‹ Mme (Madame) de StaëlChapitre 7 sur 70 · AR · texte numérisé non relu

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France ». Pas plus que le caractère social de la

Révolution, le caractère national de l'événement ne

la frappe. L'esprit de prosélytisme, l'esprit de pro- prgande humanitaire, l'esprit d'extension et de conquêtes, tout gaulois et tout romain, lui apparaissent comme des déviations du pur esprit de 1789. Elle est remplie d'illusions sur les « princes éclairés» aui gouvernent l’Europe : ils ne sauraient, se figure- : telle, menacer la France dans ses libertés ni con-

| voiter son territoire. Le point de départ dela guerre .. de 1792 demeure très confus à ses yeux. Tout ce qui s'ensuit, la grande épopée française; reste ferméàson imagination comme à son cœur Elle n'aime pas la

sabre; elle pense sur la gloire militaire en Genevoise cosmopolite et en Européenne philosophe. Toutefois, elle ne veut point que les étrangers interviennent dans les affaires intérieures de la France : dès qu'ils y prétendent, son patriotisme s’éveille; elle juge que c nation FRÈRE doit se Hhaliser. FOMPE eux.

devoir le plus sacré pour un homme n’est-il pas de ne jamais appeler les armées étrangères dans sa patrie? L'indépendance nationale n'est-elle pas le premier des biens puisque l’avilissement est le seul malheur irréparable? »

Ce sont les vues de Narbonne. « Point de ministre encore, écrivait Marie-Antoinette le 7 novembre 1791; Mme de Staël se démène bien pour M. de Narbonne; je n'ai jamais vu d’intrigue plus forte et plus embrouillée. » Et le 7 décembre : « Le comte Louis de Narbonne est enfin ministre de la guerre, d'hier; quelle gloire pour Mme de Staël et quel plaisir pour elle d’avoir toute l’armée... à elle ». Mme de Staël triompha en effet. On lui attribue la partie de l’éloquence dans les discours et les rapports de Narbonne. Le fait est que ce brillant causeur ‘était très paresseux à écrire. Elle se donna le spectacle des grandes affaires et le divertissement des cabales. C’est dans son salon, entre deux séances solennelles de l’Assemblée, que se préparèrent les missions de Custine à Brunswick et de Ségur à Berlin. L'ancienne diplomatie n'a pas tramé d'intrigues plus enchevêtrées. Qu'on ne s'étonne point de voir Clio elle-même y abaisser son génie. 1] en allait, dans le grand monde, de l'intrigue et de la corruption politique, comme de l’amour et de la galanterie : il suffisait d'y mettre les formes et d'observer les bienséances. Les bienséances ne furent point gardées dans l'affaire de Berlin et cette affaire fit scandale; mais Narbonne n'eut pas le temps d’en pâtir. |

5 sh 7 MAMANE DE STAËL.

7 La disgrâce de ce ministre rendit Mme de Staël à sa 2 ré véritable vocation dans la révolution française : être | gs: du parti des victimes. Elle y mit le meilleur de son génie, sa générosité; elle y exposa son repos, sa liberté, un moment même sa vie; elle y prodigua ses

… démarches et sa fortune; elle s’y donna sans réserves “4 Het sans rancunes; elle pratiqua l'oubli des injures sans compter sur la reconnaissance. La malignité mondaine s’est plu à opposer les faiblesses de «son caractère à l’exaltation de ses discours. Il est juste de le dire : si éloquemment qu’elle ait parlé de la de grandeur d’âme, son exemple a dépassé ses paroles,

et la liste de ses obligés effacerait largement la

litanie ironique que Rivarol compose de ses ado-

__ rateurs. Elle essaya de sauver la reine; elle sauva

| Narbonne. Elle quitta Paris à la dernière heure, :

