‹ Modèles de littérature française (volume 2)Chapitre 142 sur 168 · BENJAMIN · texte numérisé non relu

BENJAMIN

Le temps semble ajouter à ses tourments secrets :

Le calme et le bonheur ont fui de sa demeure ;

C'est avec moi qu'il souffre, avec moi seul qu'il pleure

De son fils bien-aimé le funeste trépas,

Et mes soins assidus ne le consolent pas.

Que dis-je ! mes regards, mes traits et mon langage.

Ma voix, tout de Joseph lui retrace l'image.

Par nos tremblantes mains son tombeau fut creusé,

Triste et vain monument de nos pleurs arrosé !

À l'ombre des palmiers, dans le vallon tranquille,

Si fécond autrefois, maintenant si stérile,

Il s'élève, et Jacob, de cendre tout couvert,

Redemande son fils à ce tombeau désert.

Les ftépatetions littéraires.

Crois-tu donc me prouver par ce honteux succès , Que l'estime publique accueille tes essais? De la malignité, du hardi persiflage Tel fut de tous les temps l'odieux avantage : L'homme ingrat et jaloux n'admire qu'à regret. D'un éclat qui l'offusque il se venge en secret;

Jt&8 VERS.

A louer , sans appel , nul lecteur ne déroge ;

L'oreille s'ouvre au blâme, et se ferme à l'éloge.

N'importe : sois bien sûr que , roulés en cornet ,

Tes vers chez l'épicier joindront ceux de Colnet

Mais ceux qu'ont assaillis mes rimes véridiques ,

Dont ma main renversa les trônes fantastiques ,

Qui , de leur chute encore et froissés et meurtris»

M'abreuvent d'opium, m'importunent de cris,

Je devais leur porter une atteinte certaine.

En effet les écarts de leur muse hautaine ,

Leurs longs alexandrins , leur ton sentencieux ,

Imposent au vulgaire , et fascinent les yeux.

L'un siège à l'Institut , où sa verve ampoulée

Charme , au moins trois fois l'an , une docte assemblée,

Bien sûre d'applaudir à des vers ravissants.

Puisqu'ils sont par l'état payés quinze cents francs.

L'autre des Rosati remplit une veillée :

A peine on l'entrevoit; la foule émerveillée ,

Tandis que d'un pas grave il gagne le fauteuil,

De nombreux claquements chatouille son orgueil.

Là sont et l'épousée , et la sœur et la mère,

Le parrain , le neveu , le cousin , le beau-père ;

Toute la parenté , dont les efforts divers

Ont préparé d'avance un triomphe à ses vers.

Qui bientôt, recueillis par des mains caressantes,

Vont enfler d'un journal les pages innocentes.

L'auteur ainsi fêté prend un rapide essor.

A ces petits moyens ils ajoutent encor :

Chacun tient sous ses lois une petite armée ,

Qui d'un faubourg à l'autre étend sa renommée,

Au lit des chastes sœurs établit tous ses droits ,

Et lui prête en tous lieux l'égide de sa voix.

Voyez chaque soldat, embaucheur littéraire,

Assiégeant d'un café le banc héréditaire,

Exalter de son chef les sublimes travaux ,

Le proclamer sans maître et surtout sans rivaux.

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