SAINT-LAMBERT
II danse autour du char qui porte les vendanges ; Ce char est couronné de fleurs et de rameaux; Et la grappe en festons pend au front des taureaux. Le plaisir turbulent , la joie immodérée , Des heureux vendangeurs terminent la journée.
(Let Saiiom.)
L'Orage.
On voit à l'horizon de deux points opposés Des nuages monter dans les airs embrasés. On les voit s'épaissir, s'élever et s'étendre ; D'un tonnerre éloigné le bruit s'est fait entendre : Les flots en ont frémi , l'air en est ébranlé , Et le long du vallon le feuillage a tremblé. Les monts ont prolongé le lugubre murmure , Dont le son lent et sourd attriste la nature. H succède à ce bruit un calme plein d'horreur, Et la terre en silence attend dans la terreur. Des monts et des rochers le vaste amphithéâtre Disparaît tout à coup sous un voile grisâtre : Le nuage élargi les couvre de ses flancs ; Il pèse sur les airs tranquilles et brûlants.
Mais des traits enflammés ont sillonné la nue , Et la foudre , en grondant, roule dans l'étendue ; Elle redouble , vole, éclate dans les airs ; La nuit est plus profonde , et de vastes éclairs En font sortir sans cesse un jour pâle et livide. Du couchant ténébreux s'élance un vent rapide , Qui tourne sur la plaine, et, rasant les sillons, Enlève un sable noir qu'il roule en tourbillons. Ce nuage nouveau , ce torrent de poussière , Dérobe à la campagne un reste de lumière. La peur, l'airain sonnant , dans les temples sacrés Font entrer à grands flots les peuples égarés. Grand Dieu ! vois à tes pieds leur foule consternée Te demander le prix des travaux de l'année.
Hélas ! d'un ciel en feu tes globules glacés Écrasent en tombant les épis renversés, Le tonnerre et les vents déchirent les nuages ; Le fermier de ses champs contemple les ravages, Et presse dans ses bras ses enfants enrayés , La foudre éclate , tombe; et des monts foudroyés Descendent à grand bruit les graviers et les ondes , Qui courent en torrents sur les plaines fécondes. O récolte ! ô moissons ! tout périt sans retour : L'ouvrage de Tannée est détruit dans un jour.
LEM1ERRE ( Astoink-Marin ) , né à Paris, fut nommé, eu quittant le collège, secrétaire d'un fermier général , qui lui laissa le loisir de se livrer à son goût pour les lettres. Après avoir remporté plusieurs fois le prix de poésie à l'Académie française, il s'adonna au théâtre» et composa plusieurs pièces* cfont fuekpes unes, comme Hypermnes* tre, Guillaume Tell et la Veuve du Malabar, continuent à faire partie du répertoire.
Lemierre a écrit deux poèmes didactiques , les Fastes, ou les Usages de Cannée, et la Peinture, en trois chants. Le meilleur de ses ouvrages est sans contredit ce dernier, où, s'appuyant sur le poème latin de l'abbé deMarsy, il a fait un ouvrage recwnaKiiidaWe , et écrit eoi vers meilleurs qu'à lui n'appartient, dit La Hait*.
On lui doit aussi des poésies légères et fugitives , parmi fesqftcte il y en a qui méritent d'être lues.
Lemierre est un poète qui ne manque ni de verve, ni d'un certain talent; mais qui est presque toujours dur, sec, incorrect et dépourvu dégoût.
Il fut reçu à l'Académie française en 1 784, et mottrut à Saint-Germain-en-Wye , en jwHH 1793. '
Invocation an Soleil.
Globe resplendissant , océan de lumière ,
De vie et de chaleur source immense et première ,
Qui lances tes rayons, par les plaines des airs ,
De la hauteur des cieux aux profondeurs des mers,
Et seul fais circuler cette matière pure,
Cette sève de feu qui nourrit la nature !
296 vers.
Soleil, par ta chaleur l'univers fécondé
Devant toi s'embellit de lumière inondé ;
Le mouvement renaît, les distances, l'espace;
Tu te lèves, tout luit ; tu nous fuis, tout s'efface ;
Le poète sans toi fait entendre ses vers ,
Sans toi la voix d'Orphée a modulé des airs :
Le peintre ne peut rien qu'aux rayons' de ta sphère.
Père de la couleur, auteur de la lumière,
Sans les jets éclatants de tes feux répandus,
L'artiste, le tableau, l'art lui-même n'est plus.
(La Peinture.)
Le Jour des Morts.
Entendez-vous ces sons mornes et répétés, Retentissant autour de nos toits attristés ? De cent cloches dans l'air le timbre monotone , Qui si lugubrement sur nos têtes résonne , Avertit les mortels, rappelés à leur fin , D'implorer pour les morts un tranquille destin , D'apprécier la vie ouverte à tant de peines , De ne point consumer en mutuelles haines Ce fragile tissu de moments limités, Qu'aux humains fugitifs la nature a comptés?
Quels enclos sont ouverts! quelles étroites places Occupe entre ces murs la poussière des races ! C'est dans ces lieux d'oubli , c'est parmi ces tombeaux Que le Temps et la Mort viennent croiser leurs faux. Que de morts entassés et pressés sous la terre ! Le nombre ici n'est rien , la foule est solitaire. Qui peut voir sans effroi ces couches d'ossements , Tous ces débris de l'homme abandonnés aux vents!
Qu'est-ce quechaque race? une ombre après uneombre. Nous vivons un moment sur des siècles sans nombre. Nos tristes souvenirs vont s'éteindre avec nous : Une autre vie , ô Temps , se dérobe à tes coups.