V. HUGO
Seul , entre tous les rois , César aux dieux de Rome
Peut en libations offrir le sang de l'homme.
A nos solennités nous invitons la mort..
De monstres pour nos jeux nous dépeuplons le monde ,
Nous mêlons dans le cirque1, où fume un sang immonde ,
Le tigres d'Hyrcanie aux barbares du Nord.
Des colosses d'airain , des vases de porphyre , Des ancres , des drapeaux , que gonfle le zéphire , Parent du champ fatal les murs éblouissants; Les parfums chargent l'air d'un odorant nuage , Car le peuple romain aime que le carnage Exhale ses vapeurs parmi les flots d'encens.
Des portes tout à coup les gonds d'acier gémissent. La foule entre en froissant les grilles qui frémissent. Les panthères dans l'ombre ont tressailli d'effroi ; Et poussant mille cris qu'un long bruit accompagne , Gomme un fleuve épandu de montagne en montagne , De degrés en degrés roule le peuple-roi.
Les deux chaises d'ivoire ont reçu les édiles. L'hippopotame informe et les noirs crocodiles Nagent autour du cirque en un large canal ; Dans leurs cages de fer les cinq cents lions grondent ; Les vestales en chœur , dont les chants se répondent , Apportent l'autel chaste et le feu virginal
L'œil ardent, le sein nu, l'impure courtisane Près du foyer sacré pose un trépied profane. On voile de cyprès l'autel des suppliants. A travers leur cortège et de rois et d'esclaves , Les sénateurs vêtus d'augustes laticlaves, Dans la foule , de loin , comptent tous leurs clients.
Chaque vierge est assise auprès d'une matrone. A la voix des tribuns on voit autour du trône
Les soldats du Prétoire en cerde se ranger ; Les prêtres de Cybèle entonnent la louange , Et sur de vils tréteaux , les histrions du Gange Chantent, en attendant ceux qui vont s'égorger.
Les voilà !. . . Tout le peuple applaudît et menace Ces captifs , que César d'un bras puissant ramasse Des temples de Manès aux antres d'IrmensuL Ils entrent tour à tour, et le licteur les nomme ; Vil troupeau que la mort garde aux plaisirs de Rome , Et que d'un fer brûlant a marqué le consul.
On découvre en leurs rangs, à leur tête penchée, Des Juifs , traînant partout une honte cachée; Plus loin , d'altiers Gaulois , que nul péril n'abat, Et d'infâmes chrétiens , qui , dépouillés d'armures , Refusant aux bourreaux leurs chants ou leurs murmures , Vont souffrir sans orgueil et mourir sans combat.
Bientôt , quand rugiront les bêtes échappées , Les murs, tout hérissés 4e piques et d'épées , Livreront cette proie entière à leur fureur ; Du trône de César la pourpre orne k faîte, Afin qu'un jour plus doux , durant l'ardente fête , Flatte les yeux divins du dément empereur.
César, empereur magnanime, Le monde, à te pftaire unanime, A tes fêtes doit concourir !
Éternel héritier d'Auguste, • Salut ! prince immortel et juste ; César ! sois salué par ceux qui vont mourir.
TABLE ALPHABÉTIQUE