‹ Mme (Madame) de StaëlChapitre 6 sur 70 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

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LA RÉVOLUTION —— LES RÉFLEXIONS SUR LA PAIX à ; L'ESSAI SUR LES FICTIONS x © 1789-1795 È 10e

Elle eut sa journéé dans la Révolution, sa journée +0 à elle, dont le souvenir apparaît, dans ses écrits, 2 aussi radieux qué celui de la première Fédération

danses chroniques nationales. C'est le retour triom- * phal de Necker après le 14 juillet 1789. Elle accom= pagne son père; elle le suit au milieu d'un peuple exalté: elle s'exalte elle-même. « M. Necker s'avanca sur Je balcon [de l'Hôtel de Ville], et, proclamant à $ haute voix les saintes paroles de la paix entre les

Français de tous les partis, la multitude entière ra répondit avec transport. Je ne vis rien de plus dans cet instant, Car je perdis connaissance à force de joie». « Ah! quelle enivrante jouissance que cellé =: de la popularité! » Necker à l'Hôtel de Ville, Corinné

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apothéoses de fin d'acte, où le rideau tombe

milieu des applaudissements, que Mme de Staël se figurera toujours la gloire. Elle voudrait s'arrêter à ce jour, « le dernier de la prospérité de ma vie! » « Aucun homme n’a joui à ce point de l'affection du peuple. Hélas! c'est moi surtout qui en ai joui pour lui; c’est moi surtout qu’elle enivrait, c’est moi qui ne dois pas être ingrat> envers ces joies. » Ingrate, elle ne le fut jamais. Mais ces joies, surprises du cœur ou de l'enthousiasme, ne devaient ouvrir dans sa vie que des éclaircies de bonheur entre les orage: Elle en fit promptement l'expérience : la seconde disgrâce de Necker, sa chute, cette fois irrémédiable, son impopularité, l'oubli où il tomba, pire que la chute même, les conflits qui éclatèrent entre Staël et son roi, et qui compromirent l'existence de l'ambassade; enfin, tous les contre-coups de la crise, si allègrement affrontée, et qui tournait si vite au drame.

Mme de Staël était une des personnes les plus en vue dans Paris. Elle effaçait la reine, elle subit les mêmes revers. Ses ennemis la traitèrent dans les libellés et les gazettes comme les ennemis de Marie- Antoinette l'avaient traitée, et ils la déchirèrent. Ils la montrent vivant dans l'intrigue et la galanterie. « C'est la bacchänte de la révolution, la seule personné de France qui puisse tromper sur son sexe », disent les Actes des apôtres. Rivarol lui dédie son Petit Almanach es grands hommes : « Madame, publier le dictionnaire dés grands hommes du jour, c'est vous offrir la liste de vos adorateurs. » Comme

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Jicbert, Marat et Foiuier Travis n’eurent, pour insulter Marie-Antoinette, qu'à fouiller dans les = bibliothèques clandestines de Versailles, les poli- ciers du Directoire et de Napoléon trouvèrent dans : les pamphlets royalistes le répertoire des injures dont, pendant vingt années, ils poursuivirent Mmede Staël. ; sr à Elle visait à gouverner l'État de son salon. On | traita en affaires d'État les propos qui se tenaient dans ce salon, les cabales qui s’y montaient et jus- 14 qu'aux bons mots qui y étaient colportés. Ce salon était la gloire de Mme de Staël; cette gloire lui suscita d'abord des ennuis, puis des chagrins et des = à persécutions. Elle s’efforçait de rapprocher et de concilier. Eile fit « diner ensemble les hommes les plus spirituels des bancs opposés, on s'entend toujours à une certaine hauteur ». Les partisne se tinrent pas longtemps sur ces hauteurs-là. L'esprit de faction ruina l'esprit de politesse. Il suffit aux gens de se prendre au sérieux pour se prendre en aversion. Les partis se classèrent et s’exclurent. Mme de Staël, bon gré, mal gré, eut le sien, ou plutôt sa coterie. On l'y repoussa plutôt qu'elle ne s’y enferma elle-même. Elle avait des amis qui déjà ne pensent plus ccmme elle. Elle admirait Lafayette Anaur son esprit chevaleresque ; elle vantait volontiers “en Sieyes un émule politique de Newton, « l'oracle | mystérieux ues événements qui se préparaient »;

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elle aimait Narbonne, qui ne goûtait point les systèmes de Necker, se montrait réfractaire à la Décla=

ration des droits et n'allait guère, dans ses vœux de réforme, au delà d'une sorte de liberté aristocratique, à la Voltäire, plus encore qu'à la Montesquieu. Ses préférences étaient acquises à ce groupe dont Lally formait la droite, dont Talleyrand formait la gauche, où l’on rencontrait, à côté de bourgeois comme Mounier et Malouet, des gentilshommes, Mathieu de Montmorency, Clermont-Tonnerre, Crillon, La Rochefoucauld, Toulongeon, le prince de Broglie, partisans décidés de la constitution anglaise et noyau tout formé d'une chambre des pairs. Ils croyaient possible d'importer en France cette constitution. Le roi ne s’y prêtait point, sans doute; mais l'histoire des Anglais offrait un expédient salutaire.

