Le paratonnerre. 4. Le cadran solaire
MALFILATRE ( Jicqces-Cbailbs-Loios) naquit à Caca k 8 octobre 1733. En sortant do collège, il concoarnt pour les prix de poésie proposés par l'Académie de Rouen, qui lai décerna quatre fois la couronne. Le succès immense qu'obtint son odé intitulée Le soleil fixe a» milieu de* planètes, le détermina à quitter la province. A son armée à Paris, un libraire nommé Lacombe s'établit son protecteur et détint bientôt son ami : ce fut lui qui conseilla à Malfilâtre de traduire Virgile. Cette entreprise ne fut pas heureuse, mais le livre se vendit, grâce au zèle et à l'activité du libraire. A la mort de Lacombe, survenue peu de temps après, Malfilâtre se trouva dans la plus grande détresse; la misère en peu de temps épuisa ses forces. Pour échapper à ses créanciers, il se retira à Chaillot sous le nom de La Foret; il espérait pouvoir y corriger en paix son poème de Narcisse, mais b mort le surprit au milieu de ce travail. Quelque imparfait que soit resté son poème, on y reconnaît cependant l'œuvre d'un grand poêle, et la touche ferme, élégante et pure d'un écrivain appelé à prendre rang parmi les auteurs du premier ordre.
Malfilâtre mourut le 6 mars 1767.
Les «eux Serpents.
A cet autel de gazon et de fleurs,
Déjà la main des sacrificateurs
A présenté la génisse sacrée,
Jeune, au front large, à la corne dorée.
Le bras fatal, sur sa tête étendu,
Prête à frapper, tient le fer suspendu.
Un bruit s'entend; l'air siffle; l'autel tremble.
Du fond du bois, du pied des arbrisseaux,
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Deux fiers serpents soudain sortent ensemble, Rampent de front, vont à replis égaux; L'un près de l'autre ils glissent, et sur l'herbe Laissant loin d'eux de tortueux sillons, Les yeux en feu, lèvent, d'un air superbe, Leurs cous mouvants, gonflés de noirs poisons; Et vers le ciel deux menaçantes crêtes Rouges de sang se dressent sur leurs têtes. Sans s'arrêter, sans jeter un regard Sur mille enfants fuyant de toute part, Le couple affreux, d'une ardeur unanime, Suit son objet , va droit à la victime, L'atteint, recule, et, de terre élancé, Forme cent nœuds, autour d'elle enlacé; La tient, la serre, avec fureur s'obstine A l'enchaîner, malgré ses vains efforts, Dans les liens de deux flexibles corps; Percç, des traits d'une langue assassine , Son cou nerveux, les veines de son flanc, Poursuit, s'attache à sa forte poitrine, Mord et déchire, et s'enivre de sang.
Mais l'animal, que leur souffle empoisonne, Pour s'arracher à ce double ennemi, Qui, constamment sur son corps affermi, Comme un réseau l'enferme et l'emprisonne, Combat, s'épuise en mouvements divers, S'arme contre eux de sa dent menaçante, Perce les vents d'une corne impuissante, Bat de sa queue et, ses flancs et les airs. Il court, bondit, se roule, se relève ; Le feu jaillit de ses larges naseaux.
A sa douleur, à ses horribles maux, Les deux dragons ne laissent point de trêve ; Sa voix, perdue en longs gémissements, Des vastes mers fait retentir les ondes,
Les antres creux et les forêts profondes. Il tombe enfin : il meurt dans les tourments . Il meurt. Alors les énormes reptiles Tranquillement rentrent dans leurs asiles.
(NarcUê*.)
Le Soleil fixe au milles «es planètes.
L'homme a dit : « Les deux m'environnent,
Les cieux ne roulent que pour moi :
De ces astres qui me couronnent
La nature me fit le roi :
Pour moi seul le soleil se lève;
Pour moi seul le soleil achève
Son cercle éclatant dans les airs;
Et je vois , souverain tranquille ,
Sur son poids la terre immohile
Au centre de cet univers. »
Fier mortel, bannis ces fantômes, Sur toi-même jette un coup d'œiL Que sommes-nous, faibles atomes, Pour porter si loin notre orgueil ?
Insensés ! nous parlons en maîtres, Nous qui, dans l'océan des êtres , Nageons tristement confondus; Nous dont l'existence légère, Pareille à l'ombre passagère, Commence, paraît, et n'est plus!
Mais quelles routes immortelles Uranie entr 'ouvre à mes yeux!
Déesse, est-ce toi qui m'appelles Aux voûtes brillantes des cieux ?
Je te suis. Mon âme agrandie , S'élançant d'une aile hardie,
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De la terre a quitté les bords :
De ton flambeau la clarté pure Me guide au temple où la nature Cache ses augustes trésors.
Grand Dieu ! quel sublime spectacle Confond mes sens , glace ma voix !
Où suis-je ? Quel nouveau miracle De TOlympe a changé les lois ?
Au loin , dans l'étendue immense , Je contemple seul en silence La marche du grand univers ; Et dans l'enceinte qu'elle embrasse , Mon œil surpris voit sur sa trace Retourner les orbes divers.
Portés du couchant à l'aurore Par un mouvement éternel 5 Sur leur axe ils tournent encore Dans les vastes plaines du ciel !.
Quelle intelligence secrète Règle en son cours chaque planète Par d'imperceptibles ressorts ?
Le soleil est-il le génie Qui fait avec tant d'harmonie Circuler les célestes corps ?
Au milieu d'un vaste fluide , Que la main du dieu créateur Versa dans l'abîme du vide , Cet astre unique est leur moteur.
Sur lui-même agité sans cesse , Il emporte , il balance , il presse L'éthér et les orbes errants 2 ; S^ns cesse une force contraire ,
%4. C'est le système de Coper- 2. C'est ici le système des lourde ou le vrai système du monde, btllons de Descartes.
De cette ondoyante matière Vers lui repousse les torrents.
Ainsi se forment les orbites Que tracent ces globes connus :
Ainsi dans des bornes prescrites , Volent et Mercure et Vénus.
La terre suit : Mars , moins rapide , D'un air sombre , s'avance et guide Les pas tardifs de Jupiter ; Et son père , le vieux Saturne , Roule à peine son char nocturne Sur les bords glacés de l'éther K
Oui , notre sphère , épaisse masse , Demande au soleil ses présents.
A travers sa dure surface Il darde ses feux bienfaisants.
Le jour voit les heures légères Présenter les deux hémisphères Tour à tour à ses doux rayons ; Et sur les signes inclinée , La terre promenant l'année , Produit des fleurs et des moissons.
Je te salue , âme du monde , Sacré soleil, astre de feu , De tous les biens source féconde , Soleil, image de mon Dieu !
Aux globes qui , dans leur carrière , Rendent hommage à ta lumière, Annonce Dieu par ta splendeur :
Règne à jamais sur ses ouvrages, Triomphe , entretiens tous les âges De son éternelle grandeur.
i. A celte époque Saturne était leil. Uranus n'a été découvert la plane te la plus éloignée du so- qu'en 1780 par Herschell.
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