‹ Mme (Madame) de StaëlChapitre 39 sur 70 · CR SL SNTV REC · texte numérisé non relu

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Mme de Staël se dédouble, en daclaue sorte, dans

le héros du roman, Nelvil, et présente en lui ses

vues morales, toute sa sagesse, toute sa vertu sociale, le côté Necker, on dirait aujourd’hui le côté religieux. S et conservateur de son esprit. C'est la belle partie de Nelvil. Le reste du personnage est médiocre. Mme de Staël y trahit, autant que dans Léonce, l’idée subalterne qu’elle se faisait des hommes. Elle estime que la femme ne saurait être heureuse qu’en adorant son maître; elle n’a pas trouvé le sien. Elle n’a rencontré qu’un dominateur d’âmes, et elle déteste en Jui le tyran de sa vie. Les hommes qu’elle a connus | sont des nerveux, des efféminés, des roués, des sceptiques, des faibles ou des ingrats. Oswald, lord Nelvil, pair d'Écosse, est atteint de spleen et menacé de phtisie. « À vingt-cinq ans il était découragé de

bilité blessée ne goûtait plus les illusions du cœur. Il espérait trouver dans le strict attachement à tous ses devoirs et dans le renoncement aux jouissances vives une garantie contre les peines qui déchirent l'âme ». Il apparaît vêtu d’un grand manteau sombre et flottant, qui est le pendant masculin du turban de Corinne. Il semble imposant et fier en sa retenue timide. Il est irrésolu surtout; il redoute « tous les partis irrévocables ». « Toujours vrai, toujours profond et passionné, il est néanmoins toujours prêt à renoncer à l’objet de sa tendresse... », « à échanger le désir indéfini d'un bonheur romanesque contre l'orgueil des vrais biens de la vie, l'indépendance et la sécurité » ; ajoutez-y une femme blonde, obéissante et riche, un siège au Parlement, la considération du grand monde. Esclave du cant, assujetti à son père, comme Léonce l'était à l'opinion et aux caprices de sa mère. Très Anglais d’ailleurs, comme Léonce était très Français. Léonce, en bon gentilhomme, pousse le respect des préjugés jusqu'à vouloir enlever Delphine et en faire sa maîtresse, plutôt que de l'épouser en divorçant; Nelvil abandonne Corinne qu'il ne veut ni séduire ni épouser; mais il professe que « l’infidélité même est plus morale en Angleterre que le mariage en Italie ». Il y avait du sot dans Léonce, il y a du sxob dans Nelvil. Ils sont fades tous les deux et ne savent point aimer.

Les personnages du second plan sont parfaitement originaux dans Corinne. Les Anglais surtout. La peinture de la province et celle de la société où

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