‹ Modèles de littérature française (volume 2)Chapitre 150 sur 168 · C. DELAVIONS · texte numérisé non relu

C. DELAVIONS

DELA VIGNE (Jean-François-Casimir) naquit au Havre au mois d'avril 1793. Un dithyrambe commença , dès le collège, la réputation de celai qui devait rendre au théâtre la langue énergique de Corneille et les mélodieux accents de Racine. Il s'agissait de la naissance du Roi de Rome que Delavigne avait célébrée comme tant d'autres. Mais ce fut après l'invasion de la France, en 1814, que son nom devint illustre. Il chanta les malheurs et la gloire de la France dans des poèmes lyriques intitulés Messéniennes. La France tout entière applaudit avec enthousiasme au jeune poète qui s'était fait le noble interprète de ses douleurs et de ses espérances. Les Vêpres siciliennes, représentées en 1821, furent, pour M. C. Delavigne, l'occasion d'un nouveau triomphe. Aucune pièce, à l'exception du Cid, n'avait été accueillie avec une faveur aussi éclatante. Depuis cette époque, il a donné plusieurs autres tragédies et des comédies qui ont presque toutes pris place parmi les chefs-d'œuvre de notre théâtre.

Casimir Delavigne a été le poète le plus pur et le mieux inspiré de son époque. La critique jalouse qui l'a poursuivi dans ses dernières années est aujourd'hui oubliée, et ses beaux ouvrages sont dans toutes les mémoires. Il avait été admis à l'Académie française en 1825.

Il est mort à Lyon le 10 septembre 18 A3.

Le» Vêpres siciliennes.

Du lieu saint , à pas lents , je montais les degrés , Encor jonchés de fleurs et de rameaux sacrés. Le peuple, prosterné sous ces voûtes antiques , Avait du Roi-Prophète entonné les cantiques; D'un formidable bruit le temple est ébranlé. Tout à coup sur l'airain ses portes ont roulé.

Il s'ouvre ; des vieillards, des femmes éperdues,

Des prêtres , des soldats, assiégeant les issues ,

Poursuivis , menaçants , l'un par l'autre heurtés,

S'élancent loin du seuil à flots précipités.

Ces mots : « Guerre aux tyrans ! » volent de bouche en bouche ;

Le prêtre les répète. avec un œil farouche ;

L'enfant même y répond. Je veux fuir, et soudain

Ce torrent qui grossit me ferme le chemin.

Nos vainqueurs, qu'un amour profane et téméraire

Rassemblait pour leur perte au pied du sanctuaire,

Calmes, quoique surpris, entendent sans terreur

Les cris tumultueux d'une foule en foreur.

Le fer brille , le nombre accablait leur courage. . .

Un chevalier s'élance , il se fraie Ym passage ;

Il marche , il court , tout cède à l'effort de son bras ,

Et les rangs dispersés s'ouvrent devant ses pas.

Il affrontait leurs coups sans casque, sans armure...

C'est Montfort! A ce cri succède un long murmure.

« Oui, traîtres , ce nom seul est un arrêt pour vous !

Fuyez! » dit-il superbe et pâle de courroux;

Il balance dans l'air sa redoutable épée,

Fumante encor du* sang dont il l'avait trempée.

Il frappe. Un envoyé de la Divinité

Eût semblé moins terrible au peuple épouvanté.

Mais Procida paraît , et la foule interdite

Se rassure à sa voix , roule et se précipite ;

Elle entoure Montfort; par son père entraîné,

Lorédan le suivait ; muet et consterné...

Du vainqueur, du vaincu les clameurs se confondent ;

Des tombeaux souterrains les échos leur répeadsnt

Le destin des combats flottait encor douteux ;

La nuit répand sur nous ses voiles ténébreux.

Parmi les assassins je m'égare ; incertaine,

Je cherche le palais , je marche , je me tradne.

Que de morts , de mourants î Faut-il qu'un jour nouveau

Éclaire de ses feux cet horrible tableau?

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