« C'était, rapporte Mme de Staël, l’idée généralement établie dans la tête des publicistes qu’une déviation d’hérédité pouvait être favorable à l'établissement de la liberté, en plaçant à la tête de la constitution un roi qui lui devrait le trône, au lieu d'un roi qui se croirait dépouillé par elle. » Plusieurs des amis les plus intimes de Mme de Staël, encore que très divisés sur le reste, y pensaient et en parlaient ouvertement: Narbonne qui se rallia à l'Empire; Sieyès qui fit le Consulat; Talleyrand qui délfit, fit et refit tous les régimes pendant un demi-siècle. Ils ne songeaient point au duc d'Orléans d'alors : il était plus que subalterne dans la Révolution : ils le jugeaient « sans frein et sans force »; mais ils songèrent à son fils qui promettait un esprit politique

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etun cœur valeureux. Au besoin, ils auraient recouru . à des étrangers : Brunswick, Henri de Prusse, un . Bourbon Aou Mme de Staël persista dans ‘ses vues jusqu’en 1813, avec Bernadotte.Talleyrand, - Je seul survivant de ce monde, en vit accomplir le

vœu secret en 1830; mais aucun de ces hommes, dans ces années de 1790 et 1791, ne pressentait le César que la France couvait, que la Révolution de- vait susciter et que la plupart d'entre eux devaient

| sérvir.

Mme de Staël le soupçonnait moins que personne. Il y a dans son jugement sur la Révolution une méprise fondamentale, source infinie, pour elle, d'erreurs de conduite, de déceptions et de douleurs. Des deux objets essentiels de la Révolution, la liberté civile et la liberté politique, la réforme de “la société et celle de l'État, le second seul la touchait, le premier seul, au contraire, passionnait la grande masse des Français. Ils allaient au plus pressé et au plus nécessaire : l'abolition du régime seigneurial, la liberté des personnes, la liberté des biens, l'égalité. Ils se souciaient peu de garantir ces” droits par des institutions politiques. Mme de Staël et ses amis mettaient, s’il est possible, la garantie au-dessus de l'objet à garantir, la constitution politique au-dessus des lois civiles. Ils se trompaient en attribuant à l’ensemble de la nation les vœux d’une portion éclairée de la société française. à

L' « allure principale » de la Révolution leur

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qu'il était, ne parvint jamais à gouverner. Ils ne comprenaient pas que la France livrée à elle-même se tournait en démocratie, selon ses instincts, l'impulsion de son passé et l'éducation qu’elle tenait de ses rois. La liberté romaine des conventionnels, la liberté civile du Consulat, l'obéissance du peuple

au Comité de Salut public, la popularité de Bona-

- fin inexplicables à ces penseurs nobles et ingénieux. Ils suiyaient le développement de leurs idées pures, tandis qu’autour d'eux la France suivait le cours de

- son histoire. ;

On prête à Mme de Staël ces lignes sur Mt <

« cet homme qui brava souvent l'opinion publique,

mais soutint toujours l'opinion générale ». Paroles

profondes, mais qui, si elles sont authentiques, ne S

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parte et sa toute-puissance demeurèrent jusqu’à la

sont qu'une saillie. Mirabeau, au commencement de

la Révolution, lui fut impénétrable comme Bonaparte le fut à la fin. Elle jugea toujours Mirabeau | en fille de Necker, comme le Catilina de ce Cicéron * . méconnu. Elle avoue « qu’il savait tout et qu'il prévoyait tout », mais l'impression dernière qu’elle en garde et qu’elle en donne est celle d’un déclassé prêt « à mettre le feu à l’édifice social pour que les | portes des salons de Paris lui fussent ouvertes... Ne voulant se servir de son éloquence foudroyante que pour se placer au premier rang dont son immo- ralité l'avait banni. » Avec moins d'étroitesse et de partialité parce qu'elle avait une âme d’historien et qu’elle ignorait l'esprit de faction, elle juge de

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MADAME DE STAÏL. 4

: Mirabeau comme Mme Roland de Danton. Il est le monstre politique, hideux, cynique, tout hérissé de raisons d'État. Elle soupçonne en lui ce qu’elle. redoute le plus au monde, un successeur RS de Richelieu. Fe

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on Les chefs de la démocratie ne sont pour elle que ÿ ’ . À + . : Le-S- des factieux; la démocratie même, qui s'impose et Æ ait déborde dej, lui sembleté ne most 0

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