‹ Mme (Madame) de StaëlChapitre 40 sur 70 · UT · texte numérisé non relu

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PAPER CNE" CORINUE, 14!

vit Nelvil sont restées vivantes. Les deux Français du livre sont peints d’après les originaux de J’émigration : l’un, d'Erfeuil, léger «et pratique, le raisonneur du drame, qui tient que l'amour passe, que. le blâme reste, et qu'il n’est d'erreurs sans rémission que les défauts de tact et le manque de bienséance; l’autre, Raimond, Philinte en exil, en qui l'on croit reconnäître l’âme généreuse de Mathieu de Montmorency.

Corinne est un ouvrage complexe. Le roman se déroule dans un cadre de voyage, et l'étude des sentiments se mêle aux méditations sur l'histoire. On préfère maintenant des genres mieux déterminés. Stendhal a donné l'exemple en divisant ses études sur lItalie. Il a mis les passions dans un roman, la Chartreuse de Parme, les réflexions sur l'histoire et sur l’art dans un recueil de notes,les Promenades dans Rome. Au temps de Mme de Staël, le caractère mixte de Corinne était un attrait de plus. D'ailleurs, la composition du livre est plus ferme, le tissu du roman est plus serré que dans Delphine. C’est une œuvre. Il y faut faire la part du ton des discours : c’est la mode; elle ne règle pas seulement

les costumes. Les expressions nous semblent empha-

tiques; les actes et les sentiments sont naturels. Les considérations n'interrompent pas trop le récit, sauf en un point, l'étude, imitée de Montesquieu, sur le

gouvernement de Venise : elle arrive au milieu de

la crise la plus pathétique et elle n’a qu’une raison

d'être : l’auteur avait écrit son morceau etnetrouve ,

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ge 0 est cependant déconcerté par l’excès des apo=

strophes et arrêté trop souvent par les réflexions ES morales de l’auteur. C’étaient, en ce temps-là, les = ornements et les illustrations du roman. Ils en fai-

saient l'éclat, et ils ne sont ni plus déplacés ni plus disproportionnés dans Corinne que, dans les romans d'aujourd'hui, les descriptions infinies d'objets qui à n’importent point à la scène ou de paysages que les héros ne regardent point. Les héros de romans se faisaient, vers 1805, accompagner partout d’un phi- __ losophe qui raisonnait sur leurs aventures. Les héros d'aujourd'hui traînent avec eux un cortège de para< sites qui, pour discourir d’autres choses que de mo- __ rale, n’en sont ni moins fâcheux ni plus divertissants. « Oswald, dit Corinne à son ami, vous n'aimez pas les arts en eux-mêmes, mais seulement à cause de leurs räpports avec le sentiment ou l'esprit. » Gæœthe parle ici par la bouche de Corinne. Mme de Staël pense comme Nelvil et écrit comme il pense. Ses descriptions sont sobres, sans effort de vision et sans suggestion d'images. C'est l'inverse de celles LE de Chateaubriand. Rien ne marque mieux l'écart et aussi la limite du génie des deux écrivains que la M comparaison des tableaux, de Corinne avec ceux dés En Martyrs, surtout avec ceux des Lettres à Fontanes. Chateaubriand envahit tout. Son premier objet est de signaler sa présence, le sécond de déployer la richesse de sa palette. S'il médite sur la destinée des

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= à le placér qu’en ce lieu, Les scènes dé passion, très nombreuses, sont mieux écrites que dans Delphine.

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