‹ Mme (Madame) de StaëlChapitre 22 sur 70 · F À PA · texte numérisé non relu

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charge encore, ne sachant sacrifier ni un motniune idée. | | | RE Ainsi fut composé le livre des Passions, qui parut à l'automne de 1796. Les critiques y ont relevé l’insuffisance des études fondamentales, le défaut de méthode, le caractère flottant et fugitif de la pensée. C’est s'attacher au cadre, qui est artificiel, et à l’en- <. semble, qui est défectueux. La valeur de l'ouvrage | est dans les traits de détail.

| Mme de Staël a conçu ce livre sous le coup dest # grands désenchantements de 1793, et le livre en garde = l'empreinte : « J'étoufferai en moi, dit-elle ailleurs, tout ce qui me distinguait parmi les femmes, pen- Lu sées naturelles, mouvements passionnés, élans géné- + È . reux de l’enthousiasme, mais j'éviterai la douleur, la redoutable douleur. » Où trouver un refuge? L'homme

2 Pi Pa , 2 A 2 3 MADAME DE STAËL.

: n’en connaît que peu : le divertissement, pour les frivoles; la résignation pour les forts, la foi pour les | croyants. :

La foi manque alors à Mme de Staël. Il subsiste FF en elle une aspiration vague du cœur, une inquié-

‘tude de l'imagination, une sorte de religiosité in-

stinctive et indéfinie qui laisse dans son âme une

place d'attente à la croyance. Mais elle évite d'y

avait composé, dans l'été de 1796, un essai sur Îles Institutions funéraires. 11 se demandait si toute la Men raison d'être de la croyance en l'immortalité de l’âme

ne procédait pas « du besoin naturel d’une succes-

sion de soi-même dans la mémoire des hommes ». PR Mme de Staël lui écrit : « Il y a une analyse du besoin de l'immortalité que j'ai craint de trouver vraie. Sur tous ces grands sujets je n'ai jamais eu qu'une pensée bien arrêtée : j'ai cru que les idées reli- gieuses valaient mieux pour le bonheur des hommes, et je me suis traitée comme je crois qu'on doit traiter les autres; j'ai craint de me les ôter. » C'est un garde-rou aux âmes qui ressentent l'effroi du vertige, ce n'est point un secours aux âmes naufragées.

Le divertissement? Elle en use sans doute, disent ses ennemis, mais elle ne s’en reconnaîtra jamais nisatisfaite ni apaisée.Elle peut chercher à s’étourdir, elle ne s estime point frivole, et n’entend pas faire

donc en venir au stoicisme, à la retraite de l'âme sur soi-même et aux consolations classiques des Re

réfléchir, redoutant d'y découvrir le vide. Rœderer

3 de l’etourdissement une recette de morale. Il faut es

sophes, l'amitié, RS la bienfaisance. L'amitié lui semble une consolatrice bien pâle. L'étude lui paraît plus efficace; elle juge la bienfaisance plus secourable que l'étude. Au demeurant, un seul moyen utile de salut : la fuite. Craindre les passions, qui

sont une servitude de l’âme, les éviter, et s’en affranchir, même au prix d'un déchirement; se résigner à «recevoir la vie goutte à goutte » comme les enfants et les sages; se dire que le seul bonheur vrai réside dans le repos de l’âme, et qu'un seul sentiment au . monde ne trompe point, la pitié, voilà, dit-elle, « une belle cause finale dans l’ordre moral ».

J'en cherche les effets et ce n’est point à Coppet que je les observe. La passion y sévit. C'est le temps où l’auteur, dans des lettres qui commentent étrangement son livre, écrit à une parente de Benjamin : « Oh! j'ai bien senti que de lui seul dépendait à jamais le sort de ma vie... » C’est le côté faible de ce traité de morale. Mais pour qui sait lire, il s’y trouve une confession qui est sincère, tt qui forme l'intérêt du livre. La passion y triomphe dans ses déguisements, toujours débordante, toujours ravie de soi-même, jusque dans le désespoir, et glorieuse de ses blessures. « Il m'en a coûté, dit l’auteur, de prononcer qu’aimer avec passion n’éta t pas le vrai bonheur. » Mme de Staël 42 prononcé, mais ele ne l’a pas cru : s,

Même au pied des autels que je faisais fumer J OArEES tout à ce Dieu que je n’osais nommer.

seu ét très austère, tre ses calomniateurs :

x « Condamnée à à la gélébrute sans pou oir être ne

0 Calomniée sans cesse et me trouvant trop peu d'importance pour me résoudre à parler de moi, j'ai dû céder à l'espoir qu'en publiant ce fruit de mes méditations, je donnerais quelque idée vraie des habitudes de ma vie et de la nature de mon carac- . ! tère. » De là le frontispice majestueux du livre, qui

appliqué aux passions : « Les gouvernements doi- - vent tendre au bonheur réel de tous, et les moralistes

doivent De aux individus à se passer du

est restée à ir état de projet et l’on ne peut le regretter; la ReTue dite « des moralistes » est seule achevée. Elle n'a persuadé personne, l’auteur moins que femme au monde, et moins Le jamais au temps où paraissait le livre.

L'analyse que Mme de Staël fait des passions est assez diffuse et d'une rhétorique souvent démodée. Ps. On sourit à ce début d'une dissertation, on pourrait

* dire d'une « fantaisie brillante » sur le suicide :

«Celui qui veut mettre le suicide au nombre de ses résolutions peut entrer dans la carrière des passions ».

se présente comme une sorte d'Esprit des lois.

Mme de Staël traite de l'amour dans les monarchies

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