IVRE DES PASSIONS
Elle parle de l'ambition comme une pérsonne qui n'en à point observé les effets ; il semble qu’elle n'ait
connu ni Mirabeau, ni Narbonne, ni Necker lui- © même. Elle parle, au contraire, de l'amour en femme __ brûlée et transpercée de « ces passions de feu » dont | traite Pascal. Sur ce thème elle est. inépuisable. Elle né paraît connaître, par elle-même, ni la las- situde, ni, à plus forte raison, la nausée de la pas- Æ . sion qui s'use. L’inquiétude empoisonnée d’Adolphe est absente dans ses écrits. Mais l’amour inassouvi, r l'amour méconnu, l’amour trahi, toutes les crises du ss délaissement et dé l'abandon de l'amour, tout le ré- pertoire douloureux des Phèdre et des Hérmione 6 s'épanche sous sa plume en lamentations infinies,
toujours éloquentes et toujours émouvantes. Il s’y mêle une note qui annonce des harmonies nouvelles en littérature : le bonheur de l'amour est triste non par la vanité seule ou la satiété du plaisir, mais par la pensée de la mort qui en est inséparable. 1 ch « L'amour quand il est une passion porte toujours à la mélancolie... Il y a une conviction intime au * dedans de soi que tout ce qui succède à l'amour est. du néant; et cette conviction fait penser à la mort dans les plus heureux moments de l'amour. » On: +4 sent que Chateaubriand va paraître et que Lamartine est né. Puis de vrais cris du cœur qui laisse échapper son secret : « Il semble qué des succès éclatants offrent des jouissances d'amour-propre à l'ami de la femme qui les obtient; mais l'en 1 thousiasme que ces succès font naître à peut-être
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moins de durée que l'attrait fondé sur les avantages les plus frivoles..….. La figure d’une femme, quelle que soit la force ou l'étendue de son esprit, est toujours un obstacle ou une raison dans l'histoire de sa vie; les hommes l'ont voulu ainsi. »
À côté de ces aveux, Mme de Staël introduit çà et là, dans son livre, des souvenirs de la Révolution et quelques pages magistrales, qui révèlent l'historien. Il convient de les rapprocher de celles que Joseph de Maistre écrivait, dans le même temps, dans ses Considérations sur la France : « On croit, dit Mme de Staël, influer dans les révolutions, on croit agir, être cause, et l’on n’est jamais qu’une pierre lancée par le mouvement de la grande roue; un autre aurait pris votre place, un moyen différent eût amené le même résultat; le nom de chef signifie le premier précipité par la troupe qui marche derrière et pousse en avant. » Elle avait déjà écrit en 1795 : « Quand Robespierre a voulu se séparer de ses semblables, se faire un sort à lui, il a été perdu; il n'avait point de force personnelle, il ne dominait qu’en se mettant en avant de tous les crimes. »
Le traité des Passions eut du retentissement. Mme de Staël le souhaitait fort, espérant que le succès lui rouvrirait Paris. « Louez le livre, écrivait-elle à Rœderer, de manière à empêcher de persécuter l’auteur ». C'était bien en effet la persécution qui commençait et telle qu’elle se continua durant dix-huit années, avec des intervalles plus ou moins courts de trêve, « Sa eonduite à Paris a beaucoup affligé
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