‹ Modèles de littérature française (volume 2)Chapitre 141 sur 168 · BENJAMIN · texte numérisé non relu

BENJAMIN

Les voiles de la nuit enveloppaient les deux,

Et nos troupeaux au loin errant depuis l'aurore,

Au bercail protecteur ne rentraient pas encore ;

Jacob intimidé tremblait pour ses enfants.

Mais Joseph, le soutien qu'espéraient ses vieux ans,

Joseph que près de lui retenait son jeune âge :

« O mon père, dit-il, au prochain pâturage

Je vais perler mes pas et presser le retour

Des enfants de Lia, si chers à ton amour !

Va , je leur parlerai , pour finir tes alarmes ,

De ton inquiétude et surtout de tes larmes. »

Il dit, et dans la plaine il s'élance soudain.

Déjà brillaient la pourpre et l'azur du matin»

Il ne revenait pas; mais à l'heure brûlante

Où s'ouvre du midi la route étincelanfce,

Pâles, défigurés et couverts de sueur,

De leurs troupeaux suivis, mes frères,. .. ô douleur !

BAOUR-LORMIAN. Ubl

Siméon à leur tête; et d'une main tremblante , Offre aux yeux de Jacob une robe sanglante, La robe de Joseph qui, dans l'ombre égaré, Par des monstres cruels vient d'être dévoré. J'étais bien jeune alors et ne pouvais comprendre D'où naissaient tous les pleurs que je voyais répandre. Mais quand l'âge eut enfin éclairé ma raison, Je partageai le deuil de toute ma maison.

OMASIS , à part.

Cruels ! c'était donc peu d'outrager la nature; Vous avez au forfait ajouté l'imposture.

(Haut).

Le temps a de Jacob adouci les regrets ?

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