JODELLE
Imprécations de Bidon.
Quant à sa race fière, Qui sera, je le sais , ainsi que hit traîtresse, Qui par dol se fera de ce monde maîtresse, Qui de cent piétés * , ainsi que fait Énée , Abusera la terre en ses lois obstinée , Et qui toujours feindra pour croître 2 sa puissance Avec les plus grands dieux avoir fait alliance, S'en forgeant bien souvent de nouveaux et d'étranges, Pour croître avec ses dieux ses biens et ses louanges : Qu'on ne la voie au moins en aucun temps paisible ; Et que, quand peuple aucun 3 ne lui sera nuisible, Elle en veuille à soi-même ; et que Rome grevée 4 De sa grandeur, souvent soit de son sang lavée ; Que sans (in dans ses murs la sédition règne; Qu'en mille et mille états elle change son règne ; Qu'elle fasse en la fin de ses mains sa ruine, Et qu'à l'envi chacun dessus elle domine , Se voyant coup sur coup saccagée , ravie , Et à mille étrangers tous ensemble asservie.
Quant à vous , Tyriens, d'une éternelle haine Suivez à sang et feu cette race inhumaine ; Obligez à toujours de ce seul bien ma cendre , Qu'on ne veuille jamais à quelque paix entendre. Les armes soient toujours aux armes adversaires, Les flots toujours aux flots, les ports aux ports contraires : Que de ma cendre même un brave vengeur sorte, Qui le foudre et l'horreur sur cette race porte : Voilà ce que je dis, voilà ce que je prie , Yoilà ce qu'à vous, dieux, ô justes dieux, je crie.