‹ Modèles de littérature française (volume 2)Chapitre 37 sur 168 · Belle inversion. que signifie proprement le mot · texte numérisé non relu

Belle inversion. que signifie proprement le mot

2. Notre tranquillité. Meta» bonace. phore tirée du calme de la mer, 3. Ces sujets de désolation.

MALHERBE. kl

Nos prières sont ouïes, Tout est réconcilié ; Nos peurs sont évanouies, Sedan s'est humilié ; A peine il a vu le foudre Parti pour le mettre en poudre, Que , faisant comparaison De l'espoir et de la crainte , Pour éviter la contrainte, Il s'est mis à la raison.

Qui n'eût cru que ses murailles , Que défendait un lion, .

N'eussent fait des funérailles Plus que n'en fît Ilion?

Et qu'avant qu'être à la fête De si pénible conquête , Les champs se fussent vêtus Deux fois de robe nouvelle, Et le fer eût en javelle Deux fois les blés abattus?

Et toutefois , ô merveille !

Mon roi , l'exemple des rois, Dont la grandeur nompareille Fait qu'on adore ses lois , Accompagné d'un génie Qui les volontés manie , L'a su tellement presser D'obéir et de se rendre, Qu'il n'a pas eu , pour le prendre , Loisir de le menacer.

Tel qu'à vagues épandues Marche un fleuve impérieux, De qui les neiges fondues Rendent le cours furieux ;

Rien n'est sûr en son rivage ; Ce qu'il trouve , il le ravage ; Et , traînant comme buissons Les chênes et leurs racines , Ote aux campagnes voisines L'espérance des moissons.

Tel , et plus épouvantable , S'en allait ce conquérant, A son pouvoir indomptable Sa colère mesurant :

Son front avait une audace Telle que Mars en la Thrace ; Et les éclairs de ses yeux Étaient comme d'un tonnerre , Qui gronde contre la terre Quand elle a fâché les deux.

Vers funèbres sur la mort de Henrl-le-Granil (wio)

Enfin l'ire du ciel, et sa fatale envie , Dont j'avais repoussé tant d'injustes efforts, Ont détruit ma fortune , et sans m'ôter la vie , M'ont mis entre les morts.

Henri, ce grand Henri, que les soins de nature Avaient fait un miracle aux yeux de l'univers , Comme un homme vulgaire , est dans la sépulture A la merci des vers.

C'est bien à tout le monde une commune plaie , Et le malheur que j'ai chacun l'estime sien ; Mais en quel autre cœur est la douleur si vraie , Comme elle est dans le mien?

Ta fidèle compagne , aspirant à la gloire Que son affliction ne se puisse imiter , Seule de cet ennui me débat la victoire , Et me la fait quitter.

Quiconque approche d'elle a part à son martyre , Et par contagion prend sa triste couleur : Car, pour la consoler, que lui saurait-on dire En si juste douleur?

Reviens la voir , grande âme : ôte-lui cette nue , Dont la sombre épaisseur aveugle sa raison ; Et fais, du même lieu d'où sa peine est venue , Venir sa guérison.

Quelque soir dans sa chambre apparais devant elle , Non le sang en la bouche et le visage blanc , Comme tu demeuras sous l'atteinte mortelle Qui te perça le flanc.

Viens-y tel que tu fus, quand aux monts de Savoie Hymen en robe d'or te la vint amener , Ou tel qu'à Saint-Denis , entre nos cris de joie , Tu la fis couronner.

Après cet essai fait , s'il demeure inutile , Je ne connais plus rien qui la puisse toucher : Et sans doute la France aura, comme Sipyle , Quelque fameux rocher *.

Pour moi , dont la faiblesse à l'orage succombe , Quand mon heur abattu pourrait se redresser , J'ai mis avecque toi mes desseins en la tombe ; Je les y veux laisser.

1. Allusion à la fable de Niobé, en rocher après la mort de se> mère de Sipyle, qui fut changée enfants.

Quoi que pour m'obliger fasse la destinée , Et quelque heureux succès qui me puisse arriver , Je n'attends mon repos qu'en l'heureuse journée Où je t'irai trouver.

