LA VIE A COPPET
Elle revint au mois de juillet 1808. À Sécheron, . près de Genève, elle rencontra Benjamin qui l’attendait : il lui annonça qu'il s'était marié secrètement et il lui présenta sa femme. Mme de Staël s’emporta dans un tel désespoir qu’elle obtint de Charlotte et de Benjamin de tenir leur union cachée. Charlotte, consternée, se soumit. Mme de Staël montra qu’elle la trouvait fade en son humiliation. Benjamin en eut honte; il croyait s’être calmé en s’attachant à un être apathique; il jugea que la colère avait ses séductions. D'ailleurs, son mariage donnait à un retour vers Mme de Staël la saveur d’une infidélité. Il se laissa emmener à Coppet, il y resta, et Charlotte attendit, comme elle put, le retour de son mari et la publication de son mariage. Mais cet emportement de Mme de Staël n'avait été, en quelque sorte, qu’une habitude de son imagination. La trahison de Benjamin ne l’avait pas tuée. Elle s’aperçut qu’elle n'éprouvait réellement aucun besoin de mourir. Elle reconnut qu’elle pouvait vivre sans Benjamin, etelle ne le retint plus que par amour-propre, pour se ménager les honneurs de la guerre.
Elle songea un moment à passer en Amérique, où elle avait des intérêts. Elle écrivit à ce propos, en février 1809, une lettre touchante à Talleyrand. Elle l’appelait à son aide : « Vous m’écriviez, il y a quatorze ans : Si je reste encore un an ici, J'y meurs. J'en pourrais dire autant du séjour de l'étranger, j'y succombe. Mais le temps de la pitié est passé, la nécessité a pris sa vlace.... La moitié
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un esprit si supérieur, n’allez-vous pas au fond de tout, c’est-à-dire jusqu'à la peine? » Talleyrand estimait que le fond de tout est un grand vide, et il aimait point à y regarder. Il professait une averon particulière pour les explications : s'il ré-
quelque distraction à publier des souvenirs du prince de Ligne, qu’elle avait rapportés de Vienne. Mais cette « crème fouettée » n'avait pas de quoi ourrir longtemps son imagination. Ses amis, qui la trouvaient exagérée dans ses doléances d’exil, lui conseillaient, si elle voulait rentrer en grâce, de ssurer du moins le seul bénéfice de ses épreuves, silence. « N’écrivez pas, lui disaient-ils. À quoi Bere écrire? Au bout d’un peu d'années on vous oubliera, et vous serez aussi tranquille que si vous n’aviez rien publié! »
Consolation aussi intolérable que le malheur même! D'ailleurs le génie de Mme de Staël avait singulièrement müûri. Le temps venait où la vocation d’être bienfaisante allait remplacer en elle la vocation d’être heureuse. L'expérience qu’elle avait subie à 4 son retour d'Allemagne la conduisait même plus loin
É de sa chaîne, elle se reconquérait peu à peu. Mais comme elle avait trouvé son esclavage en elle-même, 1e c’est hors d’elle qu’elle fut portée, comme d’instinct, à chercher son affranchissement. <
En Lu ma vie est éteinte... de note heureux ? Avec
ondit, on ignore sa réponse. Mme de Staël prit
qu'elle n'aurait pu le prévoir. Elle s'était détachée
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