C. DELAVIGNE
Plaisent à ma tristesse, en mêlant sur ces bords Le deuil de la nature au deuil de la puissance. „
Où sont ces dais de pourpre élevés pour les jeux, Ces troupeaux d'affranchis, ces courtisans avides ? Où sont les chars d'airain, les trirèmes rapides, Qui du soleil levant réfléchissaient les feux? C'est là que des clairons la bruyante harmonie, A d'Auguste expirant ranimé l'agonie; Vain remède ! et le sang se glaçait dans son cœur, Tandis que sur ces murs les jeux de Rome esclave, Retraçant Actium ^ce pâle vainqueur, Faisaient sourire Auguste au triomphe d'Octave,
Ces monuments pompeux, tous ces palais romains» Où triomphaient l'orgueil, l'inceste et l'adultère , De la vaine grandeur dont ils lassaient la terre, N'ont laissé que des noms en horreur aux humains. Les voilà ces arceaux désunis et sans gloire, Qui de Caligula rappellent la mémoire ! Vingt siècles les ont vus briser le fol orgueil Des mers qui les couvraient d'écume et d'étincelles ; Leur chaîne s'est rompue , et n'est plus un écueil Où viennent des pêcheurs se heurter les nacelles.
Ces temples du Plaisir par la Mort habités ,
Ces portiques, ces bains prolongés sous les ondes ,
Ont vu Néron, caché dans leurs grottes profondes,
Condamner Agrippine au sein des voluptés.
Au bruit des flots roulant sous cette voûte humide,
Il veillait , agité d'un espoir parricide ;
Il lançait à Narcisse un regard satisfait ,
Quand , muet d'épouvante et tremblant de colère ,
ll.apprit que ces flots, instruments du forfait ,
Se soulevant d'horreuç , lui rejetaient sa mère.
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Tout est mort ; c'est la mort qu'ici vous respire* ;
Quand Rome s'endormit de débauche abattue , . ;k!, x
Elle laissa dans l'air ce poison qui vous tue ;
Il infecta les lieux qu'elle a déshonorés.
Telle, après les banquets de. ces maîtres du monde ,
S'élevait autour d'eux une vapeur immonde,
Qui pesait sur leurs sens, ternissait les couleurs
Des fastueux tissus où retombaient leurs têtes,
Et fanait à leurs pieds, sur les marbres en pleurs,
Les roses dont Pestum avait jonché ces fêtes.
Virgile pressentait que dans ces champs déserts
La Mort viendrait s'asseoir au milieu des décombres,
Alors qu'il les choisit pour y placer les ombres ,
Le Styx aux noirs replis, F Averne et les Enfers.
Contemplez ce pêcheur : voyez, voyez nos guides;
Interrogez les traits de ces pâtres livides :
Ne croyez- vous pas voir des spectres sans tombeaux,
Qui , laissés par Caron sur le fatal rivage ,
Tendant vers vous la main* entr'ouvrent leurs lambeaux,
Pour mendier le prix de leur dernier passage ?
(La Sibyth.)
Trois Jours de Christophe Colomb.
« En Europe ! en Europe ! — Espérez ! — Plus d'espoir t
— Trois jours, leur dit Colomb, etje vous donne un monde! »
Et son doigt le moatrait , et sçn œil , pour le, voir ,
Perçait de l'horizon l'immensité profonde.
Il marche, ret des trois jours le premier jour a lui;
Il marche , et l'horizon recule devant lui »
Il marche , et le jour baisse. Avec l'azur de l'onde
L'azur d'un ciel salas borne à ses, yeux se confond.
Il marche , il marche encore , et toujours ; et la sonde
Plonge et replonge en vain dans une mer sans fqn4-