Pour le roi Louis Xin.

Par cet exploit fatal, en tous lieux va renaître La bonne opinion des courages françois ; Et le monde croira , s'il doit avoir un maître , Qu'il faut que tu le sois.

Oh ! que pour avoir part en si belle aventure , , Je me souhaiterais la fortune d'Eson , Qui, vieil comme je suis, revint contre nature En sa jeune saison M

De quel péril extrême est la guerre suivie , Où je ne fisse voir que tout l'or du Levant N'a rien que je compare aux honneurs d'une vie Perdue en te servant?

Toutes les autres morts n'ont mérite ni marque Celle-ci porte seule un éclat radieux , Qui fait revivre l'homme , et le met de la barque 2 X la table des dieux.

Mais quoi ! tous les pensers dont les âmes bien nées Excitent leur valeur et flattent leur devoir, Que sont-ce que regrets, quand le nombre d'aimées Leur ôte le pouvoir?

Ceux à qui la chaleur ne bout plus dans les veines , En vain dans les combats ont des soins diligents : Mars est comme l'Amour; ses travaux et ses peines Veulent .des jeunes gens.

i.Éson, pèrede Jason, futra- 2. La barque de Caron , la jeuni par Médée. mort.

Je suis vaincu du temps ; je cède à ses outrages : Mon esprit seulement , exempt de sa rigueur , A de quoi témoigner en ses derniers ouvrages Sa première vigueur.

Les puissantes faveurs dont Parnasse m'honore , Non loin de mon berceau commencèrent leur cours ; Je les possédais jeune , et les possède encore À la fin de mes jours '.

Ce que j'en ai reçu , je veux te le produire : Tu verras mon adresse ; et ton front cette fois Sera ceint de rayons qu'on ne vit jamais luire Sur la tête des rote.

Soit que de tes lauriers ma lyre s'entretienne , Soit que de tes bontés je la fasse parler , Quel rival assez vain prétendra que la sienne Ait de quoi m'égaler?

Le fameux Amphion , dont la voix nompareille , Bâtissant une ville, étonna l'univers, Quelque bruit qu'il aie en , n'a point fait de merveille Que ne fassent mes vers.

Par eux, de tes beaux faits la terre sera pleine ; Et les peuples du Nil qui les auront ouïs , Donneront de l'encens , comme ceux de la Seine , Aux autels de Louis.

Consolation à Du Perrler.

Ta douleur, Du Perrier , sera donc éternelle!

Et les tristes discours Que te met en l'esprit l'amitié paternelle ,

L'augmenteront toujours!

1. Cet enthousiasme poétique, anciens, et imité d'eux, nous par lequel on se promet Timmor- semble aujourd'hui plus singulier talité, habituel chez les poètes que louable.

Le malheur de ta fille au tombeau descendue ,

Par un commun trépas, Est-ce quelque dédale où ta raison perdue

Ne se retrouve pas?

Je sais de quels appas son enfance était pleine ;

Et n'ai pas entrepris , Injurieux ami , de soulager ta peine

Avecque son mépris K

Mais elle était du monde , où les plus belles choses

Ont le pire destin :

Et rose , elle a vécu ce que vivent les roses ,

L'espace d'un matin.

Puis , quand ainsi serait 2 que , selon ta prière ,

Elle aurait obtenu D'avoir en cheveux blancs terminé sa carrière ,

Qu'en fût-il avenu?

Penses-tu que plus vieille, en la maison céleste

Elle eût eu plus d'accueil?

Ou qu'elle eût moins senti la poussière funeste ,

Et les vers du cercueil?

Non , non , mon Du Perrier ; aussitôt que la parque

Ote l'âme du corps, L'âge s'évanouit au-deçà de la barque,

Et ne suit point les morts.

Ne te lasse donc plus d'inutiles complaintes;

Mais, sage à l'avenir, Aime une ombre comme ombre , et des cendres éteintes

Éteins le souvenir.

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