‹ Modèles de littérature française (volume 2)Chapitre 23 sur 168 · BAÏF · texte numérisé non relu

BAÏF

BAIF (Jean-Antoine de) naquit à Venise, de Lazare deRaif, alors ambassadeur de François Ier. 11 reçut une éducation soignée. Apre» avoir étudié le latin sous Etienne et Bonami , le grec sous Nicolas Vergéce , il étudia l'art poétique sous Jean Dorât, et fut là le condisciple de Ronsard. Baff fut le poète le plus fécond de son temps, nais toutes ses œuvres sont presque entièrement oubliées, et l'on ne se souvient guère que de sa ridicule persévérance à. vouloir introduire dans notre langue , sous le nom de Baïfinst des vers mesuré,* à la façon des Grecs et des Latins '•

Baïf mourut en 1591.

Du bonheur vient la nançhalme; De nonchalance, l'ignorance;

1. On sait que chez les anciens les syllabes brèves étaient comp^ tées pour un temps , et les longues pour deux. Il est done facile de se représenter des vers de même valeur, quoique n'ayant pas le même nombre de syllabes, si une, ou deux ou trois longues du premier étaient remplacées par deux, quatre ou six brèves dans le second , ou réciproquement. Ce système, appliqué à notre langue, nous parait entièrement dépourvu d'harmonie, comme on peut le voir par ces vers de Turgot, le

dernier peut-être qui ait essayé d'eu faire de pareils.

11 dit , et nir lui Lidon roulant un œil

indigné IVbserYe DauAitn «ombre silence. Enfln m colère éclate ainsi.

C'était donc une pensée folle que poursuivait là Baïf, et malgré tous les efTorts tentés depuis pour la faire réussir, elle n'a jamais obtenu l'assentiment des lecteurs sensibles à l'harmonie. Voyez au reste, sur ce point curieux de notre histoire littéraire , la Poésie au XVIe siècle, de M. de Sainte-

D'ignorance part le mépris ; Du mépris, sourd * la félonie 2 ; De félonie, tyrannie ; Du tyran la mort est le prix.

La reine , sur la mort du roi Henri.

Si j'eusse eu le pouvoir, ainsi que le courage,

De laisser ici-bas ce terrestre fardeau ,

Et faire avecque vous, ou pour vous le voyage,

Qu'un chacun trouve laid, qui me semble si beau;

Que mon heur 3 serait grand ! Mais, puisque Dieu tout sage ,

Refusant mon désir, me défend le tombeau,

Autant qu'il m'est permis, soit que je vive ou meure,

Je vous honorerai des larmes que je pleure 4.

Le calcul de la vie.

Tu as cent ans et davantage :

Mais calcule de tout ton âge Combien en eut ton créancier, Combien tes folles amourettes, Combien tes affaires secrettes, Combien ton pauvre tenancier,

Combien tes procès ordinaires, Combien tes valets mercenaires, Combien ton aller et venir :

Ajoute aussi tes maladies, Ajoute encore tes folies, Si tu pouvais t'en souvenir ;

Beuve, page 79 et suivantes, édi- 2. La perfidie et la trahison,

lion de 1843, et le Dictionnaire de 3. Mon bonheur.

Prosper Marchant, mot Mousset. &. Ce couplet est construit à

i. Vient, du verbe sourdre , l'imitation de l'octave employée

qui veut dire sortir de terre par les Italiens, surtout dans leurs

comme une source. poèmes épiques.

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