SÉJOUR A PARIS EN
mille Jordan, qui est, en politique, le disciple bienaimé; Gérando, qui explique l'Allemagne; Fauriel, qui découvre les littératures du Midi. C’est aussi l'apogée de l’éloquence de Mme de Staël et de sa conversation merveilleuse semée de traits charmants, coupée de rapports subtils, de saillies heureuses, de gaieté, de satire, de rapprochements historiques, d'analyses pénétrantes du cœur; de sentiment surtout et d'enthousiasme. « Si j'étais reine, disait Mme de Tessé, j’ordonnerais à Mme de Staël de me parler toujours. »
Bonaparte prétendait qu’elle se tût. Elle sentit la main de fer sur son épaule, et elle se débattit: Ce fut alors une pluie d’épigrammes, traversées de beaux couplets indignés et de protestations magnifiques. Elle se livre à une « verve amère et mordante » que la colère déchaîne en elle et qui porte, disent les auditeurs, « le fer et le feu ». Benjamin, en disgrâce, n’y ménage pas ses flèches. Tout le Consulat comparaît devant ce tribunal sarcastique. « On nous racontait tous les soirs les séances de Bonaparte avec son comité; et ces récits auraient
pu nous amuser, s'ils ne-nous avaient pas profon=
dément attristés sur le sort de la France. » Rien ne sera épargné, ni le système : « contenter les intérêts des hommes aux dépens de leurs vertus, dépraver l'opinion par des sophismes et donner à la nation pour but la guerre au lieu de la liberté »; ni les courtisans, régicides acquis et royalistes gagnés, tous « chevaliers de la circonstance »; ni les