C. DELAVIGNE
Mille insectes impurs en rongent les rameaux, Et, comme le cyprès, c'est l'arbre des tombeaux.
(BpUr* à MM. 4* l 'Àcadémk fr«ftf«i*.)
Au Vallon d'Argentol.
Retraite d'Argentol , vallon tranquille et sombre , Qu'habitent le travail , la paix et le bonheur, Que j'aime à respirer ce reste de fraîcheur, À l'ardeur des étés échappé sous ton ombre ! Le zéphire se plaît dans tes longs peupliers ; Ces monts, où deux forêts balancent leur verdure, Environnent ton sein d'une double ceinture. Courbez-vous sur mon front, rameaux hospitaliers; Source fraîche où ma main recueille une onde pure, Reviens par cent détours aux bords que tu chéris; Poursuis, que ton murmure, en charmant mes oreilles, Se mêle au bruit léger de cet essaim d'abeilles - Qui vole en bourdonnant sur les buissons fleuris. Des chênes ébranlés mutilant les racines, Puissent les noirs torrents, dont le cours inégal, Dans un lit de gravier gronde au pied des collines, Ne jamais obscurcir ton paisible cristal ! Puissent le Dieu des champs et ses nymphes divines Écarter loin de toi le chasseur inhumain, Quand, l'oreille aux aguets, sortant du bois voisin, La biche au pied léger, ou le chevreuil timide, Yient se désaltérer à ta source limpide. Ah ! si jamais le ciel , soigneux de mes plaisirs, Fixe ma vie errante au milieu de ces plaines, Je veux que leur enceinte enferme mes désirs, Que mon travail soit libre ainsi que mes loisirs : J'y veux couler en paix des jours exempts de peines. Quand l'ardent Sirius blanchit l'azur des cieux, Quel bonheur de fouler des herbes verdoyantes;
Ou dans les nuits d'Jiiver, quand un vent pluvieu*
Vient battra à coups pressés les vitres frémissantes,
De rêver à ce bruit qui vous ferme les yeux I
Si je meurs entouré de riantes images,
Je ne veux pour tombeau que ces gazons épais.
Les passants fatigués de quelques longs voyages
Pourront s'y reposer sous des peupliers frais;
Mon ombre écartera de leur couche tranqUilte .
L'insecte malfaisant, te reptOeodiçax.:
Un regret, un soupir, en quittant ces beaux lieux,
Me paîront au-delà mes soins et njon asile.
Voilà mes seuls désirs : puissent-ils plaire aux Dieux !
O vallon fortuné ! paisibles promenades !
Tout ce faste imposant que Paris va m'offrir,
Ces palais, ces jardins et leurs tristes Naïades,
Du besoin de vous voir ne me sauraient guérir ;.. •
Entre vos monts altiers, au bruit de vos cascades,,'..
Que ne m'est-il donné de vivre et de mmrir 3*r ? / ;
La Mort de feanse d'Arc.
A qui réserve-t-on ces apprêts meurtriers?
Pour qui ces torches qu'on excité ?
L'airain éaçré tremble et s'agite. Y D'où vient ce briift lugubre? où courent ces guerriers, Dont la foule à longs flots roule et se précipite?
La joie éclate sur leurs traits, Sans doute l'honneur les enflamme ; Ils vont pour un assaut former leurs rangs épais ; Non, ces guerriers sont des Anglais Qui vont voir mourir une femme.