‹ Mme (Madame) de StaëlChapitre 44 sur 70 · LA VIE À COPPET · texte numérisé non relu

LA VIE À COPPET

Jacques et faisait des pèlerinages à Ermenonville. Il projette de se marier avec toutes les jeunes personnes qui passent sur son chemin. Il voudrait « un mariage pur »; ce vœu le ramène à une Allemande, Charlotte de, Hardenberg, divorcée d’un premier mari, unie par un mariage nul à un second, qui passe pour galante et dont il regrette d’avoir jadis négligé les avances. Il la voit apathique, et cette apathie l’enchante par le contraste. Mme de Staël ne sait rien et soupçonne tout. Elle l'écrit. « C'est l’ébranlement de l'univers et le mouvement du chaos, dit Benjamin. Tous les volcans sont moins flamboyants que cette femme... Je suis las de l’hommefemme dont la main de fer m'enchaîne depuis dix, ans! » Il voudrait épouser Charlotte, et il n'ose. En attendant, il la séduit, puis il l’abandonne pour retourner à Coppet où Mme de Staël le réclame. Il arrive décidé à briser. Il le dit. Elle s’écrie « qu'elle le poursuivra jusqu'au bout du monde, que, s’il lui échappe, elle se tuera ». « Plutôt que de le perdre, je l’épouserai! » Il demeure, ne sachant ce qu'il redoute le plus, dans ces menaces, du mariage ou du suicide. Le soir, ils se retrouvent devant la galerie, et font assaut d'esprit. Ils jouent Andromaque. Benjamin fait Pyrrhus. Le personnage lui plaît. « Il est fort aise de jouer ce rôle », écrit sa cousine, Mlle de Constant. « Jamais, ajoutet-elle, Hermione n’a été jouée avec tant de vérité et de fureur. » Le rideau baissé et la rampe éteinte, les luttes recommencent, dans la coulisse,

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Ils ne pouvaient ni se tolérer ni se séparer, ni se marier ni se désunir. Ils prenaient leurs amis tour à tour pour confidents de leurs démêlés et pour spectateurs du théâtre où ils continuaient leurs que- __relles sous des figures d'emprunt. C’est le Roman tragique sur la scène du grand monde; à les voir | ainsi passer du drame à la vie, on se demande dans … quel rôle ils sont le plus sincères et quel personnage conduit réellement la pièce, celui qu'ils croient vivre

ou celui qu’ils croient jouer.

__ « Soumettons-nous, se disait Benjamin, c'est la ressource des faibles. » D'ailleurs, « elle m'est fort 4 utile pour ma tragédie ». Il s ’agit d’un Wallenstein qu'il compose d’après Schiller et pour lequel il se fait aider par Mme de Staël. « Mon Dieu! conclut-il, faites que l’autre parte! » Napoléon exauça son vœu, et la police fit le dénouement. L'empereur refusa d'autoriser le retour de Mme de Staël à Paris. «Votre mère, dit-il plus tard au jeune Auguste de Staël qui l’alla solliciter, au passage, à Chambéry, __ votre mère n'aurait pas été six mois à Paris que je serais forcé de la mettre à Bicêtre ou au Temple. Elle ferait des folies, elle verrait du monde, elle ferait des plaisanteries ; elle n’y attache pas ER mais, moi, je »rends tout au sérieux. » Faute de mieux, Mme de Staël retourna en nos à la fin de 1807. Elle visita Munich et Vienne, qu'elle ne con- | naissait point. Elle revit Weimar, qu'elle trouva

bien changé. Les « grands génies » admiraient Na-

or

189 74 ur MADAME DE STAËL.

poléon et découvraient en lui l’homme de la destinée. Ge

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