la littérature allemande « dont la supériorité s'accroît chaque jour », — sont les vrais modèles du genre.
Si l’on considère que Mme de Staël cite au premier rang « la plupart des écrits de Mme Riccoboni », mais qu’elle ne mentionne ni Marianne ni Manon Lescaut, on peut pressentir sur quelle pente l’entraînera son esprit lorsqu'elle essaiera, pour son compte, de composer quelqu'ur de ces « ouvrages passionnés et mélancoliques » où éclate « la toutepuissance du cœur » et qui font « entendre une voix dans le désert de la vie », qui donnent enfin « un jour de distraction à la douleur... ». Ces lignes forment la conclusion de l’Essai sur les fictions et le lien de cet essai avec le traité De l'Irfluence des passions sur le bonheur. des individus et des nations. Mme de Staël reprit cet ouvrage à Coppet, où elle revint s'établir auprès de son père, au mois de décembre 1795. Elle n'était point, à proprement parler, exilée par le Directoire; mais ce gouvernement lui rendit le départ nécessaire et le retour périlleux. Là voilà à l'œuvre; c’est le moment de montrer comment elle travaillait dans cette période de la vie et comment furent préparés ses premiers grands ouvrages.