SAINT-LAMBERT
SAINT-LAMBERT (Charles-François, marquis de ) naquit à Vé- Klise (Lorraine) , en 1717. Ii dut à l'amitié et au patronage de Voltaire une grande partie de la réputation qu'il eut de son vivant ; mais la postérité, toujours équitable, n'a pas confirmé les jugements, ou plutôt les éloges de Voltaire. Son principal titre est le poème des Saisons, composition médiocre dans son ensemble , mais qui renferme plusieurs épisodes écrits avec correction et élégance , quelquefois même avec une richesse de couleurs qui n*est pas d'un poète ordinaire.
Des poésies légères qui ne manquent ni de charme ni d'harmonie, et des Fables orientales imitées de Sady, tels sont les titres littéraires de ce poète.
La vie de Saint-Lambert a été tranquille et peu féconde en événements ; il Ta passée presque entièrement entre madame d'Houdetot et la poésie.
Il avait été de l'ancienne Académie ; il fut encore de l'Institut, lorsque celui-ci fut réorganisé par le Directoire à la fin de 1796.
Saint-Lambert entra à l'Académie en 1770, et mourut à Paris le 9 février 1804.
La Ventante.
fiacchus, dieu des festins, père de l'enjoûment, C'est toi qui répandis sur les monts du Bosphore Les pampres enlevés aux portes de l'aurore ; Tu couvris de raisins les rochers de Lesbos : Ta liqueur inspira les muses , les héros , Et ton culte polit la Grèce encor sauvage.
C'est toi qui des Gaulois enflammais le courage , Quand ce peuple vainqueur, du haut des Apennins , Vint sous leurs toits fumants écraser les Romains. Il voulait de tes dons enrichir la patrie ; Et , le front couronné des pampres d'Hespérie , Ivre de vin , de joie , il repassa les monts. Les vallons répétaient ses cris et ses chansons, Et les thyrses guidaient sa marche triomphante. La Gaule à ton nectar dut sa gaîté brillante. Le charme des festins est le sel des bons mots , L'art d'écarter les soins et d'oublier les maux.
Mais déjà vers la vigne un grand peuple s'avance ; Il s'y déploie en ordre , et le travail commence; Le vieillard que conduit l'espoir du vin nouveau , Arrivé plein de joie au penchant du coteau, Y voit l'heureux Lindor et Lisette charmée Trancher au même cep la grappe parfumée ; Il chante leurs amours et le dieu des raisins. Une troupe à leur voix répond des monts voisins : Plus loin le tambourin , le fifre et la trompette Font entendre des airs que le vallon répète. Cependant les chansons , les cris du vendangeur, Fixent sur le coteau les regards du chasseur. Mais le travail s'avance , et les grappes vermeilles S'élevant en monceau dans de vastes corbeilles , Colin , le corps penché sur ses genoux tremblants , De la vigne au cellier les transporte à pas lents : Une foule d'enfants autour de lui s'empresse , Et l'annonce de loin par des cris d'allégresse.
Tandis que le raisin sous la poutre est placé , Qu'un jus brillant et pur dans la cuve est lancé , Que d'avides buveurs y plongent la fougère , Où monte en pétillant une mousse légère , Sur les monts du couchant tombe l'astre du jour.
Le peuple se rassemble , il hâte son retour ; Il arrive , ô Bacchus , en chantant tes louanges.