‹ Mme (Madame) de StaëlChapitre 51 sur 70 · LES DERNIÈRES ANNÉES · texte numérisé non relu

LES DERNIÈRES ANNÉES

VAN ur à

L'empereur latraitait en prétendante. Il était permis à

à Mme de Staël de s’exagérer le personnage qu'elle “jouait en Europe. Elle n'aurait pas été femme si elle n'avait trouvé, dans sa persécution même, un hommage indirect qui flattait son orgueil. Ce-sentiment se trahit à l'allure grandiose et exaltée qu’elle donne, danssonlivre des Années d'exil,au récit de ses démêlés

+ ns . avec Napoléon. La souffrance et la haine y éclatent en traits trop aigus et trop ardents pour qu'il soit utile de prémunir le lecteur. Ce n’est pas un écrit d'histoire : l’auteur ne juge point. Ce n’est pas un Ro : l'auteur n’écrit point pour publier son livret agiter les esprits. C’est la clameur pathétique | et l’imprécation d’une victime. Il y a sans doute dans

ANT ces mémoires trop d’ épigrammes de salon à côté de

cp de Maitre de tribune ; ce sont comme les horsd'œuvre du récit : ‘ils ont vieilli. Le récit reste. Il est ample, et dans cette partie de l’ouvrage où Mme de Staël se met directement en scène, elle se Ë montre plus philosophe que dans ses réflexions. En e un mot, les philippiques sont de circonstance ; les” récits sont historiques. Ils sont émaillés de ces mots” à la Tacite qui semblaient à Mme de Staël le sublime . du style. Elle s'efforce ainsi de planer ‘sur sa dis- 7 grâce; elle s'élève en oiseau blessé et douloureux, MC d'un vol débattu; mais quand elle s’élance et qué - Je vent la pousse, elle déploie son envergure et ‘retrouve son essor.

Æ Elle exècre Bonaparte, elle diffame sa gloire et k rabaisse son génie; elle n'attaque point sa personne. Ë On ne trouve dans ses récriminations véhémentes ni perfidies féminines ni insinuations venimeuses. Elle proscrit le Corse de l'histoire de France : il yestæ __ intrus et étranger : « La fille de M. Necker était plus ÿ ne: Française que lui ». Elle le peint « enivré du mauvais vin du machiavélisme, ressemblant, sous plusieurs rapports, aux tyrans italiens du xiv° et du xv° siècle »; mais en cette image déformée elle le montre encore gigantesque dans ses proportions, formidable en sa tyrannie, écrasant ces Borgias subtils de toute Ja hauteur qui sépare une statue colossale de Charlemagne d'une figurine ciselée d'Italie. :

En 1800 il semblait à Mme de Staël qu'un hasard de . là guerre, une balle perdue, un grain de sable de bas Le pouvait changer la M à du monde, Elle en.

. ee à :

… est plus passionnément persuadée en 1812: L'empire

E É est une effroyable machine qui broie l'Europe : «Il

Las

suffirait d’éteindre le moteur pour que tout rentrât

dans le repos ». Elle attend de la coalition des rois le rétablissement de « toutes les vertus morales » en Europe. Ces monarques justiciers vont « reprendre des griffes d'un seul homme » le trésor volé de l'humanité. Elle s’illusionne en cela terri- blement sur les princes et sur leur entreprise : elle : ne soupçonne ni leur avidité, ni leur injustice, hi | leur vœu caché, leur seul mobile réel : conserver, sous le prétexte d’un feint affranchissement de l'Eu- | BL rope, les dépouilles de peuples qu'ils ont parta- 3 28 - gées avec Napoléon. Ils se découvriront bientôt à

l’œuvre, et Mme de Staël les jugera alors pour ce à qu'ils sont : n'ayant « qu’une seule idée, la force »,.… sd « des hommes médiocres, au service de l'événement, e qui n'ont pas la force de penser plus haut qu'un 4 fait ». Mais au moment où elle traverse l’Europe ss en fugitive, elle ne veut considérer que des nations soulevées pour leur grande querelle, qui est sa querelle propre, l'indépendance. Les armées fran- à ” çaises, à ses yeux, ne sont plus que conquérantes + et prétoriennes, mercenaires en quelque sorte. Re- à | crutées en grande partie d'étrangers, elles n'inté- .

ressent plus ni les « véritables Français » ni leur \

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