‹ Modèles de littérature française (volume 2)Chapitre 159 sur 168 · C. DE1AVIGNE · texte numérisé non relu

C. DE1AVIGNE

Le pilote en silence, appuyé tristement Sur la barre qui crie au milieu des ténèbres, Écoute du roulis le sourd mugissement ■ Et des mâts fatigués les craquements funèbres. Les astres de l'Europe ont disparu des deux ; L'ardente croix du sud épouvante ses yeux. Enfin l'aube attendue et trop lente à paraître, Blanchit le pavillon de sa douce clarté : « Colomb, voici te jour! le jour vient de renaître!

— Le jour ! et que vois-tu ? — Je vois l'immensité. »

Qu'importe ? il est tranquille. . . Ah ! l'avez-vous pensé î Une main §nr son cœur, si sa gloire vous tente, Comptez 10s battements de ce cœur oppressé, Qui s'éîè& et retombe, et languit dans l'attente ; Ce cœur qui, tour à tour brûlant ou sans "chaleur, Se gonfle de plaisir, se brise-deMonleur. Vous comprendrez alors que durant ces journées, Il vivait, pojjKsbuffrir, des siècles par moments. Vous direz : « Ces trois jours dévorent des années, Et sa gloire est trop chère au prixrde ses tourments. »

Le second jour a fui. Que fait Colomb ? il dort ;

La fatigue l'accable, et dans l'ombre on conspire.

« Périra-t-il ?„— Aux voix. — La mort ! — la mort ! — la mort !

— Qu'il triomphe demain , ou, parjure, il expire. » Les ingrats ! quoi ! demain il aura pour tombeau Les mers où son audace ouvre un chemin nouveau ! Et peut-être demain leurs flots impitoyables,

Le poussant vers ces bords que cherchait son regard, Les lui feront toucher, en roulant sur les sables L'aventurier Colomb, grand homme un jour plus tard!....

Il rêve : comme un voile étendu sur les mers, L'horizon qui les borne à ses yeux se déchire, Et ce monde nouveau qui manque à l'univers, De ses regards ardents il l'embrasse, il l'admire.

Qu'il est beau, qu'il est frais ce monde vierge encor ! L'or brille sur ses fruits, ses eaux roulent de l'or ! Déjà, plein d'une ivresse inconnue et profonde, Tu t'écrias, Colomb : « Cette terre est mon bien !... » Mais une voix s'élève, elle a nommé ce monde, O douleur ! et d'un nom qui n'était pas le tien. . .

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