en septembre 92, et se réfugia à Coppet, qui devint

__ dès lors une terre d'asile pour les proscrits. n. Elle y fit le bien; elle n'y obtint pas le repos.

+ Mme Necker était gravement malade, et le soin de É

sa santé absorbait son mari. Mme de Staël se trouva, É

» dans la « paix infernale » de la solitude, livrée à 4

Ni elle-même, c’est-à-dire à l'ennui, l'effroyable ennui, j 11

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comme elle disait. La nature ne l'en consolait point: . « J'ai toute la Suisse dans une magnifique horreur », écfivait-elle. Elle voyait sa jeunesse perdue, son bonheur ruiné, toutes ses espérances déçues. « La ne à douleur me poursuivait, dit Delphine, je fuyais 5 devant elle, » Elle s'enfuit en Angleterre. Elle y à F rejoignit ses amis, Narbonne, Talleyrand, Montmo-

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séjour. EN ANGLETERRE. ne ms

rency, Lally, Jaucourt, Malouet. Mais, autour d' eux, dans la France dispersée de l’émigration, elle re- __ trouva, aigries par la misère et par l'exil, toutes les | inimitiés de Paris.

Malgré son inépuisable bienfaisance, les roya-

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L __ listes continuèrent de la déchirer. L’extrême liberté ES E de son langage, le sans-façcon de ses manières, ses __ habitudes de familiarité avec ses amis, leur incor- “rigible esprit d'indiscrétion et d'intrigue excité | encore par leur aisiveté forcée, ne donnaient que trop de prise aux médisants. Faute d'autre refuge, e le vieux monde, dans son naufrage, se réfugiait dans __ l'intolérance. Le péle-mêle de la société européenne = s’ordonnait brusquement. On épurait partout. Si Mme du Barry trouvait encore quelque considéra- = tion dans le beau monde émigré, c’est qu’elle avait à - eu la faveur du Roi Très Chrétien. Cette orthodoxie indirecte lui tenait lieu d’autres vertus. Mme de Staël pensait mal sur l’article des deux chambres : elle était irrémédiablement compromise aux yeux des royalistes et de leurs amis d'Angleterre. Ils le lui lirent éprouver avec mortification. s H semble bien que Narbonne lui ait reproché ; l'éclat de son attachement et le blâme qu elle en- | courait par ses. imprudences. Il en recevait une sorte de ridicule que les gens de son caractère ne supportent pas. La passion qu'il avait inspirée à

ses entraînements. Elle aperçut qu'elle s’était trompée, et elle vit qu’elle n’avait pas encore connu la douleur. Elle eut peine à se rendre. « Ce funeste trait de lumière, a-t-elle dit dans son traité des Passions, frappe la raison avant d’avoir détaché le cœur. » Cette crise laissa de longues traces dans ses écrits. Elle apprit d'un homme qu'elle avait paré de toutes ses illusions, que « ce qu'on appelle raison, c’est le désenchantement de la vie ». Elle avait alors cet âge de vingt-cinq à vingt-six ans, l’âge de Delphine, l’âge de Corinne, l’âge fatidique des femmes : « époque d’infortune, marquée dans la carrière de toutes les passions ». « À cette époque où la vie cesse de croître, tout n’est plus avenir dans votre destinée, à beaucoup d'’égards, votre sort est fixé et les hommes réfléchissent alors s’il leur convient d'y lier le leur. S'ils y voient moins d'avantages qu'ils n'avaient cru, si de quelque manière leur attente est trompée, au moment où ils sont résolus à s'éloigner de vous, ils veulent se motiver à eux-mêmes leurs torts envers vous; ils vous cherchent mille défauts pour s'absoudre du plus grand de tous. » Elle connut à ses dépens que dans le monde tel qu'il est fait, « les hommes peuvent passer pour bons et avoir causé aux femmes la plus alfreuse douleur qu'il soit donné à l'être mortel dproduire dans l’âme d’un autre; ils peuvent passer pour vrais et les avoir trompées,; ils peuvent avoir reçu d'une femme les services, les marques de dévouement qui lieraient ensemble deux amis....et se

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