RONSARD
RONSARD (Pierre de) naquit au château de la Poissonnière, dans le Vendômois. On sait quelle admiration il excita de son temps. Regardé comme le poète français par excellence, il se crut lui-même le législateur du Parnasse, et parla cependant, surtout dans ses pièces d'un caractère élevé, un jargon si détestable, qu'on le trouve aujourd'hui de beaucoup inférieur à plusieurs de ceux qu'il dédaignait sans doute. Néanmoins on ne peut douter qu'il n'ait eu beaucoup de génie naturel ; et quand il s'y est laissé aller tout simplement, quand il a voulu s'exprimer sans emphase et sans prétention , en particulier dans plusieurs de ses pièces légères ou de moyen caractère, il a mérité les éloges que plusieurs critiques modernes se sont accordés h lai donner.
Ronsard est mort le 27 décembre 1585, âgé d'un peu plus de soixante ans.
La brièveté de la vfe.
Mignonne , allons voir si la rose , Qui ce matin avait déclose l Sa robe de pourpre au soleil, A point perdu2 cette vesprée3, Les plis de sa robe pourprée, Et son teint au vôtre pareil.
i. Ouvert Remarquez qu'alors 2. N'a point perdu, on employait le participe variable 3. Ce soir , du latin vespera lorsque le nom venait après lui. d'où nous avons tiré vêpres.
Las! voyercomme en peu d'espace, Mignonne, elle a dessus la place Las! las1 ! ses beautés laissé choir ! O vraiment marâtre Nature2!
Puisqu'une telle fleur ne dure Que du matin jusques au soir!
Donc, si vous me croyez, Mignonne , Tandis que votre âge fleuronne3 En sa plus verte nouveauté, Cueillez, cueillez votre jeunesse4 :
Gomme à cette fleur, la vieillesse Fera ternir votre beauté.
La TteffleaM.
Adieu, je sens venir ma fin :
Nul passe-temps de ma jeunesse Ne m'accompagne en la vieillesse, Que le feu, le lit et le vin.
De tous côtés le soin me mord5 :
Et soit que j'aille ou que je tarde, Toujours après moi je regarde Si je verrai venir la Mort,
Qui doit, ce me semble, à toute heure, Me mener là-bas, où demeure Je ne sais quel Pluton, qui tient Ouvert à tous venants un antre, Où bien facilement on entre , Mais d'où jamais ©n ne refient