MAYNARD
MAYNARD (François), président d'Aurillac, né à Toulouse, mérite, selon Voltaire, d'être compté parmi ceux qui annoncèrent le siècle de Louis XIV. En effet, son style est châtié; sa versification est facile et harmonieuse. Malherbe , dont il fut le disciple, lui rendait ce témoignage, que personne ne savait mieux tourner des vers que lui.
Maynard s'était lié avec ce qu'il y avait de plus distingué dans les lettres, et se vit recherché des grands; mais sa fortune n'en devint pas meilleure , et ce fut pour lui un sujet inépuisable de plaintes qui finissent par fatiguer le lecteur.
Il mourut en 1646 , ayant reçu quelque temps avant sa mort un brevet de conseiller d'État.
Sonnet à Faret.
Je donne à mon désert les restes de ma vie, Pour ne dépendre plus que du ciel et de moL Le temps et la raison m'ont fait perdre l'envie D'encenser la faveur, et de suivre le roi.
Faret , je suis le roi des bois où je demeure , J'y trouve la santé de l'esprit et du corps. Approuve ma retraite ; et permets que je meure Dans le même village où mes pères sont morts.
J'ai fréquenté la cour où ton conseil m'appelle ; Et sous le grand Henri je la trouvai si belle, Que ce fut à regret que je lui dis adieu.
f)/l VERS.
.Mais les ans m'ont changé ; le monde m'importune, Et j'aurais de la peine à vivre dans un lieu Où toujours la vertu se plaint de la fortune.
Sur la misère des poètes.
Je touche de mon pied le bord de l'autre monde, L'âge m'ôte le goût, la force et le sommeil; Et l'on verra bientôt naître du sein de l'onde [.a première clarté de mon dernier soleil.
Muses, je m'en vais dire au fantôme d'Auguste Que sa rare bonté n'a plus d'imitateurs; Et que l'esprit des grands fait gloire d'être injuste Aux belles passions de vos adorateurs.
Voulez-vous bien traiter ces fameux solitaires A qui vos déités découvrent leurs mystères? Xc leur promettez plus des biens ni des emplois.
On met votre science au rang des choses vaines ; Et ceux qui veulent plaire aux favoris des rois, Arrachent vos lauriers et troublent vos fontaines.
Sonner satirique.
Sillon, je suis adorateur De votre belle académie *, Et voudrais que son fondateur L'eût solidement affermie.
Je crois qu'elle durera peu, Puisque le cheval 2 qui fit naître L'eau d'où les vers tirent leur feu, N'y trouve pas de quoi repaître.
1. L'Académie française, fou- pied fit jaillir la source d'Hippodée par Richelieu. crène, dont le nom signifie la Fon