‹ Modèles de littérature française (volume 2)Chapitre 151 sur 168 · C. DELAVIGNE. &8S · texte numérisé non relu

C. DELAVIGNE. &8S

Puisse le soleil fuir, el cette nuit sanglante Cacher au monde entier les forfaits qu'elle enfante !

(Ut Fifrêê $kUk»nn.)

le Médecin d'en roi.

Du médecin d'un roi sait-on quelle est la vie? Cet esclave absolu qui parle en souverain Ment lorsqu'il se dit libre , et porte un joug d'airain. Je ne m'appartiens pas ; un autre me possède : Absent, il me maudit , et présent, il m'obsède; Il me laisse à regret la santé qu'il n'a pas ; S'il reste , il faut rester ; s'il part , suivre ses pas , Sous un plus dur fardeau baissant aaa tête akière Que les obscurs varlets courbés sous sa litière, Confiné près de lui dans ce triste séjour, Quand je vois sa raison décroître avec le jour, Quand de ce triple pont, qui le rassure à peine , J'entends crier la herse et retomber la chaîne , C'est moi qu'il fait asseoir au pied du lit royal Où l'insomnie ardente irrite encor son mal; Moi, que d'un faux aveu sa voix flatteuse abuse S'il craint qu'en sommeillant un rêve ne l'accuse ; Moi, que dans ses fureurs il chasse avec dédain ; Moi, que dans ses tourments il rappelle soudain ; Toujours moi, dont le nom s'échappe de sa bouche, Lorsqu'un remords vengeur vient secouer sa couche. Mais s'il charge mes jours du poids de ses eaauis, Du cri de ses douleurs s'il fatigue mes nuits , Quand ce spectre imposteur, maître de sa souffrance, De la vie en mourant affecte l'apparence. Je raille sans pitié ses efforts superflus Pour jouer à mes yeux la force qu'il n'a plus. Misérable par lui, je le fais misérable : Je lui rends en terreur l'ennui dont il m'accable ;

Et pour souffrir tons deux nous vivons réunis, L'un de l'autre tyrans, l'un par l'autre punis, Toujours prêts à briser le nœud qui nous rassemble ; Et toujours condamnés au malheur d'être ensemble , Jusqu'à ce que la mort, qui rompra nos liens , Lui reprenant mes jours dont il a fait les siens , Se lève entre nous deux , nous désunisse , et vienne S'emparer de sa vie et me rendre la mienne.

(Louis XL)

Un Serviteur ce an Ami.

Coitier à Louis XI.

L'un pour l'autre une fois n'ayons point de secret ,

Vous donnez par terreur, je prends par intérêt.

En consumant ma vie à prolonger la vôtre ,

J'en cède une moitié, pour mieux jouir de l'autre.

Je vends et vous payez ; ce n'est plus qu'un contrat ;

Où le cœur n'est pour rien, personne n'est ingrat.

Les rois avec de l'or pensent que tout s'achète ;

Mais un don qu'on vous doit , un bienfait qu'on vous jette

Laissent votre âme à l'aise avec le bienfaiteur.

On paie un courtisan, on paie un serviteur ;

Un ami, sire, on l'aime ; et n'eût-il pour salaire

Qu'un regard attendri quand il a pu vous plaire ,

Qu'un mot sorti du cœur quand il vous tend les bras ;

H aime, il est à vous, mais il ne se vend pas :

Gomme on se donne à lui , sans partage il se donne ,

Et parjure à l'honneur lorsqu'il vous abandonne ,

S'il vous regarde en face après avoir failli,

On a droit de lui dire : Ingrat , tu m'as trahi !

(louii XI.)

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