DERNIÈRES LETTRES
Pi de quelle importance il est de se remplir Tesprit de bonnes flioses et (le saintes lectures, pour lesquelles Mme de Sévigné avait un goût, pour ne pas dire une avidité surprenante, par r usage qu'elle a su faire de ces bonnes provisions dans les derniers moments de sa vie. Je vous conte tous ces détails, monsieur, parce qu'ils conviennent à vos sentiments et à l'amitié que vous aviez pour celle que nous pleurons ; et je vous avoue que j'en ai l'esprit si rempli, que ce m'est un soulagement de trouver un homme aussi propre que vous à les écouter et à les aimer. J'espère, monsieur, que le souvenir d'une amie qui vous estimait infiniment contril)uera à me conserver dans l'amitié dont vous m'honorez depuis longtemps ; je l'estime et la souhaite trop pfrtir ne pas la mériter un peu. J'ai l'honneur, etc.
Dp Mmr de Coidanges à Mme de Grignim.
Le 10 mai 1703.
... Je vis, il y a deux jours, Mme la duchesse de Lesdiguières. La manière dont je désire votre retour me fait un mérite auprès d'elle ; mais je ne suis point contente que vous me parliez de ce retour avec si peu de certitude. Nous attendons la Saint- Jean avec autant de crainte que d'impatience... Si vous saviez ce que c'est que la calèche de v.elours jaune que Mme de Lesdiguières vient de faire paraître, vous ne pourriez pas résister au plaisir de vous promener dedans ; on ne parle d'autre chose ; elle est singuhère, magnifique, mais très éloignée d'être richcule, comme on l'avait dit ; on l'avait fait semée de Mores et cela est faux ; les roues sont bleues et paraissent de lapis ; cela fait un effet cliarmant avec ce jaune.
Il y a trois mois que je n'ai vu Mme voti'e belle-sœui- (la fejnme de Charles de Sévigné), elle n'a plus aucun commerce avec les profanes ; j'ai été des dernières avec qui elle a rom])u ; mais elle ne veut plus de moi ; il ne faut point s'en faii'e accroii'e. La
288 =p MADAME DE SEVRiNE . — CHAP. X
maison qu'elle va habiter est laide, mais son jardin, qui est triste par la hauteur des murailles, ne laisse pas d'être grand. Vraiment, madame, une maison de campagne n'est pas une retraite digne d'une dévote ; on ne trouve point le père Gaffard à la campagne et il est vis-à-vis de la porte où habitera M. de Sévigné. Je suis en peine de ce dernier ; sans sa docilité, ce serait un homme perdu ; mais aussi, sans sa docilité, n'irait-il point habiter le faubourg Saint-Jacques !....