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pour se prendre-aux amorces romantiques. Ils ne concevaient ni la religion machine d'État de Bonaparte, ni la religion machine poétique de Chateaubriand. Cette « religion des cloches », comme on l'a spirituellement appelée, cet « épicurisme catholique », cette « fatuité religieuse » de l'auteur d’Atala leur semblaient faux et affectés, avec une nuance de niaiserie. 1] fallut à Mme de Staël la lecture de Klopstock, en sa langue originale, la fréquentation de Schiller, les leçons de Schlegel, les conversations de Gœthe surtout, pour comprendre quels éléments de poésie on pouvait tirer du christianisme, de ses traditions, de ses chants, de ses cérémonies. Aufond, elle ne s’y renditjamais complètement, concédant les exemples, rebelle à la théorie, et trop sensible aux incongruités de détail pour se laisser éblouir. « Ge pauvre Chateaubriand va se couvrir de ridicule », écrivait-elle. Il « a un chapitre intitulé : £xamen de la virginité dans ses rapports poétiques ! »
Mais avant que Chateaubriand lui donnât de ces étonnements, elle se vit dénoncée pour sa Littérature. Ge livre, écrivait Fontanes, présente « la chimère d’une perfection qu'on cherche maintenant à opposer à ce qui est ».
Fontanes et les autres critiques de l’antichambre consulaire se méprenaient volontairement. Mme de Staël n’en était point encore à souhaiter la chute
du Consulat : elle souhaitait de s’y faire une très
grande place et d’en être l’ornement. Elle posait ses conditions, qu’elle présentait comme celles de
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l’histoire. Que désirait-elle au juste? Rien de vu!- | gaire, à coup sûr. Elle ignorait l’avarice. Les réalités du pouvoir lui étaient indifférentes : elle n’était capable ni de la fidélité discrète et prudente d’une \aintenon, ni de l'intrigue tenace et secrète d’une des Ursins; c'était l'éclat qu’il lui fallait. Elle était orateur dans l’âme et, par tempérament, orateur d’oppos tion. Le rôle de Fox en Angleterre, celui de Lamartine sous ie gouvernement de Juillet, telle eût été sa vocation politique si elle fût née homme. Femme, à côté d'un maître tout-puissant, elle rêvait d’être l'associée de son génie et la muse officielle de son règne. Pour qui sait lire entre les lignes, c’est l’insinuation constante du livre de la Littérature. I n’y a point dans cet ouvrage d'alusion malicieuse qui ne soit effacée par cette maxime : « Le génie, c'est le bon sens appliqué aux idées nouvelles ». Elle accordait ce génie à Bonaparte; mais Bonaparte entendait autrement les idées nouvelles.
Pour lui, l’idée essentielle était l’idée populaire que Danton, en son réalisme puissant, avait définie d’un mot : jouir de la Révolution. Le peuple voulait jouir de la Révolution. Bonaparte voulait absorber la Révolution et la glorifier en sa personne. Force, richesse, conquêtes, gouvernement, voilà son objet et ses ressorts. Il était tout État, et sous toutes les formes. Sa république est le contraire de celle de Mme de Staël. Elle avait réprouvé, en Mirabeau, la démocratie royale, elle à instinctive= ment horreur de la démocratie césarienne qui surgit
ADAM DE MAER
‘avecle Consulat. Bonaparte cniaue clairement comme __il jugeait de toutes choses. Il Jui faut avant tout de 2 l'obéissance. Son système implique une censure et une police de l'esprit public ;’il n’y a point de place, Dos son empire, pour un bureau d'enthousiasme } 5 ibéral. Mme de Staël lui propose, à ce prix, la it grandeur et lui offre la paix. La grandeur, il en- 4 tend, comme plus tard la couronne, ne la recevoir . que de sa propre maiu; la paix des salons libéraux, u il n’y croit pas plus qu'à celle des chancelleries à européennes. La fatalité de sa destinée le condamnait à ne se soutenir qu'en s’élevant, à ne se dé: